Les deux visages de l'excellence
Il y a des palmarès qui vous tirent des larmes. De joie, bien sûr, mais aussi de désarroi. Quand Dominique Guillet-Lomat, Boule pour les copains, voit ses montbéliardes raffler les prix les uns après les autres, sa puissante Ivette sacrée Grande Championne Saint-Chef 2019, et son cheptel recevoir la bannière du meilleur élevage, il s'écroule. Les juges viennent de récompenser toute une vie d'éleveur. Une vie qui va s'arrêter brutalement dans quelques semaines, faute d'issue économique favorable. « Je finis avec une bonne note, c'est déjà ça, murmure Boule avec un sourire triste. Ça peut m'aider à mieux vendre mes bêtes. »
Foi en l'avenir
Quelques minutes plus tard, sous l'auvent de la salle de traite mobile, l'éleveur croise Nicolas Roybin, de l'Earl Ferme de la Goula. Ils échangent quelques mots. Curieuse situation. Nicolas aussi vient de remporter une belle collection de plaques, mais au contraire de son collègue, il a de nouveau foi en son avenir. « On peut gagner tout ça en bio ? », s'entend-il demander depuis quelques heures. Pourtant Nicolas Roybin revient de loin. Il n'y a pas si longtemps, il était dans le rouge, lui aussi. Mais il s'en est sorti grâce à des changements radicaux, dont une conversion en bio.
Comme Boule, Nicolas Roybin sait que les « plaques » sont la reconnaissance de toute une vie de travail. Le jeune éleveur ne cherche pas à se mettre en avant, il est simplement « content » de montrer que « c'est possible, même en bio ». A condition de maîtriser les lois compliquées de la génétique qui font naître un jour une Joconde (premier prix de la section 5A), une Lafedulogie (réserve championne jeune) ou une Népalaise (championne génisse section 3A ; réserve du championnat Espoir, derrière Magnolia de David Bouquet ; réserve mamelle Espoir).
Aussi différents soient-ils, les deux éleveurs sont les deux visages d'une même excellence. Comme leurs collègues présents au concours, ils sont emblématiques du « très bon niveau de l'élevage isérois » relevé par le juge. Eleveur en Haute-Saône, Gaëtan Laprevote s'attendait à de belles performances, mais s'est dit tout de même surpris par la motivation des éleveurs et l'ambiance chaleureuse de ce huitième concours départemental. « Il y avait 110 animaux à juger, alors qu'à l'heure actuelle, beaucoup veulent arrêter le lait, souligne-t-il. C'est un métier difficile et il faut être vraiment passionné pour le faire. » Et surtout pour participer à de telles compétitions.
Bêtes à concours
De la passion, on en a vu beaucoup sur le ring le week-end dernier. De l'émotion aussi. Entre les larmes de Boule et l'euphorie d'éleveurs confirmés comme David Bouquet, les Crozat (Gaec du Dauphiné à Janneyrias) ou la famille Noël-Baron (Earl Ternan à Gillonay), le public a pu prendre la mesure de ce qui se jouait sous l'œil du juge. Et su rendre hommage à des bêtes à concours, comme Ecriture, la star du Gaec de Sarapin, qui devient championne senior et remporte le prix de la rentabilité ainsi que la section 9 des vaches nées avant 2010. Ou encore la célèbre Hirondelle (Earl Ternan), sa réserve championne sénior, qui remporte également la section 7.
Gaëtan Laprevote n'a pas manqué d'inviter le public à « applaudir les éleveurs à en faire trembler le chapiteau » avant chaque annonce de palmarès. C'est ce qui s'est passé pour la consécration de Maserati (Earl de Crossey), la génisse bien nommée, qui a remporté le prix Bernard Ravoire, le prix mamelle Espoir, ainsi que la 2e place dans la section 3B. L'élevage de Saint-Joseph de Rivière, a vu quatre autres de ses animaux primés : Ivana, Launa, Lamborguini et surtout Idée, qui remporte la 1ère place dans la section 6B et a été consacrée 2e championne adulte, derrière Ivette.
Le Gaec du Dauphiné a pour sa part décroché le prix de la meilleure mamelle senior avec Honfleur (également 3e de la section 7) et Emeraude, sa réserve. Horticulture, Image, Jazzy et Mignonne se voient elles aussi récompensées pour leurs belles performances. Coup de chapeau à Ohlabelle (Gaec de l'Yris, à Saint-Jean-de-Soudain), sacrée championne génisse et première de la section 1A des génisses nées en 2018. Et mention plus qu'honorable pour la ferme du lycée agricole de La Côte-Saint-André, qui a discrètement tiré son épingle du jeu avec deux vaches primées, Olympic (3e de la section 1A) et Malice (2e de la section 2).
Marianne Boilève
Palmarès complet en page ????