Les Cuma sont au service du collectif
MATÉRIEL / « Face aux défis agricoles, et si la solution était le collectif ? Tel était le thème du colloque qui s’est récemment tenu à l’Assemblée nationale par la Fédération nationale des coopératives d’utilisation du matériel agricole (FNCuma), qui vient de fêter ses 80 ans. L’occasion de montrer l’apport des Cuma au quotidien, notamment à travers une étude sociologique menée pendant plus d’une décennie.
Parlementaires, chercheurs, représentants des pouvoirs publics et acteurs du monde agricole… La salle Colbert de l’Assemblée nationale affichait complet pour le colloque de la FNCuma, qui s’enorgueillit d’être le plus grand réseau de collectifs agricoles en France, avec plus de 9 000 Cuma et près d’un agriculteur sur deux qui y adhère. Les Cuma sont « une des jambes de la construction du revenu agricole », a souligné le député Dominique Potier (PS, Meurthe-et-Moselle). « Elles permettent de nous affranchir du coût des dépendances mécaniques », a renchéri Marine Boyer, présidente de la FNCuma. En effet, en France, le coût de la mécanisation constitue en moyenne 30 % des charges d’exploitation contre seulement 20 % en Allemagne ou en Espagne. Alors que l’agriculture traverse une période de crise profonde depuis quelques années, la mise en commun et le partage des machines agricoles peut contribuer à alléger ces charges.
Réduction des phytos
L’un des soucis majeurs des Cuma, c’est leur « discrétion, presque leur invisibilité », un phénomène qui s’explique par leur relative banalisation, a observé Véronique Lucas, sociologue à l’Inrae, qui travaille sur le sujet depuis une douzaine d’années. « Elles font partie du paysage agricole. C’est de l’action ordinaire. » Mais à la différence des anciennes générations, « les nouvelles sont plus individualistes et moins familiarisées aux organisations collectives », a-t-elle ajouté. Ce qui explique un engagement aujourd’hui en baisse, qui se cumule avec le recul du nombre d’agriculteurs. « Pourtant, les jeunes agriculteurs auraient tout intérêt à y adhérer », ont soulevé les différents intervenants. En effet, les études montrent que la présence des Cuma sur un territoire est associée à une réduction mesurable de l’usage des produits phytosanitaires. Bien qu’hétérogène selon les territoires et leurs caractéristiques, cet effet persiste sur les classes de substances plus dangereuses. Sans doute faut-il y voir l’effet d’achat de matériel plus performant et plus axé sur la transition agroécologique. « 40 % du parc matériel est aujourd’hui composé d’équipements favorables à ces pratiques, contre 10 % en 2016, pour un investissement moyen d’environ 90 000 euros par coopérative », ont souligné Damien Rousselière, Simon Cornée et Véronique Thelen*.
Coexistence
Par ailleurs les Cuma qui construisent des innovations à partir d’expérimentations menées par des agriculteurs, puis discutées, ajustées et diffusées en leur sein, permettent de dépasser de nombreux clivages (agricoles, politiques, modes de production…). « Par la manière dont elles fonctionnent et s’animent, les Cuma permettent la coexistence d’exploitations et de modèles agricoles différents », ont souligné les chercheurs. Cependant, tout n’est pas parfait, concède-t-on à la FNCuma. Il restera quelques réglages à trouver, notamment sur la « mauvaise adaptation des machines agricoles aux exploitantes », a souligné Véronique Lucas. En attendant, les Cuma constituent des « collectifs agricoles qui fournissent du soutien social et des solutions pratiques à grande échelle », a-t-elle conclu.
Christophe Soulard