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Innovation

La voiture électrique dans la course

Pour limiter les émissions de dioxyde de carbone, la voiture électrique semble tout indiquée. Mais sa fabrication pose encore question.

La voiture électrique dans la course

Comment nous déplacerons nous demain ? Entre le peak oil, moment où la production aura atteint son maximum, et les émissions de dioxyde de carbone, la voiture thermique n'a plus vraiment la cote. Depuis quelques années, la voiture électrique est étudiée de près. Elle est cependant loin de dépasser le véhicule classique. Mais cela ne devrait plus tarder. « Entre 2013 et 2030, la croissance aura été multipliée par 45 », explique Didier Bloch, chercheur au laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux (Liten) lors d'une intervention au pôle Minatec à Grenoble. Il faut dire que la voiture électrique a des arguments sous le capot. Elle est une bonne concurrente énergétique à la voiture thermique. « Pour rouler 100 kilomètres, une voiture thermique consomme entre 50 et 100 kw/h. Or, seulement 15 kw/h sont nécessaires, le reste chauffe l'atmosphère ! La voiture électrique, elle, ne consomme que 15 kw/h » explique le chercheur. Côté autonomie de la batterie, la voiture a aussi pris du poil de la bête. En 2000, la première voiture électrique avait 85 kilomètres d'autonomie. Les dernières sorties ont une autonomie annoncée entre 250 et 400 kilomètres. « Les premières voitures étaient chères et les batteries n'étaient pas prêtes. Aujourd'hui, on sait répondre à un besoin réel de façon rentable », confirme Didier Bloch.

Critique de matériaux

Plus écologique et plus économique, la voiture électrique serait la panacée. Pourtant, le point noir de ce système de transport reste le même : pour fabriquer une batterie, il faut des métaux rares comme le cobalt ou le nickel. Plus de véhicules électriques signifierait donc plus d'extraction de ces ressources. Si toutes les voitures actuelles devenaient électriques, il n'y a pas assez de cobalt sur la planète pour fabriquer toutes les batteries nécessaires. De plus, la Chine a pratiquement le monopole de production de ce matériau critique et le prix sur le marché du cobalt est en hausse. « L'Europe a une quinzaine d'années de retard dans ce domaine », confirme Didier Bloch.
Si on passait tous à la voiture électrique, il y aurait un deuxième problème : la surcharge électrique. « Si on recharge tous en même temps à la station, il y aura saturation du réseau », détaille le chercheur. Il serait cependant envisageable que l'on choisisse de recharger aux heures creuses durant la nuit. Les batteries permettraient à l'inverse d'alimenter le réseau lors des pics électriques. La mise en place d'un tel système demanderait un changement de pratiques. Selon lui, d'autres possibilités sont envisageables.

Loin du tout électrique

Tout d'abord, on peut améliorer la filière de recyclage des véhicules afin que le cobalt puisse être récupéré. Peu étudié auparavant, le recyclage est développé pour limiter la hausse du prix. La deuxième solution serait de développer de nouvelles batteries ne dépendant plus de ces matériaux critiques. La recherche scientifique s'y attelle depuis longtemps mais certaines entreprises ont développé d'énormes usines de production de voitures électriques appelées « gigafactories ». « Dans les quinze prochaines années, la priorité sera mise sur l'amortissement de ces usines donc il est probable que l'on garde les mêmes batteries qu'aujourd'hui », explique Didier Bloch. Enfin, il est possible que le monde ne sera 100% électrique. Il pourrait être divisé entre voitures électriques, voitures hybrides et voitures hybrides rechargeables. « Dans ce cas-là, on n'atteindra pas la limite d'extraction en matériaux critiques », confirme le chercheur.

Virginie Montmartin