« Les petits ruisseaux font les grandes rivières »
« Il est plus facile de convaincre 1 000 personnes de donner 10 euros, que d'en convaincre une de donner 10 000 ». C'est sur ce principe que fonctionne le financement participatif, ou « crowfunding », qui permet aux entreprises et aux particuliers de collecter des fonds, pour réaliser leur projet. Pour expliquer son fonctionnement aux acteurs économiques du territoire (commerçants, artisans, agriculteurs, associations, acteurs du territoire), le Pays voironnais a organisé le 12 novembre, à Moirans, une conférence sur le sujet.
Tout ou rien
340 000 euros. C'est la somme récoltée par la coopérative laitière du pays basque pour lancer une activité de transformation et gagner en indépendance pour échapper aux variations de prix du litre de lait. Cette somme est beaucoup plus élevée que celle levée en moyenne (la majorité des projets est en dessous de 10 000 euros), mais elle montre la diversité des potentialités. Les initiatives sont variées et concernent tous les milieux, de l'artisanal à l'agriculture, en passant par le culturel, le social, l'humanitaire ou le sport... Mais le principe est toujours aussi simple. Il s'agit de mettre en relation des porteurs de projet avec des contributeurs via une plateforme, installée sur Internet. La description de l'initiative, le montant nécessaire et la durée de la collecte doivent être déposés sur le site de la plateforme, qui sélectionne, ou pas, le projet. Puis, libre aux financeurs de participer, sous forme de dons sans contreparties ou de contributions avec contreparties, pour le montant de leur choix. « Ce n'est pas un prêt, mais l'initiative plaît, car les épargnants savent où va leur argent », affirme Myriam Seib, consultante spécialisée en financement privé. Au sein de cette initiative, la règle du tout ou rien est quasiment systématiquement de rigueur. C'est-à-dire que, si, sur la période donnée, la collecte n'atteint pas le montant espéré, le porteur de projet ne bénéficiera de rien. « C'est la raison pour laquelle, il ne faut ni sur-estimer le montant demandé, ni le sous-estimé. Il faut être juste, car si la demande est trop élevée, nous risquons de ne rien avoir, et si elle n'est pas suffisante, nous passons à côté de contributions qui auraient pu s'avérer précieuses », indique Sébastien Bénard, jeune viticulteur à La Buisse, qui a utilisé la plateforme Miimosa (site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation), pour financer l'achat de plants de vigne, nécessaires à son projet d'installation. Il ainsi récolté 10 000 euros via 130 collaborations.
Quelques clics
Même si les plateformes sont accessibles, la démarche demande quelques compétences. « En informatique, car tout est fait sur l'ordinateur. En communication, car il faut se montrer « sexy ». Le but est de plaire au plus grand nombre. En rédaction, car pour que le projet soit soutenu, il doit raconter une histoire. Les porteurs de projet ne doivent pas hésiter à recourir à l'humour, à montrer leur personnalité pour se différencier des autres projets. Et enfin, il faut avoir des contacts, et savoir les utiliser la base de donnée créée », explique Bertrand Rabatel, de NaturaVélo, à Charavines, habitué du financement participatif. « En quelques clics, il est possible de mettre en musique son projet et de le diffuser à de nombreux contacts. Après, il ne reste plus qu'à l'animer », indique le jeune homme. Plus qu'à ? Pas si sûr. « Le temps d'animation ne doit pas être négligé, car si le porteur de projet ne le fait pas vivre sur les réseaux sociaux, l'idée sera oubliée et les fonds seront insuffisants », avertit Sébastien Bénard. Le phénomène « crowfunding » est assez nouveau. Il est devenu possible grâce au développement d'Internet et des réseaux sociaux et répond aussi à un contexte de crise économique et de frilosité des banques.
Isabelle Brenguier