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Rencontre

"Les problématiques restent les mêmes"

Roland Primat est président de la coopérative Dauphinoise depuis 19 ans. En préparant le 80ème anniversaire de l'entreprise, il s'est penché sur un passé qui a beaucoup à dire au futur.
"Les problématiques restent les mêmes"

 

La coopérative Dauphinoise fête ses 80 ans, l'occasion de se pencher sur son passé et d'évoquer l'avenir.

Créer un événement nous oblige à nous ressourcer dans le passé. Il est intéressant de savoir d'où l'on vient. Le premier enseignement que nous pouvons tirer est que, certes le contexte est différent et nous sommes passés d'une agriculture autarcique à une agriculture de commerce, d'export et de transformation, mais les problématiques restent les mêmes. En se plongeant dans les comptes-rendus de conseils d'administration on se rend compte que les discussions portent toujours sur les questions de prix, sur les crises agricoles dans les différentes filières, sur les tensions entre coopératives, sur l'évolution des statuts...

Les orientations ont changé ?

On sentait les administrateurs plus sereins et plus enclins à favoriser le long terme. Mais animés par le sempiternel débat entre garder les bénéfices pour les réinvestir ou les redistribuer. Ce qui a fait la force de l'entreprise, c'est que la raison l'a toujours emporté. Le passé est une sacrée leçon pour le futur !

Vous avez réalisé un livre à cette occasion.

L'intérêt de cet ouvrage de 100 pages est que chacun comprenne ce qui s'est passé dans la coopérative, avec ses atouts et ses faiblesses. La coopérative a toujours été portée par des projets et n'a jamais connu de récession. Certes, nous avons connu des échecs : dans les années 47-50 avec une expérience fruitière et dans les années 90 avec la noix de Grenoble. Mais la profession en a tiré des répercussion positives comme la structuration de Coopénoix.

On y redécouvre que les phénomènes de concentration ne sont pas nouveaux.

Tout s'est passé dans les années 70. La coopérative est alors passée de syndicat local à coopérative départementale. Dans les années 80, elle a pris une dimension régionale. Elle s'est structurée autour de ses métiers historiques, les céréales et les approvisionnements, puis géographiquement. Depuis 1977, elle est la seule coopérative céréalière en Isère, puis s'est étendue en Savoie, sur une partie du Rhône et de la Drôme. La Dauphinoise est une coopérative ouverte, capable de fédérer en adoptant le meilleur des autres. Mais l'adaptation de la structure doit répondre à une valeur ajoutée sur le plan économique pour l'agriculteur et non pas pour l'entreprise.

Quelle est la taille critique pour une coopérative ?

Elle se définit en partie par rapport à un marché et au regard de sa mission envers les coopérateurs, auxquels elle doit apporter la plus grande valeur ajoutée. L'avantage de la région Rhône-Alpes est sa grande diversité de productions agricoles. La Dauphinoise a un positionnement clair sur des marchés diversifiés, qu'il s'agisse de blé, de maïs ou d'autres productions. Nous ne sommes pas tournés uniquement vers l'export, mais de préférence vers les marchés régionaux où nous avons de gros clients, des fabricants d'aliments pour le bétail, des grands moulins ou de plus petites unités. Certes, la tendance de fond est à la concentration, mais pas au monopole ; ces dernières années, on constate une exigence de proximité dans les actes de consommation. Et une coopérative comme La Dauphinoise ne peut pas viser qu'un seul marché, soit l'export, soit le local. Nous sommes donc condamnés à trouver des solutions, sachant, en parlant de taille critique, que la première coopérative céréalière de France demeure petite à l'échelle mondiale. Donc il est nécessaire de rassembler nos forces, de créer des unions, interrégionales et nationales, tout en restant capable de conserver des relations étroites avec le client local.

Comment dégagez-vous votre valeur ajoutée ?

Nous ne pouvons pas jouer uniquement sur les prix. Nous nous positionnons également sur les services, que nous valorisons. Nous sommes en permanence à la recherche du meilleur équilibre et nous privilégions les investissements sur le long terme. Ce qui signifie que nous pouvons potentiellement nous affaiblir sur le court terme. La Dauphinoise est à l'origine d'investissements structurants dans la région comme le terminal céréalier et les silos en bord de Rhône, qui nous on permis de nous positionner à l'export.

Cela se traduit aussi à travers vos projets ?

La Dauphinoise est en capacité de mener des projets car elle a toujours capitalisé sur son histoire en présentant une situation financière saine et en s'entourant de personnes engagées, agriculteurs et collaborateurs. Depuis trois ans, nous avons investi dans une nouvelle filière, celle de l'œuf, et sur le créneau des semences avec des céréales autogames et hybrides. Parallèlement, nous souhaitons être meilleurs dans nos métiers historiques en améliorant nos performances économiques et en nous adaptant aux évolutions politiques et économiques. C'est le cas des métiers de l'approvisionnement, où nous devons intégrer la baisse de consommation des produits phytosanitaires et accompagner les agriculteurs dans le domaine du conseil, de l'agronomie et sur des essais.

Le secteur de la distribution est-il appelé à évoluer ?

Nous souhaitons également améliorer nos performances commerciales et économiques sur les métiers grands public, avec les réseaux Gamm vert et Agri Sud-Est, qui représentent aujourd'hui 20% de notre chiffre d'affaires. Mais nous pensons que nous avons une place légitime dans la distribution de produits bruts ou transformés issus de l'agriculture. C'est pourquoi nous nous sommes intéressés à la Halle de terroirs à Salaise-sur-Sanne. Si le modèle est difficilement reproductible, en revanche nous identifions deux circuits de distributions complémentaires : celui des magasins Gamm vert - en substituant certains produits - ou celui de surfaces spécialisées, type GMS, qu'il serait grand temps de mettre en place. Le premier magasin de ce type pourrait voir le jour en 2015.

Enfin, nous savons que la valeur ajoutée est plus importante en aval de la filière. C'est pourquoi nous souhaitons aller plus loin dans la transformation des produits dans les domaines du végétal et de l'animal. Nous sommes prêts à étudier des dossiers et à nous intéresser à des secteurs comme la meunerie.

Propos recueillis par Isabelle Doucet