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Les horticulteurs, quels employeurs demain ?

Le fonctionnement de l’apprentissage sera modifié dès 2019. Afin d’en comprendre les enjeux, la FDPHP est revenue sur les mesures de cette nouvelle loi dédiée à l’avenir professionnel durant son assemblée générale à Moirans.
Les horticulteurs, quels employeurs demain ?

Avant d'être des horticulteurs ou des pépiniéristes, ce « sont surtout des employeurs ». Durant l'assemblée générale de la FNPHP à l'échelle départementale à Moirans, Claire Merland, présidente de la commission emploi FRSEA Rhône-Alpes, a présenté les conséquences de la nouvelle loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui a été votée en septembre 2018 ainsi que la trentaine de décrets qui devaient être votés en décembre 2018. En premier lieu, les OPCA changent et deviennent des OPCO, des « organismes paritaires de développement des compétences ». Ils seront aussi moins nombreux, passant de 20 à 11. Des regroupements sont donc déjà prévus. Il y a aura notamment un nouvel OPCO regroupant FAFSEA et OPCALIM, devenant OCAPIAT pour opérateur de compétences Agriculture, pêche, industries agroalimentaires et territoires. Il sera au service de 40 conventions collectives. La jardinerie et la fleuristerie devraient en revanche quitter cette OPCO pour adhérer à celle du commerce. De nouveaux acteurs font également leur entrée tel que France Compétences, établissement public entièrement dédié à la formation professionnelle continue et l'apprentissage ou encore les CEPIR pour commissions paritaires interprofessionnelles régionales. La caisse des dépôts et des consignations ainsi que la MSA et l'URSAF restent également concernés par la loi. Si les cinq organismes concernés sont décidés, le budget lui ne l'est pas forcément. « Le budget des OPCO devrait baisser. Or, l'Etat nous oblige à faire des formations mais ne donne pas le budget pour... on est en pleine incertitude », avoue Claire Merland. Devant l'assemblée d'employeurs présents, son conseil se résume donc à « Si les formations sont urgentes, faites-les mais si vous pouvez, attendez un mois que l'on sache quoi faire ».

Changer de mode de fonctionnement

Le volet administratif change et la pratique de l'apprentissage et de la formation continue va évoluer également. Les apprentis pourront débuter leur formation tout au long de l'année et pourront choisir des modules et non plus une formation complète en fonction de leurs besoins. L'apprenti devrait rester plus longtemps dans le circuit de la formation et recevra une certification à la fin de chaque module. Ce dernier pourra ainsi durer trois mois, par exemple, au lieu d'une année complète en apprentissage. Finalement, « ils auront un savoir-faire plus technique, mais formés sur un module plus court, c'est un nouveau monde, » explique Claire Merland. « Cela permettra peut-être aux jeunes de changer plus souvent d'entreprises et on aura des gens plus motivés qui choisiront le module qui leur plait », suggère Dominique Bonnardon, président de la FDPHP.
Pour les maitres d'apprentissage, il faut s'adapter. « Il faut se demander qu'est-ce que vous êtes prêts à leur apprendre, quel savoir faire technique ? On n'est plus sur l'apprenti qui vient vivre à la maison et qu'on revoit plusieurs années après parce qu'il travaille dans le coin, on va voir passer plus de monde et qui vont disparaître pour aller bosser dans d'autres départements », explique Claire Merland. Il faut aussi répondre aux besoins des apprentis entre une exploitation horticole située en campagne, une entreprise paysagère plutôt située à proximité des villes et entre les deux les magasins de vente qui se situe dans les zones de passage. « On va recruter des apprentis pour l'intérêt de la formation mais aussi par le transport facilité et le logement à proximité ».

Pas d'aide pour les BTS

Il y a aussi du changement du côté des finances. Pour les apprentis au niveau BTS, aucune aide ne sera accordée et le salaire dépend encore de l'âge et non pas de l'année d'apprentissage. « Un apprenti de 17 ou 18 ans coûte aussi cher qu'un salarié saisonnier alors qu'on doit en plus le former, explique Dominique Bonnardon, les seuls apprentis que j'ai pris étaient soit d'anciens saisonniers ou stagiaires ». Le fonctionnement par modules sera peut-être une incitation pour les employeurs comme pour les apprentis.
A cette nouvelle loi, s'ajoute la suppression éventuelle du TODE pour faciliter l'emploi des travailleurs saisonniers, dont les secteurs de la FNPHP seraient fortement tributaires. Le dossier devrait être étudié dans les mois à venir. C'est sûr, en 2019, les horticulteurs et pépiniéristes se sentiront bien employeurs. Mais de qui ?

Virginie Montmartin