Les agriculteurs coupent la circulation du pont de Briord
Le 6 janvier, une trentaine d’agriculteurs du Nord-Isère et de l’Ain ont bloqué le pont de Briord pour exprimer leurs revendications. Entre autres, ils dénoncent les risques du Mercosur, la baisse du budget de la PAC, et le MACF (1) sur les engrais.
Mardi 6 janvier, le pont de Briord traversant le Rhône et reliant Bouvesse-Quirieu et Briord, était coupé à la circulation. Déterminés à faire entendre leurs revendications, une trentaine d’agriculteurs accompagnés d’une douzaine de tracteurs, ont répondu à l’appel de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs de l’Isère et de l’Ain pour une journée de blocage de cet axe de communication.

Partis à 6 heures de Courtenay, ils ont suspendu la circulation du pont à 9 heures, après que les scolaires aient rejoint leur établissement et que les actifs soient partis travailler.
« Défendre le bien commun »

« Ce lieu est symbolique, déclare Jocelyn Dubost, installé à Courtenay, et président des Jeunes Agriculteurs Auvergne-Rhône-Alpes, il marque la frontière entre le Nord-Isère et l’Ain. En référence au Mercosur, nous avons voulu bloquer la circulation entre ces deux départements. Nous voulons marteler notre opposition à la signature de cet accord, alerter sur les risques qui pèsent sur le budget de la PAC, faire en sorte que le MACF sur les engrais (1) soit supprimé et dénoncer la situation intenable dans laquelle sont les éleveurs qui subissent la prédation depuis tant d’années sans que des mesures efficaces ne soient prises. » Agriculteur à Morestel, Sylvain Juppet est satisfait d’avoir organisé ce blocage qui répond à une demande exprimée par de nombreux agriculteurs du nord-Isère, et qui complète celle organisée au pont de Lagnieu, à Saint-Sorlin-en-Bugey. « Il est important que nous nous rassemblions pour défendre le bien commun et que nous nous fassions entendre, tant auprès du gouvernement que des élus locaux. » Déjà mobilisé lors des actions de 2024, Julien Conten, également installé à Morestel, reparticipe à ce blocage pour montrer ses attentes. « Il faut être présent ! », affirme-t-il.
Changement de logiciel

Pour Michel Joux, président de la FRSEA, venu soutenir les agriculteurs dans leur action, ce mouvement s’inscrit dans le prolongement des manifestations de 2024, et de celles lancées il y a plus de dix ans. « Nous avons voulu changer de logiciel et avoir un Etat qui assouplisse et simplifie les règles pour que les agriculteurs puissent continuer à bien travailler. L’espoir était fort. Nous avons eu des acquis, le changement de logiciel a été amorcé. Mais les choses ne sont pas allées au bout du processus. S’agissant des haies par exemple, auparavant, nous avions 14 points de réglementation à respecter. On nous a fait croire qu’il n’y en aurait plus qu’un. Mais en fait, ils n’ont fait que les rassembler. La fin des règles de surtransposition que nous demandons depuis si longtemps n’a pas encore été mise en œuvre. Le système ne fonctionne pas. Les normes européennes auxquelles s’ajoutent les normes françaises ne font qu’empêcher la compétitivité de nos exploitations agricoles. Et cela, cela ne pourra pas durer. La question de la souveraineté alimentaire est primordiale. Nous, les agriculteurs, nous serons de moins en moins nombreux, si aucune mesure pour nous soutenir n’est prise, nous ne pourrons pas continuer à produire la meilleure agriculture du monde », explique le syndicaliste. Il souligne que cette situation qui n’évolue pas, pèse sur le moral des agriculteurs et empêche des jeunes de s’installer. « Il faut améliorer la rentabilité des exploitations. Il faut que les agriculteurs aient un salaire décent. Si certaines productions se portent mieux actuellement sur le plan économique, il en est qui connaissent une situation catastrophique. La surtransposition des normes n’arrange rien », poursuit-il.
Isabelle Brenguier
(1) MACF pour « Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières »