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Semences

La loi Egalim s'adresse aussi aux multiplicateurs

A l'occasion de leur assemblée générale, les adhérents du syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semences de l'Isère sont revenus sur la précédente saison et sur les changements qui se profilent en matière de négociation de prix sur leurs produits.
La loi Egalim s'adresse aussi aux multiplicateurs

Le syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semences de l'Isère (Sams 38) a tenu son assemblée générale le 20 février dernier à Colombe. Ce fut l'occasion pour les adhérents de revenir sur la campagne qui vient de s'achever. Selon le président du syndicat, Philippe Rivat, agriculteur à Colombe : « Le marché des semences fourragères et la conjoncture sont favorables à tous les marchés. Pour avoir un ordre d'idée, au niveau national, 780 000 quintaux de semences fourragères ont été produites lors de la campagne 2018/2019, soit une hausse de 100 000 quintaux par rapport à la campagne précédente. Le marché des graminées fourragères, avec ses 219 000 quintaux, reste stable, quand celui du ray grass d'Italie confirme sont dynamisme en dépassant désormais les 100 000 quintaux. Les ventes de dactyle et fétuque élevée progressent pour chacune de 2 000 quintaux pour s'établir respectivement à 17 500 quintaux pour le dactyle et 19 500 pour la fétuque élevée. A noter que le ray-gras anglais est aux alentours de 48 000 quintaux et que l'hybride chute de 8 000 quintaux pour une production de 20 000 quintaux », détaille l'agriculteur.

Productions fourragères bio

Grâce à la diversité des territoires et des conditions pédoclimatiques, la filière française offre un panel important d'espèces. La France est même le premier exportateur mondial de productions de semences. Au niveau de la ferme Isère, la répartition des surfaces se fait de la façon suivante : 36 % sont consacrées aux céréales à paille, 29 % au maïs et au sorgho, 27 % aux oléagineux, 7 % aux fourragères et gazon, et le reste aux protéagineux. L'Isère est le troisième département producteur de semences de la région Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et plants) Sud-est. Si les surfaces restent globalement stables ou augmentent au sein des exploitations, c'est le nombre de producteurs qui a tendance à diminuer.
La parole donnée aux établissements semenciers a laissé entendre que les marchés étaient porteurs. Top semences a constaté une montée en puissance du ray gras sur les nouvelles implantations et Philippe Henry, de la société Barenbrug, a indiqué une stabilité des surfaces déjà engagée ainsi qu'une attente en matière de productions fourragères bio. « Il y a une forte demande d'exploitations qui se convertissent et qui voudraient acheter des mélanges de pâtures biologiques. Nous recherchons donc des multiplicateurs bio sur le terrain dans des parcelles déjà converties », déclare le technicien. Mais il prévient : « en bio, la récolte passe toujours en fourrage la première année, on ne récolte jamais rien, on ne fait qu'arracher les rumex. Pour autant, le marché existe ». Et d'insister sur les nouvelles pratiques agricoles « nous sommes en train de glisser vers une agriculture très très raisonnée et manuelle », assure-t-il.

Loi Egalim

La réunion fut aussi l'opportunité d'aborder la mise en place des conventions-types, ces règlements intérieurs des multiplicateurs et des établissements, issues de la loi Egalim. Philippe Rivat en a rappelé le cadre : « Nous pouvons nous regrouper en Organisation de Producteurs (OP) pour négocier la construction du prix, en rapport aux charges engendrées par la production, les semenciers et la distribution. Tout contrat doit contenir à minima les clauses relatives au prix, aux quantités, à l'origine (espèces, variété, n° de contrat, base... ) aux modalités de livraison et la durée d'engagement. Les interprofessions (Fnams, UFS, Gnis) doivent élaborer et diffuser des indicateurs de cours de production et de prix agricole pour les OP, les semenciers et les multiplicateurs. Comme chaque établissement semencier travaille de manière indépendante, c'est à chaque multiplicateur de vérifier que le contrat qui est proposé, reste cohérent avec les chiffres d'affaires que la commission économique publique précise dans la note de conjoncture (envoyée par courrier ou présente sur le site de la Fnams ou du Gnis). La loi prévoit des sanctions en cas de non intégration des clauses. En cas de litige, de déséquilibre dans les contrats, la loi ouvre la possibilité d'un jugement. J'espère que cela n'arrivera pas ».
Philippe Henry a reconnu le changement de pratiques à mettre en œuvre. « Il nous a été dit qu'on ne réglait pas suffisamment tôt les multiplicateurs. Pour tenir les délais, nous ne ferons donc plus la réunion de négociation commerciale que nous organisions jusqu'à maintenant et proposerons un prix minimum (un prix sous lequel nous n'avons jamais payé le producteur) que les agriculteurs pourront accepter, ou pas », précise-t-il.

Pour les multiplicateurs, la proposition ne correspond pas aux objectifs mis en avant par la loi Egalim. « Notre ministre de l'agriculture voulait une entente sur tous les produits agricoles », rappelle Philippe Rivat. Et un autre agriculteur de dire à haute voix ce que beaucoup pensaient tout bas : « On nous fait croire et on ne fait pas. Un espoir important est né chez les producteurs mais finalement, il n'y a que bien peu d'évolution ». Le responsable semencier ne le voit pas du même œil : « Tant que les producteurs feront de la quantité et de la qualité, ils seront en mesure de négocier. D'autant que si nous voulons continuer à placer des contrats, il faudra des prix qui tiennent la route », assure-t-il. Les producteurs sont donc dans l'attente que les prix pratiqués à l'avenir conservent une certaine stabilité vus les coûts et les risques encourus par ces productions.

Isabelle Brenguier

Des campagnols de plus en plus présents

« En Isère, la présence des campagnols ne cesse de gagner du terrain, que ce soit en altitude ou en plaine », indique sans détour Catherine Prave, de la Fredon (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles), lors de l'assemblée générale du syndicat des agriculteurs multiplicateurs de semences de l'Isère. « Il s'agit de campagnols des champs, de campagnols terrestres et de campagnols provençaux », ajoute-t-elle. Pour y faire face, différents moyens de lutte sont mis en place : des luttes directes comme du piégeage et des méthodes chimiques et des luttes alternatives comme des installations de perchoirs et de nichoirs destinés à permettre à d'autres prédateurs tels que le renard ou la buse de chasser le campagnol. « L'intégration de cette lutte dans les pratiques des agriculteurs est d'autant plus difficile que l'installation de ces animaux dans les parcelles reste récente », souligne Catherine Prave. Mais le contrôle de cette population ne peut passer que par une lutte collective. Peu importe la forme qu'elle revêt, mais elle doit être intégrée le plus systématiquement possible. « Il est aussi préconisé qu'elle soit mise en place en situation de basse densité, avant que leur présence ne devienne trop importante et ingérable », insiste la technicienne.
A l'avenir, la lutte contre les campagnols risque d'être confrontée à de nouvelles difficultés liées à la fin d'homologation de certains produits. Différents comités scientifiques œuvrent donc à la recherche de nouveaux produits moins nocifs pour l'environnement et plus appétants pour le campagnol.
IB