Le pôle agroalimentaire se déploie
« Il faut se redire quelle est l'ambition réelle qu'on porte sur ce projet », a lancé Pascal Denolly, le président de la FDSEA Isère et vice-président de la chambre d'agriculture en introduisant le dossier du Pôle agroalimentaire isérois, vendredi denrier, lors de la session chambre décentralisée au lycée de La Côte-Saint-André. L'élu a reposé clairement les choses. « Notre défi est de faire travailler ensemble des partenaires qui n'ont pas les mêmes statuts, ni les mêmes objectifs. Ce sont des collectivités, des organismes consulaires et surtout des entreprises de l'aval, des coopératives, des privés qui font de la transformation, des petits et des gros distributeurs, mais aussi des agriculteurs qui sont d'abord représentés par leurs OP ou eux-mêmes. »
Porcs, volailles, céréales
Aujourd'hui le pôle agroalimentaire est doté d'un comité de pilotage. Une personne en charge du développement, Nathalie Garçon, a été recrutée il y a deux mois. Ses missions s'articulent autour de quatre axes. Le premier chantier est la mise en réseau de l'ensemble des acteurs. Pour aller plus loin, le comité de pilotage souhaite se rapprocher de la CCI Nord-Isère. Un site web ainsi qu'un annuaire de l'offre disponible et de la demande sont en cours de création. La deuxième mission porte sur l'accompagnement des projets amont-aval. La chambre d'agriculture de l'Isère procède actuellement à un diagnostic des filières, porcs, volailles et céréales. La responsable devra établir des plans d'action. Le secteur de la viande est plus avancé : l'association Viandes agro-pastorales d'un côté (ovins) et Eleveurs de saveurs iséroises de l'autre (bovins) pourraient bénéficier d'un appui commercial. L'accent est porté sur les relations avec les GMS. Une étude de potentiel devrait être rendue en octobre prochain. Enfin, la charte d'approvisionnement local est en cours d'évaluation. La feuille de route est également soutenue pour Nathalie Garçon en termes de promotion. Elle va s'attaquer au contenu de la future marque territoriale qui doit satisfaire aux critères d'origine, d'équité (seuils de prix rémunérateurs basés sur les coûts de production) et de qualité. La responsable se veut rassurante : « Nous nous appuierons sur les cahiers des charges existants, pas question d'en rajouter ». Sa quatrième mission sera de mettre en musique l'ensemble des ressources existantes. Ces outils, qui appartiennent aux collectivités, sont autant de moyens pour structurer l'agriculture dans le département. L'abattoir fait l'objet de travaux de rénovation qui se poursuivent jusqu'en 2018. « Des locaux sont disponibles, nous cherchons des porteurs de projets pour constituer un pôle viande reconnu comme tel en Isère », insiste Nathalie Garçon. Christine Bosch, responsable du service agriculture au conseil départemental de l'Isère, le rappelle : « Des millions d'euros ont été investis dans l'abattoir, cela suppose que les agriculteur l'utilisent. »
Jouer le jeu
La légumerie, qui est aujourd'hui hébergée à l'abattoir, cherche à élargir sa clientèle auprès des collectivités et des privés. Elle doit encore répondre à des objectifs de rentabilité et de positionnement commercial. La chambre d'agriculture mène une étude sur les approvisionnements. La piste de la valorisation des épluchures est explorée. Quant au MIN, Nathalie Garçon note que tous les box sont loués avec l'arrivée de plusieurs grossistes et de Manger bio Isère. « Nous avons besoin de plus de produits locaux », relève la responsable qui indique que le Box fermier est pour sa part en recherche d'une solution de gérance.
« On voit que plusieurs chantiers sont ouverts et que, dans la production, des gens se sont mis en route », constate Pascal Denolly. Il aimerait surtout que « les grandes majors et les coopératives jouent le jeu, car la Dauphinoise est la seule » impliquée. Des compétences sont aussi recherchées dans la logistique. Aurélien Clavel, des JA, estime que « la construction d'une filière ne pourra marcher que si consommateur est associé à part entière dans le projet. » Enfin, Jérôme Crozat insiste sur la contractualisation et les échange commerciaux de proximité, avec les acteurs de la GMS : « mieux vaut traiter un bon prix qu'y aller de manière diffuse. » Et pour rassurer les producteurs du Nord-Isère, Nathalie Garçon a annoncé que le Pôle agroalimentaire s'élargissait au Pays Viennois et à la Capi.
Isabelle Doucet
Au fil des dossiers
Les élus réunis en session ont aussi largement discuté la délibération concernant la reprise de l'Identification pérenne généralisée (IPG) par la chambre d'agriculture à partir de janvier 2019. Dans le cadre de cette régionalisation (Isère, Loire, Drôme, Ardèche et Rhône), cinq agents du GDS intégreront la chambre d'agriculture. La Loire pilotera le service. Le président du GDS, Jean-Yves Bouchier a déclaré avoir pris acte de cette décision « qui a été prise sans notre approbation ». Il pointe un risque de perte de qualité de service, notamment pour les petits élevages.Bien entendu, le loup s'est invité dans débats. Les attaques sont quotidiennes. Yves Dareau, secrétaire général de la préfecture, indique être dans l'attente de deux nouvelles mesures. Un arrêté ministériel sera pris le 10 juillet pour augmenter les quotas. Par ailleurs, il est possible que des « modifications du corpus règlementaire et législatif » interviennent au plus haut niveau.
Dans son discours, Jean-Claude Darlet, le président de la chambre d'agriculture a demandé que la procédure de calamité agricole soit déclenchée en raison du gel survenu au printemps et de la tempête sur les vergers de noyers. Le responsable de l'Etat a assuré de l'appui du préfet et rappelé qu'il existait des dispositifs à activer comme le dégrèvement de taxe foncière non bâti, l'assouplissement de la TVA, la remise gracieuse d'imposition etc.
Enfin, au sujet des retards de paiement de la PAC, il a déclaré : « Tous les services de l’Etat sont mobilisés.»
Maison des agriculteurs