Accès au contenu
Pratiques culturales

Les prairies naturelles répondent à leur manière

La prairie naturelle n'est pas une simple étendue d'herbe. Elle doit être conduite méthodiquement selon les objectifs que l'on se donne. Exemple avec un suivi réalisé par la chambre d'agriculture.
Les prairies naturelles répondent à leur manière

« Une prairie naturelle réagit très vite à la conduite, on en fait ce que l'on en veut ». Richard Armanet, éleveur caprin à Saint-Chef est catégorique. La demi-journée de visite de parcelles sur la conduite des prairies naturelles à Sermérieu était édifiante. Trois parcelles visitées, trois réponses différentes. Chez Daniel et Michel Juppet du Gaec de Chaffer, la parcelle, assez grande, est conduite de façon intensive. « Au total 8 à 10 tonnes de matières sèches à l'hectare (MS/ha) », indique Robinson Stieven, conseiller de la chambre d'agriculture de l'Isère. Les exploitants en font pâturer une partie, la plus en pente, puis étendent la présence des vaches laitières à toute la surface avant d'ensiler, à mi-saison. Puis de la remettre au passage des bêtes. « Lors de notre visite au printemps avec Marie Mallet (chargée du dossier Terre et eau à la chambre d'agriculture), nous avons été impressionnés par la vigueur de cette prairie », se souvient Robinson Stieven. « Elle est conduite comme une prairie temporaire pour faire du volume ».

Une analyse adaptée

Un outil aide les éleveurs à piloter cette production : le diagnostic de nutrition des prairies (DNP). « On analyse la plante et pas le sol, explique le technicien de la chambre. C'est un état des lieux de l'alimentation du végétal. Il indique leur capacité de prélèvement dans la terre ». Le DNP ne se fait donc qu'au printemps au moment où les conditions sont réunies pour que la plante tire le meilleur parti de son environnement : somme des températures, pluviométrie, état végétatif. « C'est toujours avant l'épiaison des graminées, précise Robinson Stieven. Dans le secteur, la période idéale est début avril ». Au final, l'exploitant a entre les mains un constat par rapport à une conduite. « C'est moins cher et mieux adapté qu'une analyse des sols », estime le technicien de la chambre. « L'azote permet le rendement, le phosphore et le potassium l'expriment, rappelle Amandine Roux, technicienne de la chambre d'agriculture. Il faut jouer avec ces trois éléments ». Quatre apports fractionnés, deux d'azote et deux de phosphore potassium ont été réalisés au printemps dans la parcelledu Gaec de Chaffer. « La fertilisation n'a pas été vaine puisque avec le rendement constaté, ces apports ont été récupérés sous forme de matière sèche soit par l'ensilage, soit par la pâture, les animaux ayant toujours eu à manger régulièrement », avance Marie Mallet. Mais il semblerait que les doses peuvent être diminuées ou suspendues pendant un an ou deux pour analyser la réaction de la parcelle. « La plante fait ses stocks d'éléments au printemps et les utilisent ensuite tout au long de la saison, indique Amandine Roux, quelquefois avec un nouveau stockage en automne si les conditions sont bonnes ». Ce n'est pas le cas cette année, la sécheresse ayant tendu les réserves de matières sèches. La prairie, verte grâce à une réaction rapide à une pluie début octobre, mais trop rase, ne pouvait cependant pas être pâturée. « On voit des rosettes, favorisées par l'été trop sec et chaud. Mais il y a un stock de graines variées, signant une bonne biodiversité. Elle peut répondre à la moindre pluie », analyse Yves François, élu à la chambre d'agriculture.

Parcelle d'appoint

La deuxième parcelle visitée, celle de Thierry Reynier, du Gaec de la Gentilhommière, ne présentait pas le même aspect. L'abondance de l'herbe en cette fin de saison sèche a étonné les participants à la visite. Mais cette parcelle n'est que pâturée, jamais fauchée car en grande partie non mécanisable, et bénéficie d'une orientation nord. Surtout, située un peu loin du siège d'exploitation, elle reste une parcelle d'appoint dédiée aux génisses ou aux vaches taries. Un petit apport d'azote est réalisé au printemps, les éléments P et K étant simplement apportés par les bouses. Les techniciens ont décelé un sous-pâturage ayant entraîné des refus et un stock de matière sèche au sol important. « Il faudrait faire entrer les bêtes un peu plus tôt dans la parcelle au printemps », suggère Robinson Stieven. « C'est trop tard pour un broyage qu'il aurait mieux valu réaliser en juillet pour bénéficier d'une pluie ultérieure », estime un éleveur voisin. Non traumatisée par la période estivale, la prairie répondra mieux au printemps. « Le bon équilibre est 50% de graminées, 30% de légumineuses et le reste en autres plantes », indiquent les techniciens de la chambre. La parcelle n'en est pas loin, mais présente quelques problèmes de chardons à surveiller. Son rendement a été estimé entre deux et trois tonnes de matières sèches à l'hectare.
La dernière parcelle visitée, toujours du Gaec de la Gentilhommière, est située plein sud. « Il y a peu de rendement en matières sèches, mais une pelouse sèche comme celle-ci est importante dans la conduite globale d'une exploitation, car elle permet un pâturage précoce dès les premiers réchauffement en fin d'hiver et valorise la présence des génisses et des taries », constatent les techniciens. « Elle serait même un peu sous-pâturée, en témoignent la présence de ronces et d'églantiers, qui inviterait à la découper en paddock pour améliorer la pression momentanée par le troupeau ».

Jean-Marc Emprin