Les sylviculteurs privés inquiets pour l’avenir
« Lâchez-nous un peu les basques ». Tel est le message certes un peu cavalier mais surtout très clair que le président des propriétaires forestiers privés de France, Antoine d’Amécourt, tient à faire passer au Gouvernement, à la Commission européenne ainsi qu’à certaines ONG écologistes radicales « qui font tout pour entraver notre quotidien ». En ce début d’année, les actualités et les entraves ne manquent pas entre les tempêtes dans les Landes et en Occitanie, la pluviométrie abondante, la directive RDUE et les rapports tendus avec la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Sur le front des intempéries, l’Occitanie a perdu environ 500 000 mètres cubes de bois après le passage des tempêtes Nils, Oriana et Pedro. « Ce ne sont que des estimations à vue d’œil parce que les chemins sont bien souvent impraticables », a indiqué Laurent de Bertier, directeur général de Fransylva. Il faudra attendre que les sols s’assèchent pour évaluer de manière plus précise le volume des arbres abattus par les vents violents. Fransylva craint que ces bois couchés, qui ne seront pas exploités entre avril et juillet en raison de l’arrêt des travaux forestiers pour cause de nidification, servent de combustible pour les feux de forêts pendant l’été.
OFB, DADUE, RDUE…
C’est sous la pression des associations environnementalistes, souvent radicales, que les règles de production forestière et de protection des espaces boisés ont changé au fil des ans tant au plan européen qu’au plan national. Antoine d’Amécourt cite l’exemple de ce propriétaire qui a été condamné à 3 000 euros d’amende par l’Office français de la biodiversité (OFB) pour avoir débité du bois mort couché sur sa parcelle « parce que ce bois était susceptible d’accueillir de l’habitat faunistique. On ne peut plus supporter ce type de dérives », a insisté le président de Fransylva. Le système atteint même des sommets d’absurdité quand il cite ce cas où l’OFB a infligé une amende à l’Office national des forêts (ONF) qui a procédé de la même manière que le propriétaire privé. Déjà privés par la nature d’exploiter l’hiver, les forestiers privés peinent à entretenir leurs parcelles au printemps en raison de la nidification. « Nous sommes confrontés, dans de nombreux massifs forestiers, à des arrêtés préfectoraux ou municipaux qui nous interdisent les travaux par crainte des feux de forêts », a observé Antoine d’Amécourt. L’automne devient compliqué pour l’exploitation des forêts « parce que maintenant les ONG nous opposent les arbres à habitat ». Pis, certains activistes ne se privent plus maintenant de venir à vélo (électrique) avec des marteaux pour casser les vérins hydrauliques des engins forestiers. « Des dégradations qui coûtent cher aux entreprises et qui les découragent de venir ». A ces problèmes se greffent ceux des vols de bois, des problèmes sanitaires (scolytes, nématode du pin, chalarose du frêne…), de l’application de la directive européenne déforestation (RDUE) ou encore de la loi portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne (loi DADUE) et les relations aigres-douces avec la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, qui gère le secteur forestier depuis le remaniement d’octobre 2025.
Christophe Soulard
BOIS ET FORÊT / Confrontés à des contraintes législatives et réglementaires semblables aux agriculteurs, le président de Fransylva, Antoine d’Amécourt, s’inquiète de leur impact sur la production de bois en France.