La responsabilisation des chasseurs change la donne
A l'issue des réunions avec le groupe chasse de la FDSEA et de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, qu'attendent les agriculteurs ?
Les professionnels attendent qu'il y ait moins de dégâts et moins de sangliers. Il y a des problèmes dans l'ensemble des secteurs, même s'il y a un peu moins de pression au sud de Grenoble. Il y a par exemple beaucoup de soucis en Belledonne. 7 600 sangliers ont été prélevés depuis le début de la campagne en Isère, soit 1 200 de plus que l'an passé à la même époque. Nous ne savons pas jusqu'où ça va aller ! Et si l'on prélève beaucoup de sangliers, c'est qu'il y a beaucoup de sangliers.
Et pourtant les dégâts n'ont pas augmenté ?
Il y a eu peu de dégâts sur les prairies au printemps 2019. Ce n'est pas parce qu'il y a une grosse population qu'il y a beaucoup de dégâts. C'est aussi un peu la chance. Et puis les sangliers grattent moins quand le sol est moins humide. Peu de battues administratives ont été organisées parce ce sont désormais les chasseurs qui, depuis la réforme, supportent la charge financière des dégâts (1). C'est une prise de conscience de la part des chasseurs qui change la donne. Cela a donné une année de fonctionnement normal. Cette responsabilisation des chasseurs par secteur a montré qu'ils sont capables de se mobiliser pour faire des battues eux-mêmes et permet de garder les louvetiers pour s'occuper du loup.
Vous estimez que la situation reste tendue ?
Oui, le monde agricole souhaite une meilleure réactivité des chasseurs lorsqu'il y a des dégâts. En période de chasse, il n'est pas normal d'attendre deux ou trois jours pour que les chasseurs interviennent. Nous avons eu par le passé beaucoup de grosses années de dégâts. Les conséquences peuvent être importantes dans les secteurs où il y a beaucoup de maïs ou du maïs semence. D'autant que nous avons eu un hiver doux, sans neige, il y a donc eu peu de mortalité dans la population de sangliers.
Il y a aussi le problème des réserves naturelles ?
Ce sont des endroits où il n'y a pas eu de battue administrative cette année... en raison des élections municipales. Pourtant, c'est le seul moyen de chasser les sangliers. Habituellement, il y en a une par an pour les faire sortir. Alors, aujourd'hui, on ne sait pas ce qu'il y a dans ces réserves.
Un arrêté a été pris pour rallonger la période de chasse jusqu'au 31 mars. Cela vous satisfait-il ?
Cela permet aux chasseurs d'intervenir dans des endroits bien précis où les agriculteurs sont impactés. Ce n'est pas pour aller chasser tous les jours, mais là où sont les besoins.
Existe-t-il d'autres moyens pour prévenir les dégâts de sanglier ? Les clôtures sont-elles efficaces ?
Elles ne servent pas à grand-chose s'il y a une population de sangliers importante autour. Cela permet seulement de semer et de protéger le maïs. Mais la meilleure solution est de maîtriser la population avant les semis. Et puis la clôture ne fait pas tout. Lorsqu'il fait chaud, en juillet et août, son efficacité est réduite car le contact électrique est moins bon.
Qu'en est-il de la formation au permis de chasse des agriculteurs ?
Nous envisageons avec la FDSEA de relancer une formation pour les agriculteurs comme il y a deux ans, mais il faudrait qu'il y ait suffisamment de candidats. C'est intéressant vis-à-vis du loup. Et c'est toujours bien de respecter la législation.
Quelle est la situation concernant des autres espèces ?
Il y a de gros soucis avec le blaireau et les gens utilisent le système D car les moyens de lutte sont limités. C'est une chance s'il y a un piégeur dans les environs. C'est la même chose pour les corbeaux. Il faut avoir son permis pour les chasser. C'est la raison pour laquelle les agriculteurs et les chasseurs doivent s'entendre. C'est intéressant d'avoir un ou deux chasseurs dans une commune pour tirer les corbeaux ou piéger les blaireaux. On est liés. Quoiqu'il en soit, il est important, quelle que soit l'espèce, de faire des déclarations de dégâts.
Propos recueillis par Isabelle Doucet
(1) Depuis l'an passé, les chasseurs financent les dégâts au travers d'une taxe appelée timbre grand-gibier.