Le soja, une alternative intéressante pour des assolements équilibrés
Produisons français ! Ce slogan, apparu dans les années 70 et remis au goût du jour par Montebourg, peut s'appliquer aussi bien aux productions industrielles qu'agricoles. Notamment pour ce qui est du soja. Les éleveurs sont en effet de plus en plus nombreux à se soucier de l'origine de leurs tourteaux, et à réclamer du non OGM. Tant et si bien que des entreprises régionales ont compris qu'il y avait là une filière de production et de valorisation à mettre en place. Alors au moment de réfléchir à ses assolements, pourquoi ne pas penser à semer cette légumineuse de printemps ?
Rendement régulier
Introduit en France dans les années 80, le soja a depuis connu des fortunes diverses, liées aux effets conjoints de rentabilité et de modifications de la réglementation de la Pac. Pourtant les agriculteurs qui le cultivent estiment que c'est « une culture sûre au rendement régulier » (1), qui produit 28 quintaux à l'hectare en moyenne en Rhône-Alpes, hors accident climatique sévère. Si les débouchés pour l'alimentation humaine vont croissant, les transformateurs de l'alimentation animale sont particulièrement preneurs, notamment en Rhône-Alpes, avec le développement de la filière de tourteau de soja expeller. Certains éleveurs optent également pour le soja dans un souci d'autonomie alimentaire.
Si la conduite du soja ne présente pas de difficulté particulière, elle nécessite d'être vigilant sur certains points. Le type de sol, d'abord. Le soja peut être cultivé sur de nombreux types de sol, à condition d'écarter les sols trop calcaires (ne pas dépasser un taux de calcaire actif supérieur à 10%) et d'éviter les sols à faible réserve en eau en l'absence d'irrigation : le soja est un soiffard. Il est en revanche peu gourmand. Il ne demande pas de fertilisation azotée, mais tout de même un peu de phosphore et de potasse (40 unités en sols bien pourvus, 50 à 70 unités en sols pauvres). Côté préparation du sol, on veillera à décompacter ou à labourer, puis à reprendre le sol après ressuyage, l'idée étant d'obtenir un sol suffisamment affiné et bien nivelé en surface.
Autre point de vigilance : l'inoculation. « Toutes les parcelles doivent être inoculées, même si elles ont déjà porté du soja, préconise le Cetiom. Font exception les parcelles ayant porté un soja bien nodule au cours des trois dernières années et situées en sol ni calcaire, ni sableux (moins de 35% de sable). » Les bactéries peuvent être apportées sur les graines avec tourbe (liquide ou produit rhizofilmé) ou sur des microgranulés spécifiques avec tourbe. En Rhône-Alpes, la période optimale de semis varie du 20 avril au 31 mai selon le groupe de précocité. Le Cétiom recommande en effet de semer assez tôt, sur un sol suffisamment réchauffé (plus de 10 °C), avec un semoir monograine de préférence. La récolte s'effectue en septembre-octobre, selon les variétés et les secteurs géographiques.
Attention aux adventices
Le soja étant une plante peu couvrante, il laisse facilement la flore adventice s'installer en début de cycle, à commencer par l'abutilon (dans le Grésivaudan), le xanthium, le bidens et la redoutable ambroisie. Un désherbage s'impose donc, avec application d'herbicide (1,5 passage en moyenne en conventionnel) ou solution mécanique en agriculture biologique. Le binage, réalisé sur 94% des surfaces en bio, peut aussi l'être en conventionnel, dans la mesure où il constitue un complément efficace à l'action des herbicides. Concernant la protection contre les ravageurs et les maladies, l'application de produits phyto est quasi nulle (anti-limace sur 19 % des surfaces selon une enquête du Cetiom, pratiquement pas d'insecticide ni d'acaricide, aucun régulateur, aucun fongicide).
Ce faible niveau d'intrants fait que le soja présente des atouts environnementaux et économiques non négligeables. Compte tenu de la volatilité des coûts des intrants, des débouchés que présente le soja et de ses effets améliorant sur la structure du sol, celui-ci peut utilement trouver sa place dans des assolements équilibrés et diversifiés, afin de « sécuriser la rentabilité économique des exploitations dans la durée », analyse le Cetiom. Les partisans du développement d'une filière rhônalpine de tourteaux de soja 100% local et 0% OGM ne le contrediront pas.
(1) Enquête Cetiom 2007
Marianne Boilève