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Chambre d’agriculture

Les élus appellent à des actes forts

Réunis le 25 novembre à La Tour-de-Salvagny, les élus de la chambre régionale d’agriculture d’Auvergne-Rhône-Alpes ont dressé un état des lieux sans concession de la situation agricole. Entre crises sanitaires à répétition, menaces commerciales et surcharge normative, la profession exige des mesures concrètes pour assurer l’avenir de la production française.

Les élus appellent à des actes forts
Lors de la session du 25 novembre, Michel Joux a réaffirmé le rôle crucial des chambres d’agriculture départementales. Elles sont, selon lui, « le cœur battant de la proximité agricole. Elles sont en première ligne. L’expertise agricole existe, elle est organisée ».

En ouverture de session, qui s’est tenue le 25 novembre dernier à La Tour-de-Salvagny (Rhône), le président de la chambre régionale d’agriculture, Michel Joux, n’a pas mâché ses mots. « Nous arrivons à un point de rupture. L’agriculture n’a plus besoin de discours rassurants. Elle a besoin d’actes forts, cohérents et rapides. Ce que vivent les agriculteurs est une réalité. Des réalités parfois brutales qui pèsent sur leur moral et leur capacité à continuer à produire », a-t-il clamé. L’éleveur aindinois a rappelé que les agriculteurs font face à une accumulation de phénomènes : volatilité extrême des prix, aléas climatiques, crises sanitaires, pression réglementaire incessante et concurrence déloyale européenne et internationale. Face à ce mur de difficultés, les élus dénoncent « un fossé croissant entre les paroles et les actes » et insistent : « Nos agriculteurs ne peuvent plus vivre de promesses, ils ont besoin de perspectives solides ».

La complexité administrative a été pointée comme l’un des premiers facteurs de découragement dans les fermes. Malgré vingt ans de promesses de simplification, les normes continuent de s’empiler, créant des injonctions contradictoires et une suspicion permanente envers les agriculteurs. L’importation de produits ne respectant pas les normes françaises a été une fois de plus pointée du doigt, rappelant le message porté par le syndicalisme majoritaire depuis les dernières mobilisations : « N’importons pas l’alimentation que nous ne voulons pas ». Un leitmotiv qui sonne comme une invective à l’accord du Mercosur qui cristallise les inquiétudes. Les élus, Jonathan Janichon, président de la FDSEA de l’Ain et président de la section bovine régionale en tête, ont dénoncé une « incohérence totale » avec les ambitions portées en début de mandat présidentiel sur la montée en gamme et la traçabilité.

Les céréaliers sont également inquiets face à la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) qui va imposer dès le 1er janvier prochain une taxe moyenne de 135 euros par tonne d’engrais azotés, pouvant atteindre 450 euros en 2035. Cette mesure fait craindre l’abandon de terres cultivables et la fin de filières entières sur certains territoires. Sur les produits phytosanitaires, les élus réclament le retour de solutions comme les néonicotinoïdes face aux impasses techniques, dénonçant le fait que 15 pays européens sur 27 autorisent ces molécules contrairement à la France.

Quant à la politique agricole commune (Pac), les élus de la chambre régionale d’agriculture l’ont réaffirmé, face à un recul budgétaire de 20 % annoncé : « Il est hors de question d’ouvrir un débat technique sur la répartition des mesures ». Tous défendent le maintien d’un budget ambitieux pour la première politique européenne.

Succession de crises sanitaires

Autre sujet brûlant : les crises sanitaires à répétition. Fièvre catarrhale ovine (FCO), maladie hémorragique épizootique (MHE) et, pour ce deuxième semestre, la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNCB)… plombent économiquement les exploitations et les filières, mais également le moral des agriculteurs. La situation s’est encore complexifiée avec l’apparition de cas de grippe aviaire dans trois départements (Allier, Ain et Loire) de la région en pleine période de fêtes. Dans l’Ain, 91 éleveurs de volailles sont concernés par des mesures de restriction, menaçant la commercialisation des volailles. Les responsables dénoncent un manque de réactivité des services de l’État et réclament une meilleure prise en compte des réalités du terrain. Les professionnels ont également réaffirmé leur volonté de voir l’accès à l’eau identifié comme une priorité. Tous plaident pour le développement de toutes les solutions viables : stockage hivernal, retenues collinaires, irrigation ciblée et réutilisation des eaux traitées.

Un engagement régional salué

La présence du vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en charge de l’agriculture, Olivier Amrane, a permis de rappeler le soutien apporté au secteur. Les dispositifs d’accompagnement des crises sanitaires, le soutien à l’installation des jeunes et les plans de filières ont été mis en avant comme des exemples de collaboration efficace entre la collectivité et la profession.

M-C. S.-B.