Le financement des retraites agricoles : une difficile équation
« Comment vivre avec une petite retraite ? » C'est la question qu'ont posé les responsables de la section des anciens exploitants, à l'occasion de leur assemblée générale, tenue le 6 avril à Villages du lac de Paladru. C'était une question difficile, mais tellement pertinente pour ces retraités qui doivent vivre avec moins de 800 euros par mois. Comme l'indique Colette Thilly, « prendre sa retraite, vieillir, c'est d'abord une chance, tous ne l'ont pas ». Mais les retraités agricoles doivent faire face à de nombreux frais. Et, faute de moyens, ils ne peuvent pas tous les assumer. Dans le domaine de la santé, ils doivent souvent renoncer à certains soins dentaires, à l'utilisation d'appareils auditifs, aux changements de lunettes, à certains médicaments... Au quotidien, il peut leur être difficile de conserver du lien social. Entretenir sa voiture, faire des voyages ou des sorties, avoir le téléphone et internet s'avère coûteux. L'entretien d'un logement, le paiement de ses charges, la possibilité d'offrir quelques cadeaux à ses petits enfants, ou de soigner son animal de compagnie, aussi. « Quand nous arrivons à la retraite, à 62 ans, nous sommes encore suffisamment en forme pour en profiter. Mais sans moyens, ce n'est pas possible. Bien se nourrir, bien se soigner, conserver une activité physique, du lien social, ce sont autant de moyens de prévention pour aborder le grand âge avec plus de sérénité », explique l'ancienne agricultrice.
D'où l'intérêt de cette question, à laquelle devait répondre Eliane Giraud, sénatrice de l'Isère, Yannick Neuder, vice-président au conseil régional Rhône-Alpes et Gérard Seigle-Vatte, président de l'association des maires ruraux de l'Isère, également agriculteur à la retraite. L'absence d'un représentant du conseil départemental à ce débat a été remarquée, entraînant le mécontentement du président de la SDAE, Jean-Paul Chavas.
Rapprochement des régimes
Si quelques mesures ont été évoquées concernant des aides pour l'adaptation du logement, le droit au répit ou la revalorisation de l'Apa (l'Allocation personnalisée d'autonomie), la discussion a rapidement dévié sur le problème du financement des retraites agricoles. Eliane Giraud estime qu' « il faut regarder et expérimenter de nouvelles solutions. Car, comme le régime compte de moins en moins de cotisants, il est de plus en plus difficile de l'équilibrer. D'ailleurs cette année, il a déjà dû être abondé par le régime général ». Mais pour elle, ce n'est pas un problème, « tant la contribution du travail des agriculteurs est importante pour d'autres activités économiques et pour la qualité des paysages. La solidarité nationale devra jouer », assure-t-elle. Elle reconnaît pour autant que « l'équation est complexe, dans ce contexte de situation de crise, de société qui vieillit, et qui compte moins de cotisants et de personnes en activité. C'est pour cela que la question du rapprochement des régimes se pose ».
Yannick Neuder est également favorable à un rapprochement des régimes. Mais il estime aussi qu'il faut augmenter l'âge de la retraite, arguant qu' « on vieillit différemment aujourd'hui qu'au sortir de la guerre, qu'on ne peut pas comparer la retraite d'une personnes qui a commencé à travailler à 30 ans d'une autre qui a commencé à 14. Le vieillissement physique n'est pas le même. Il faut faire bouger cela, car le fonctionnement actuel n'est pas finançable, vu la situation financière globale ». Yannick Neuder a aussi fait le lien avec la situation « catastrophique » des actifs, qui, en l'état, ne permet pas de financer ces retraites. Il a ainsi estimé qu'il était primordial que les agriculteurs aient « plus de prix, plus de salaires » pour qu'ils puissent payer « plus de cotisations ».
La question de la mise à plat des régimes de retraite, et même de l'avenir du régime agricole, Gérard Seigle-Vatte la partage. Selon lui, « de telles disparités ne sont pas normales ». Les paysans ayant contribué par leur travail, il estime que la retraite agricole de base doit être revalorisée.
IB
Les causes des anciens
Jean-Paul Chavas, le jeune président de la SDAE, a profité de l'assemblée générale de la section pour réaffirmer sa volonté que les anciens exploitants bénéficient d'une retraite à 85 % du Smic pour une carrière complète. Il assure que « la pression est mise en ce sens aux candidats à la présidentielle et espère qu'il ne faudra pas autant de temps pour que cela arrive qu'il n'en a fallu pour atteindre 75 % ». Il demande également que le calcul des retraites soit effectué sur les 25 meilleures années. Une cause soutenue par Pascal Denolly, président de la FDSEA, qui estime qu'« il n'y a pas de raison que ce soit la règle dans d'autres professions et pas la nôtre ». Le président des actifs est aussi revenu sur le statut de l'exploitant, expliquant que « ce n'est pas rien et que c'est en lien avec les retraites. Car, le statut de l'exploitant inclut quelqu'un qui travaille et qui en retire un revenu ». Face aux débats actuels entre les fermiers et les propriétaires ruraux, il a clairement indiqué « qu'il n'y avait pas de troisième voie. Que la troisième voie, c'était le travail à façon et que cela condamnait le renouvellement des générations ». Revenant sur le statut du fermage, s'il admet qu' « il ne doit pas forcément être ancré dans le marbre, il appelle à ce qu'il n'y ait pas un renversement dans un système de bail commercial ». Il demande à ce que « la valeur d'une exploitation ne soit pas sa valeur vénale, mais sa valeur de rentabilité ».Jean-Paul Chavas a également dénoncé la volonté de la Cour des comptes qui recommande de réduire le nombre des élus au sein des sessions des chambres d'agriculture en supprimant les collèges des anciens exploitants et des groupements professionnels agricoles. Le président de la SDAE s'est dit « surpris » de cette demande : « Si je comprends qu'on fasse attention aux dépenses, je considère cette position ingrate et injuste envers les générations qui ont justement créé les chambres d'agriculture. Nous, les anciens, sommes garants d'un savoir-faire et d'une expérience. Je regrette que l'on ne veuille plus en profiter ».IB