La profession réclame un changement de cap immédiat
Loup / Réunis le 11 mai en groupe national loup, à la préfecture de Lyon, les représentants de la FNSEA, de Jeunes agriculteurs et de la Fédération nationale ovine ont une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme. Malgré le déclassement européen du loup, la profession agricole estime que les réponses apportées restent largement insuffisantes face à une prédation en hausse et à l’épuisement des éleveurs.
À la sortie du groupe national loup (GNL), qui s’est tenu le 11 mai à la préfecture de Lyon, le constat est unanime du côté des syndicats agricoles : la réunion n’a pas permis d’inverser une trajectoire jugée préoccupante. « Nous allons droit vers un nouvel échec du Plan loup », résume, sans détour, Claude Font, éleveur ovin en Haute-Loire et secrétaire général adjoint de la Fédération nationale ovine (FNO), pointant une nouvelle fois l’écart entre les ajustements annoncés et la réalité vécue sur le terrain.
Si quelques évolutions sont reconnues, notamment sur les protocoles de tir ou le caractère déclaratif de certains prélèvements, selon les organisations syndicales, ces avancées restent systématiquement assorties de nouvelles contraintes, notamment sur les tirs et les indemnisations. Les représentants professionnels estiment continuer à « gérer des plafonds de prélèvements plutôt que la pression réelle de prédation subie par les éleveurs ».
Un déclassement européen sans effet concret
Pourtant, il y a près d’un an, tous les espoirs étaient permis. En effet, le déclassement du loup au niveau européen, présenté comme un tournant majeur, devait permettre une évolution du cadre national. Aujourd’hui, pour la FNSEA, JA et la FNO, cette promesse reste largement lettre morte. « On nous a dit pendant des années que le verrou était européen. Aujourd’hui, ce verrou est levé. Pourtant, on n’avance toujours pas », regrette Édouard Pierre, éleveur ovin dans les Hautes-Alpes, représentant de la FNSEA au GNL, dénonçant un blocage désormais « franco-français ». L’arrêté ministériel relatif au statut du loup et aux conditions de tirs, ainsi que les débats parlementaires en cours dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole, sont jugés très en deçà des attentes du terrain.
Modalités d’intervention limitées
Parmi les sujets de crispation majeurs figurent les modalités d’intervention face au loup. La profession agricole s’inquiète notamment d’une distinction croissante entre zones dites historiques et zones de colonisation. « Il y a une petite musique qui s’installe au sein du GNL concernant une différenciation entre les zones historiques et celles récemment colonisées. Le nouvel arrêté prévoit que le préfet coordinateur ait autorité dans les territoires historiques pour freiner l’intervention des louvetiers pour le prélèvement », alerte un représentant de la FNO. Les syndicats mettent également en avant le rôle central des lieutenants de louveterie, jugés particulièrement efficaces. « Si on limite l’intervention des louvetiers, qui ont la capacité d’utiliser la visée thermique, on se prive d’un outil essentiel », préviennent-ils, appelant à un accès élargi aux moyens techniques pour faire face aux attaques. À leurs yeux, les règles actuelles restent trop conditionnées et trop dépendantes d’arbitrages administratifs. « Les éleveurs ont besoin de solutions immédiates, pérennes et efficaces. Aujourd’hui, ce n’est toujours pas le cas », insiste le représentant de la FNSEA.
Une prédation qui s’étend
Le bilan chiffré vient renforcer le discours syndical. En 2025, 12 495 victimes d’attaques ont été recensées, 1 961 élevages ont subi une ou plusieurs attaques et le nombre de départements touchés continue de progresser. « On nous parle de population de loups qui stagne, mais dans le même temps, la prédation augmente et les territoires concernés s’étendent », souligne Loïc Scalabrino, éleveur dans le Doubs et secrétaire général adjoint de Jeunes agriculteurs (JA) en charge du dossier prédation, mettant en doute les estimations officielles de la population lupine.
Impacts psychologiques
Au-delà des aspects réglementaires et techniques, les représentants agricoles ont tenu à mettre en avant la dimension humaine du dossier. « La prédation, elle rentre dans les maisons », a rappelé Claude Font. Stress permanent, fatigue morale, inquiétudes pour l’avenir de l’exploitation, mais aussi pour la famille et les enfants : les impacts psychologiques sont jugés insuffisamment pris en compte. « On n’a pas encore pris la réelle mesure de la souffrance des éleveurs », martèlent les syndicats, pour qui la question dépasse largement le cadre financier ou indemnitaire.
Un appel direct aux parlementaires
À l’approche de l’examen du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, les organisations agricoles appellent désormais à des actes politiques forts. « C’est bien de venir soutenir l’élevage sur les barrages, mais à un moment, il faudra que le vote corresponde aux paroles », appelle le représentant de JA. Les syndicats entendent mobiliser leurs réseaux pour porter des amendements jugés indispensables à la survie du pastoralisme. « Il s’agit d’un enjeu national, transpartisan. Défendre l’élevage, c’est défendre les territoires ruraux », conclut-il, sans exclure de poursuivre le combat par d’autres moyens si les réponses attendues ne sont toujours pas au rendez-vous.
M.-C. S.-B.