Loup : « L’action de trop »
La décision de relâcher une louve capturée en Seine-Maritime dans l’arc alpin a agi comme un électrochoc dans les campagnes. Pour les FRSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Provence-Alpes-Côte d’Azur, il s’agit ni plus ni moins d’une « provocation » supplémentaire, dans un contexte où la prédation pèse déjà lourdement sur les élevages. Sur le terrain : l’exaspération est à son comble. « Cela fait trente ans qu’on le subit », rappelle Frédéric Gontard, éleveur ovin dans la Drôme et président de la section ovine de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes. Pour lui, comme pour beaucoup d’éleveurs, cette réintroduction apparaît incompréhensible : « On a déjà assez de loups à gérer sur le territoire ». Le sentiment dominant est celui d’un ras-le-bol profond face à une accumulation de décisions vécues comme déconnectées des réalités du terrain.
« L’arc alpin n’est pas une réserve à loups »
C’est précisément ce que dénoncent les organisations professionnelles. « Aucun critère ne désigne l’espace alpin comme zone appropriée », martèlent la FRSEA et JA Paca suivis par le réseau syndical régional, pointant au contraire le risque de désorganisation des meutes et d’augmentation de la prédation. Les syndicats sont catégoriques : ils refusent la transformation de ces territoires d’élevage en « sanctuaire lupin ».
Des élevages sous pression permanente
Sur le terrain, la prédation n’a rien d’abstrait. Dans la Drôme, par exemple, « les éleveurs ont eu 20 % de bêtes tuées en plus en 2025 par rapport à l’année précédente », rapporte Frédéric Gontard et ce malgré la présence de 1 070 chiens de protection. Pour l’éleveur ovin drômois, les dispositifs de protection et de régulation actuels atteignent leurs limites. « L’élevage en présence du loup, c’est impossible », tranche-t-il évoquant un travail profondément dégradé, entre surveillance accrue, contraintes techniques et fatigue morale. À cela s’ajoutent les pertes indirectes, les comportements perturbés des troupeaux et les tensions avec le voisinage liées à la présence accrue de chiens de protection.
Au-delà de la prédation, c’est tout un système qui est dénoncé. Les organisations professionnelles agricoles pointent un déséquilibre entre les exigences imposées aux éleveurs et les décisions prises en matière de gestion du loup. Dans leur communiqué, elles s’interrogent notamment sur la conformité juridique et scientifique de cette opération, évoquant une « translocation non justifiée ». Sur le terrain, le ressenti est encore plus direct : celui d’une pression administrative et réglementaire constante, vécue comme disproportionnée et parfois extrémiste.
Une fracture avec la société
Cette situation alimente également une incompréhension grandissante avec le grand public. « Les gens ne se rendent pas compte de ce que nous vivons », estime Frédéric Gontard. Face à une image souvent idéalisée du loup, les éleveurs peinent à faire entendre la réalité des attaques et leurs conséquences. Pour la profession, cette réintroduction apparaît donc comme « l’action de trop ». Les syndicats préviennent qu’ils utiliseront « tous les moyens syndicaux et légaux » pour s’y opposer à l’avenir. En filigrane, c’est une alerte plus large qui est lancée : celle d’un système d’élevage fragilisé, confronté à des contraintes croissantes et à un manque de reconnaissance. « Qu’on nous laisse travailler », résume Frédéric Gontard. Une revendication simple, mais qui, à l’heure actuelle, semble loin d’être entendue.
M.-C. S.-B.
Prédation / La réintroduction d’une louve dans l’arc alpin ravive la colère des éleveurs. Dans des territoires déjà confrontés à une forte prédation, la profession dénonce une décision incompréhensible et une pression devenue insoutenable.