Les régions européennes dénoncent le simplisme de la Commission
L'Assemblée des régions européennes fruitières, légumières et horticoles (Areflh) a tenu son deuxième Forum annuel le 4 novembre à Bruxelles. L’avenir des organisations de producteurs dans le cadre de la future Pac était au cœur des préoccupations.
La proposition de la Commission européenne sur le cadre financier pluriannuel (CFP) fait l’unanimité contre elle. On l’a vu récemment avec la lettre signée par les quatre principaux groupes politiques au Parlement européen. « La proposition de la Commission va dans la mauvaise direction », a constaté Alessio Mammi, ministre de l’Agriculture de la Région Émilie-Romagne (Italie). De plus, la proposition de baisse du budget de la Pac de 20 % est « inacceptable ». Pour l’élu italien, la proposition de la Commission est une « proposition myope ». « La Commission doit changer d’orientation et le Parlement doit nous aider », a-t-il assuré. « L’organisation commune de marché (OCM) est bien plus qu’un soutien financier, c’est un cadre pour les producteurs », ajoute Ramon Fernandez-Pacheco, ministre de l’Agriculture d’Andalousie (Espagne) et président de l’Areflh. Pour lui, « l’OCM doit garder un cadre européen et stable. L’agriculture européenne n’a pas besoin de moins d’Europe, mais d’une Europe plus engagée ». Il estime que « la proposition en elle-même n’est pas acceptable. Placer la Pac dans un fonds unique, et la mélanger aux autres politiques, cela ne fonctionne pas ». Avec la proposition de la Commission, « nous deviendrons une Europe avec des centaines de politiques agricoles. Ce qui renforcerait les concurrences internes, au lieu de nous renforcer contre la concurrence externe ».
« Un pas en arrière »
La proposition de la Commission constitue « un pas en arrière. C’est une forme de renationalisation de la Pac », a ajouté Paolo de Castro, ancien président de la commission de l’agriculture au Parlement européen. « L’Europe est née de l’agriculture », rappelle-t-il. Affaiblir l’agriculture, c’est « fragiliser l’Europe de l’intérieur, c’est nous mettre en difficulté sur le plan de la compétitivité mondiale ». Les parlementaires européens présents ont abondé dans le sens des élus régionaux. « Le projet n’est pas bon », déclare Carmen Crespo Diaz (Espagne, PPE). « Nous ne sommes pas d’accord avec la proposition de la Commission ». La proposition de juillet « va accentuer les distorsions entre les pays. Ce serait catastrophique de renationaliser la Pac », insiste Éric Sargiacomo (S&D, France). Le Français demande à la Commission de « respecter le Parlement européen. Nous sommes colégislateurs ». Il invite la Commission à ne pas commettre avec l’agriculture « la même erreur qu’avec l’industrie ». « Où est l’union, où est le commun ? » interroge Arnaud Lécuyer, vice-président de la Région Bretagne en charge de l’agriculture. « On vise la simplicité, ça vire au simplisme ». Représentant de la direction général de l’agriculture, Ricard Ramon a tenté de défendre la position de la Commission, sans convaincre. « La Commission doit garantir le caractère commun. Nous soumettrons des recommandations aux États membres. Notre but est de garantir l’égalité entre les secteurs », a-t-il expliqué. La proposition de l’Areflh est claire : « retirer la Pac et l’OCM du fonds unique ». « Nous voulons parvenir à un accord », a conclu Carmen Crespo Diaz. Nous attendons que la Commission agisse et qu’elle revienne sur sa proposition d’un fonds unique. La balle est dans le camp de la Commission. »