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Coopérative Vercors lait

Le bleu fait bon poids

La coopérative Vercors lait a révisé son cahier des charges pour le bornage de ses fromages. La production et son chiffre d’affaires enregistrent un léger repli conjoncturel.

Par Isabelle Doucet
Le bleu fait bon poids
ID TD
Emmanuel Gauchet, directeur, et Loïc Duchesne, président de Vercors lait.

Si la coopérative Vercors lait se porte plutôt bien, l’année écoulée n’a pas été de tout repos pour la nouvelle gouvernance qui clôture son premier exercice.

Loïc Duchesne, le nouveau président, et Emmanuel Gauchet, le nouveau directeur général, témoignent d’un « monde du lait qui demande une adaptation constante », à l’image de la production mondiale qui connaît un excédent après la pénurie de ces dernières années.

Les coopérateurs étaient réunis en assemblée générale le 30 janvier dernier à Autrans, faisant, comme à l’habitude, salle comble.

Révision du cahier des charges

La coopérative a dû faire face, en décembre 2024, à un contrôle de la DDPP (1) « qui a mis en évidence des manquements sur l’aspect poids », explique le directeur.

En clair, le poids du bleu du Vercors-Sassenage doit être compris entre 4 et 4,5 kg avec une plage de tolérance de 500 grammes, ce qui n’était pas toujours le cas.

La gestion de la crise est passée par « un tri strict du poids des fromages » entraînant un déclassement de 35 à 40 % des bleus, passés sous l’appellation bleu du Veymont afin que cette production ne soit pas détruite. Sans quoi la coopérative risquait d’être exposée à de fortes amendes.

Puis l’année 2025 a été ponctuée de nombreuses réunions de filière afin de résoudre cette problématique, en lien avec l’Inao. Ce qui a abouti en décembre 2025 à une modification du cahier des charges.

Le nouveau bornage, accepté par l’Inao admet un poids compris entre 3,8 et 5 kg, soit une tolérance beaucoup plus large, à l’image des cahiers des charges des autres AOP fromagères.

Cette crise a eu un impact économique important sur la coopérative avec un repli des ventes de 3,18 % à 760 tonnes. Le bleu du Vercors-Sassenage est ainsi passé de 452 à 386 tonnes en 2025, tandis que le Veymont passait mathématiquement de 5 à 66 tonnes pour absorber la crise.

La tomme est aussi en léger repli comme le vercorais, tandis que les lactiques (saint-marcellin et saint-félicien) progressent.

Le chiffre d’affaires, qui avait dépassé la barre symbolique des 10 millions d’euros en 2024 est donc en retrait de 0,2 % en 2025. Le résultat est de 244 000 euros (2,45 % du CA). Les ventes en magasin représentent 25 % du chiffre d’affaires.

De nouveaux adhérents

La collecte s’établit quant à elle à 6,9 millions de litres en progression de 6,1 %, cela en dépit de l’arrêt de l’apport Sodiaal.

Pour compenser cette perte, la coopérative a accueilli deux nouveaux producteurs, la ferme des Pelaillons, de Séverine et Grégory Pèlerin, à Saint-Martin-en-Vercors, et l’EARL des Sorbiers, de Jérémy Jallat, à Saint-Nizier-du-Moucherotte. Elle a aussi acheté du lait à l’Etoile-du-Vercors pour près de 10 000 litres.

Cependant, Vercors lait doit absorber une hausse des apports de ses adhérents durant les mois de mai et juin.

Certes la fabrication du vercorais, qui est un fromage de garde, permet de constituer un stock tampon, mais les administrateurs ont proposé une révision des primes planning à + 20 € les 1 000 litres et une pénalité à -55 € les 1 000 litres.

En 2025, Vercors lait a donc payé en moyenne 543 €/1 000 litres à ses apporteurs en lait traditionnel (523 € en 2023) et 637 € le lait bio (619 € en 2023). La coopérative fait observer qu’elle prend en charge les tanks à lait et l’entretien des machines à traire, ce qui représente une économie de charge de 4,12 €/1 000 litres.

« Nous retrouvons notre niveau de production des années 2022 et 2023 car nous avons déstocké. Les résultats financiers se consolident toujours un peu plus », observe Emmanuel Gauchet.

De plus, Vercors lait a réalisé deux investissements d’importance en 2025 : la création du magasin de Meylan et le remplacement du tableau basse tension de l’usine (163 000 €).

Elle a en outre changé de statut juridique pour passer de SARL à SAS afin de se doter d’un comité de surveillance.

Enfin, la nouvelle gouvernance souhaite inscrire la coopérative Vercors lait dans une stratégie qui lui permette d’anticiper les risques et les évolutions des marchés.

En ce qui concerne de nouveaux apporteurs, Loïc Duchesne a assuré que « la porte est toujours ouverte », à condition qu’ils adhèrent aux valeurs portées par la coopérative et au cahier des charges du bleu. Quant aux adhérents, il leur assure : « produisez du lait, les ventes sont en face ! »

Isabelle Doucet

(1) Direction départementale de la protection de la population

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