Les négociations commerciales 2026 se tendent
ÉGALIM / Les négociations commerciales se terminent dans un climat dégradé. Les industriels et les coopératives, soutenus par la ministre de l’Agriculture, dénoncent le comportement des distributeurs.
Pour cette dernière ligne droite des négociations commerciales qui se termineront le 1er mars, les hostilités ont démarré dès le lundi 16 février. Certaines enseignes de la grande distribution exercent un « chantage mortifère sur les industriels de l’agroalimentaire dans le cadre des négociations commerciales », dénonce la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. « Or, si les négociations sont violentes, elles sont destructrices de valeur pour toute la chaîne, pour la rémunération des industriels, et donc pour le prix d’achat des produits agricoles. À l’arrivée, ce sont les agriculteurs qui vont trinquer », juge-t-elle.
Péage pour les industriels
Quelques jours plus tôt, l’Ania (industriels de l’agroalimentaire) a dénoncé les pratiques des centrales d’achat de services devant la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et des distributeurs. Ces centrales de services sont un « péage auquel les industriels sont obligés de se soumettre avant même de pouvoir accéder à la centrale d’achat », a expliqué Marie Buisson, directrice juridique et compétitivité de l’Ania. En outre, « la réalité des services facturés aux industriels, qui se chiffrent à plusieurs centaines de milliers d’euros, doit être contrôlée en ce qui concerne leur proportionnalité », a-t-elle insisté. En cas de refus d’achat de services, des menaces de déréférencement sont brandies par le distributeur, selon l’Ania. Les centrales d’achat de services, qui existent en fonction des distributeurs à l’échelle locale, nationale et européenne, sont régulièrement dénoncées par les fournisseurs. Ces derniers se disent obligés d’acheter ces services, des données parfois inutiles ou inexploitables, ce que contestent vivement les distributeurs. Or, cette ponction détériore la rentabilité des entreprises. Pierre-Marie Decoret, secrétaire général de l’Ania, a affirmé que le taux de marge nette des IAA françaises était de 3,5 %, particulièrement faible par rapport aux autres industries. La Coopération agricole a, de son côté, déploré le climat dans lequel se déroulent cette année les négociations commerciales. « Près de la moitié des coopératives ont subi des pressions et des menaces de déréférencement pour se voir imposer des baisses de prix injustifiées, au mépris de la loi Égalim qui impose la non-négociabilité du prix des matières premières agricoles », expose-t-elle. Elle regrette que la charte d’engagements signée fin 2025 ne soit pas respectée. « Aujourd’hui, certains de ses principes sont mis à mal, dégradant le dialogue engagé et souhaité par les pouvoirs publics. » Elle appelle à « appliquer la charte d’engagements dans l’esprit de coopération, instaurer un dialogue constructif avec tous les acteurs ».
Les distributeurs claquent la porte
Cette succession de reproches a provoqué une réaction de la FCD (distributeurs), qui a boudé le comité de suivi des négociations commerciales réuni par les ministres Serge Papin (Commerce) et Annie Genevard le 17 février. Pour expliquer cette absence, la FCD a écrit aux ministres en dénonçant les « déclarations réductrices et caricaturales » d’Annie Genevard. « La volonté de dialogue n’est pas partagée, et les conditions minimales d’un échange respectueux et impartial ne sont pas réunies, a justifié la FCD. À la sortie du comité de suivi, le président de l’Ania, Jean-François Loiseau, a déploré que « la grande distribution ne joue pas la partie en équipe, elle est seule dans son coin au détriment de la filière. Elle déconstruit les prix uniquement pour des raisons de concurrence entre distributeurs et ça détruit le tissu de nos entreprises ». Pour sortir de cette situation, Annie Genevard a avancé l’idée de faire évoluer le droit européen sur les centrales d’achat européennes. « Les hausses de tarifs demandées par les industriels sont généralement justifiées et le contournement de la loi française, via les centrales d’achat européennes, n’est plus possible », a-t-elle justifié.
C. B.