Les artisans bouchers défendent leur identité
Les artisans bouchers en ont assez. Dans une lettre ouverte adressée au ministre de l'Economie Bruno Le Maire, le 15 novembre dernier, ils dénoncent « la grande distribution (qui) usurpe l'identité des artisans et trompe le consommateur ». En cause, une série de dépliants publicitaires où « les enseignes s'accaparent (...) en toute illégalité l'image des artisans. » On peut y lire : « E.Leclerc met en avant les artisans de ses rayons », ou encore « votre artisan boucher de votre Intermarché (...) » ou Auchan qui encense « l'engagement » de ses artisans.
La Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) rappelle que « pour pouvoir se prévaloir de la qualité d'artisan, une entreprise doit relever de l'artisanat, c'est-à-dire être immatriculée au répertoire des métiers ». Le chef d'entreprise doit pourvoir justifier d'un diplôme (CAP ou équivalent) et d'une expérience professionnelle. Le non respect de ces conditions peut être sanctionné d'une amende allant de 7 500 euros pour les entreprises en nom propre à 37 500 euros pour les sociétés.
Les 18 000 artisans bouchers français dénoncent une pratique aux fins publicitaires. « C'est assez courant de la part des enseignes, déplore André Froment, président de l'organisation professionnelle des artisans bouchers charcutiers traiteurs de l'Isère. Dès qu'elles peuvent mettre le métier d'artisan boucher en avant, elles le font ». Problème : ce ne sont pas des artisans. « A chaque fois qu'il y a une crise, la grande distribution fait mine de se rapprocher des éleveurs et gruge le consommateur », ajoute-t-il. Ce qui l'agace, c'est de voir les grandes surfaces acheter quelques bêtes primées lors des concours d'élevage et axer toute leur communication autour. « Alors que cela ne permet pas d'approvisionner tous les magasins ! » Sans parler des possibles confusions. On a déjà vu sur une publicité un beau taureau avec ses attributs présenté par les GMS comme une génisse de concours.
Le juste prix de la viande
« Nous travaillons 365 jours par an avec les éleveurs, même si les bêtes ne viennent pas directement de La Mure ou d'ailleurs dans le département, nous travaillons avec des grossistes qui s'approvisionnent chez des éleveurs, insiste le boucher. Les grandes surfaces font croire que leurs bouchers achètent la viande sur pied, alors que ce sont elles qui saignent les éleveurs. Dans l'artisanat, nous payons le juste prix de la viande. Nous avons besoins de l'éleveur comme il a besoin de nous. »
Le métier d'artisan-boucher continue d'attirer. En Isère, L'IMT de Grenoble, géré par la CCI et le CFA de Bourgoin-Jallieu, géré par la chambre des métiers forment 120 jeunes au métier de la boucherie. « Il bénéficie d'une belle image car nous travaillons un produit noble et le client a un interlocuteur en face de lui. » Pour autant, les bouchers comme les éleveurs déplorent la communication négative véhiculée par les associations véganes. André Froment sait que les professionnels ont aussi intérêt à se placer sur le terrain de la communication. Une campagne de promotion du métier d'artisan-boucher est envisagée en début d'année.
En attendant, les professionnels demandent au ministre de l'Economie un rappel des enseignes à la réglementation.