Accès au contenu
Isère

Les ovins en quête de reconnaissance

Petits ruminants/Tour d'horizon de l'actualité locale ovine avec Blandine Verdier, la première présidente de l'association des éleveurs ovins de l'Isère, qui a remplacé le syndicat ovin du bas Dauphiné, et Sylvain Pascal, qui a pris le relais de Patrick Rolland à la tête du syndicat ovin du Trièves il y a un an, suite aux récentes assemblées générales de ces deux structures.
Les ovins en quête de reconnaissance
Vous avez provoqué une rencontre (qui aura lieu prochainement) avec le groupement de défense sanitaire de l'Isère (GDS38). Pourquoi ?
Sylvain Pascal : Parce que nous souhaiterions bénéficier d'aides lorsque nous traversons des difficultés liées à des épisodes infectieux, comme les éleveurs bovins, dans le cadre du fonds de solidarité. Nous avions évoqué cette idée quand les cotisations ovines au GDS ont commencé à augmenter, voilà déjà plusieurs années. Maintenant que nous arrivons à peu près au niveau des bovins, nous voulons voir avec le GDS ce qu'il est possible de faire.
Blandine Verdier : Je pense qu'il y aurait également des aménagements à apporter pour les éleveurs comme moi, qui ont plusieurs espèces sur leurs exploitations et cotisent pour toutes, mêmes s'ils n'ont parfois que quelques bêtes.

Lors de vos assemblées générales, le directeur du GDS est notamment intervenu sur l'identification électronique, qui devra être effective pour l'ensemble des cheptels ovins et caprins d'ici au premier juillet 2013. Comment les éleveurs isérois s'y préparent-ils ?
BV : Je sais qu'un élevage de La Chappelle-de-Surieu a déjà rebouclé son troupeau, car nous avons échangé à ce sujet. Cela représente de gros chantiers, pour lesquels il faut du monde et un vrai couloir, car tous les animaux d'une exploitation doivent être réidentifiés avec des boucles électroniques en une fois et que, dans la mesure où nous bénéficions d'aides pour effectuer cette opération, nous pouvons être contrôlés lors de cette opération.
Pour ma part, je compte la mener à l'automne. Ce n'est pas de gaieté de coeur, étant donné que je me suis installée il y a seulement trois ans. Mais nous devons assumer cette nouvelle obligation, qui résulte d'un compromis sur les aides européennes à l'élevage ovin.
SP : L'identification électronique demande du temps et provoque un surcoût de travail sans que les aides ne compensent le coût qu'elle engendre. Mais c'est aussi la notification des mouvements qui provoque des réticences, car tout le monde n'est pas équipé d'un ordinateur connecté à internet. Beaucoup de choses se faisant déjà en ligne, nous serons forcés d'y passer, de gré ou de force. C'est pourquoi le syndicat tente d'accompagner ses adhérents en allant à la pêche aux infos.

Entre fusions de coopérative, fermeture de l'abattoir de Grillon et inquiétudes sur celui de Grenoble, l'aval est en pleine restructuration. Vous emparez-vous de ce dossier ?
BV : Nous avons parlé de l'éventuelle fermeture de l'abattoir de Grenoble lors de notre assemblée générale, car nous sommes un certain nombre à y faire abattre et découper des animaux. Nous souhaitons donc anticiper un possible arrêt de cette activité en étudiant l'opportunité de nous équiper d'un abattoir mobile. Mais cela suppose d'obtenir des dérogations pour abattre à la ferme...
SP : En ce qui concerne les coopératives, l'Agneau des Alpes a effectivement fusionné avec Le Mérinos, et Die Grillon avec la société coopérative de l'agneau de Haute-Provence (Socahp). Mais cela ne provoque pas de changement majeur pour les éleveurs. Donc, sur ce dossier également, il s'agit surtout pour nous de relayer l'information.
Par contre, en tant qu'apporteur à l'Agneau des Alpes, je constate que les producteurs sont mis à contribution pour financer l'agrandissement du bâtiment : on nous demande de recapitaliser, sans forcément prendre en compte les difficultés dans lesquelles peuvent se trouver nos élevages.
BV : Pour ma part, j'ai fait le choix de la vente directe. Comme j'élève des Thônes et Marthod, je vends beaucoup d'animaux vivants et j'écoule le reste de ma production en caissettes. Mais l'an dernier, il y en a eu très peu, car j'ai perdu la plupart de mes agneaux en alpage, à cause du loup, même si l'attaque ne lui a pas été attribuée.

Constatez-vous une recrudescence des attaques de loup ?
SP : On nous annonce plutôt une baisse. Mais, pour moi, elle est plutôt due à une baisse des déclarations. En tant que syndicat, nous la regrettons, car ce sont autant de pertes qui ne sont pas indemnisées. Mais, en tant qu'éleveur, je pense que le plus payant est effectivement de s'occuper soi-même du loup, car si la fédération des alpages de l'Isère gère correctement les mesures de protection des troupeaux, nous sommes plus que lassés des faux discours des représentants de l'Etat sur le sujet et constatons que les gardes de l'office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) sont parfois réticents à reconnaître la responsabilité du loup.
BV : C'est exactement le scénario qui s'est produit pour moi. Je n'ai pas été écoutée, ni reconnue. On m'a dit que si mes agneaux étaient morts, c'est qu'ils étaient malades, alors que la Thônes et Marthod est une race rustique adaptée à la montagne et qu'avant d'être poursuivis, mes animaux allaient parfaitement bien. De retour d'alpage, mes brebis ont mis du temps à accepter de nouveau le bélier, ce qui fait que les derniers agnelages n'ont eu lieu que récemment. Mais il a tout de même fallu que je demande à mon transporteur de témoigner que mon troupeau n'était pas dans cet état là lors de la montée en alpages. Et le parc des Ecrins n'a jamais voulu admettre que les dégâts pouvaient être imputés à un loup, alors qu'il a fait état d'une observation de loup à proximité de l'alpage que j'ai occupé dans les semaines qui ont précédé l'attaque...

Propos recueillis par Cécile Fandos

----- ENCADRE ----------------------------------------------------------------------------------------------------
Une nouvelle structure ovine départementale
Avec la transformation du syndicat ovin du bas Dauphiné en association des éleveurs ovins de l'Isère, le département se dote d'une nouvelle structure ovine départementale à côté de la section ovine de la FDSEA, présidée par Eric Greffe-Fonteymond. « Ce changement de statut nous ouvre de nouveaux champs d'action, que nous serons peut-être obligés d'investir, afin de réunir des fonds pour financer des opérations telles que le stand que nous tenons tous les ans à Beaucroissant, pour lequel nous ne recevons plus de subventions, explique Blandine Verdier, la première présidente de la nouvelle organisation, suite à l'arrêt de l'activité de Nicolas Fanjat, le dernier président du syndicat ovin du bas Dauphiné. Mais en adoptant le statut d'association, nous cherchons surtout à attirer de nouveaux éleveurs, car certains ne voient un syndicat que comme une structure revendicative. Or, nous avons besoin d'impliquer un maximum de monde dans la durée pour mener les dossiers jusqu'à leur terme ».
Cette conviction n'empêche pas la jeune éleveuse de limiter son engagement à un an. « J'ai accepté de prendre la présidence, car il n'y avait aucun candidat et je craignais que l'association ne voie pas le jour autrement. Mais quand mon activité de centre équestre tournera à plein, en parallèle de l'atelier ovin et de la ferme pédagogique, je n'aurai plus le temps d'assumer cette fonction. J'ai donc bien averti mes collègues qu'ils devront bientôt prendre le relais. Surtout que mon élevage n'est pas vraiment représentatif de la plupart de ceux qui adhèrent à l'association ».
C.F.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------