Locavores cherchent producteurs en Isère
Sous la voûte du Min, une quarantaine de petites pagodes, très chic. A l'intérieur, producteurs, transformateurs, restaurateurs, fins épiciers, gérants de magasin et directeurs de supermarchés sont en plein conciliabule. Les uns cherchent des produits, les autres en vendent. Ici, on goûte un biscuit, là on découvre une feuille de stevia (édulcorant naturel), on savoure un (tout) petit verre de liqueur. Plus loin, ça cause agneau d'alpage, terroir, vaches angus, volailles et légumes frais. Soudain, une énorme sonnaille interrompt l'échange. C'est le principe du speed meeting : les participants ont quinze minutes, montre en main, pour présenter leurs produits, leurs attentes et leur carte de visite.
Marathon
Pour la première édition de cette rencontre inédite entre professionnels de l'alimentation, près de 90 participants ont répondu à l'invitation de la chambre d'agriculture, la CCI de Grenoble et la chambre des métiers et de l'artisanat. Le principe : un marathon de rendez-vous individuels entre agriculteurs, transformateurs, artisans des métiers de bouche, commerçants alimentaires et restaurateurs pour développer des relations commerciales de proximité. L'initiative est née d'une volonté conjointe de la chambre d'agriculture (et plus particulièrement du pôle Installation en quête de débouchés pour ses nouveaux installés) et de la chambre de commerce qui, depuis des mois, lui renvoie des quantités de demandes de professionnels soucieux d'approvisionnement local.
C'est le cas de Jérémy Sédillot, cuisinier, et de sa collègue Pauline Huguenin, diététicienne, qui cherchent à « changer les choses en trouvant de bons produits » pour l'Ephad de Bourg d'Oisans. Le speed meeting leur ouvre d'un coup plein de perspectives... Même chose pour la restauration commerciale. Alexandre et Thibault, la petite trentaine, viennent d'ouvrir un « bistronomique » à Grenoble et veulent « mettre en avant le terroir local ». Les deux associés tentent de dénicher des producteurs ayant une « philosophie » proche de la leur, autrement dit une façon de travailler « la plus naturelle possible ». La pêche a été bonne : ils ont trouvé des éleveurs de volailles et de viande bovine, des producteurs de boissons alcoolisées (bières, apéritifs, liqueurs...) et découvert l'agneau d'alpage. « Mais il va falloir attendre six mois pour goûter », prévient Roland Bouvier, éleveur à Marcollin, venu faire la promotion de l'agneau d'alpage au nom d'un collectif d'une vingtaine de producteurs isérois. Quelques minutes plus tard, Roland croise un grand type en pantalon rouge. Cet habitué du Min n'est autre que Stéphane Froidevaux, le chef (et propriétaire) du Fantin-Latour, l'une des meilleures tables de Grenoble. Bingo : l'agneau d'alpage, le restaurateur ne demande qu'à connaître : « J'ai la volonté d'être de plus en plus locavore (1). Mais c'est très compliqué, il faut du temps pour trouver et rencontrer des producteurs. »
Conseils marketing
Non loin de là, Amandine Vial, éleveuse à Clelles, ne cache pas son excitation : elle vient de parler de ses angus au célèbre chef grenoblois, qui lui a très vite fixé rendez-vous. Comme beaucoup ce jour-là, la jeune femme, récemment installée en Gaec avec son père, est venue pour trouver de nouveaux débouchés pour ses vaches et ses volailles. Elle est comblée. Steven Clavel, lui, va s'installer dans quelques mois et veut commercialiser sa bière. « J'ai rencontré une épicerie fine de Goncelin, un grossiste en vin et un directeur de petite surface. Ce qui est bien, c'est qu'on se rend compte de ce que les distributeurs cherchent. Il y a des choses auxquelles on ne pense pas forcément, comme le conditionnement. Ce qui marche bien en supérette, c'est 75 cl par exemple. Ça fait réfléchir... »
Productrice de noix, Audrey Perrin a elle aussi fait des rencontres, mais se dit un peu déçue : « Je cherchais des débouchés dans le commerce de détail et les épiceries fines. Quand je parle de mes noix salées ou caramélisées, ça les intéresse, mais ça coince très vite au niveau du prix à cause de leur marge. En revanche, j'ai rencontré un U Express de Grenoble : j'ai senti qu'il jouait bien la carte du local. Il m'a même donné des conseils marketing. C'est génial. Pour nous producteurs qui cherchons des débouchés, c'est formidable. A refaire ! » Fabien Zebbar, président de l'Umih 38 (2) et restaurateur à Sassenage, partage son enthousiasme : « C'est difficile, quand on fait ce métier, d'aller frapper à la porte de tous les producteurs. Ce speed meeting, c'est une super idée. Mais il n'y a pas assez d'offre. C'est sans doute parce que c'est nouveau. On verra s'il y en a plus l'an prochain...»
Marianne Boilève
(1) Personne qui consomme des produits frais et de saison, achetés sur les marchés et/ou aux agriculteurs locaux.
(2) Union des métiers et des industries de l'hôtellerie de l'Isère.