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Groupements forestiers

Massification de l'offre

Un des principaux problèmes de la forêt alpine reste l'invidualisme des propriétaires. Une coordination des chantiers d'abattage pour proposer de beaux volumes sur le marché les aiderait à maîtriser les prix.
Massification de l'offre

Une réunion forestière est toujours empreinte de sentiments ambivalents. Découragement d'un côté, forts espoirs de l'autre, l'assemblée générale du l'Union des groupements pour le développement forestier de l'Isère (UGDFI) présidée par Henri Gras, n'a pas dérogé à la règle. « Le prix du bois a été divisé par trois en 20 ans, s'offusque Patrick Chion, vice-président de l'UGDFI. Ca ne peut plus continuer ainsi. Aujourd'hui les achats de plants et de protections contre les dégâts de gibier sont en chute libre », soulignant ainsi le risque de vieillissement de la forêt à terme. « Il faut redonner de la valeur au bois », insiste-t-il. Un phénomène d'autant plus regrettable qu'il rappelle que « 53% des grumes sont classées C30 dans le Trièves (voire davantage), et en Chartreuse le taux atteint même 76% ». La ressource en Isère est donc abondante et de bonne qualité.

Aller chercher le bois

Mais se pose toujours le problème de l'accès. Une part minoritaire se trouve en plaine dans le département, alors que l'essentiel est en montagne, dans des zones plutôt escarpées. Bruno de Jerphanion, président du CRPF Rhône-Alpes, venu tout spécialement pour assister à cette rencontre, souligne le rôle de son organisme dans la mise en place d'associations syndicales libres de gestion forestière (ASLGF) : sept ont été créées, sept sont en préparation, avec à chaque fois des plans de gestion de la forêt cohérent et coordonnés entre propriétaires. Politique que vient expliciter Xavier Martin, le directeur du CRPF : « Le problème n'est pas la qualité du bois mais celui de la façon d'aller le chercher. Il est nécessaire de massifier l'offre. Comment ? En animant des groupes de propriétaires forestiers pour susciter des projets autour de surfaces forestières importantes ». Les plans de gestion concertés permettront  de proposer, année après année, des chantiers suffisamment importants pour les acteurs en aval, bûcherons, débardeurs et première transformation. En favorisant cette massification, on agit sur les coûts et l'attractivité des bois locaux. Yvonne Coingt-Bellet, représentante de la filière bois à la chambre d'agriculture de l'Isère, souligne pour sa part les efforts importants du plan pluriannuel forestier dont un des objectifs est d'améliorer les dessertes forestières. « Un vrai travail de fond pour l'avenir de la filière est réalisé », indique-t-elle.

Prime de handicap

Lionel Piet, directeur de la coopérative forestière Coforêt, souligne cependant qu'il « faut aller vers la qualification des bois. Vendre à la première transformation un produit qualifié et trié serait idéal. Mais il faut remarquer qu'il n'y a pas de spécificité « montagne ». Il n'y a pas de prime liée à ce handicap comme il est prévu pour l'agriculture. François Brottes, député de l'Isère, à été sensibilisé à cette question. »

Egalement présent, Patrick Lambouroux, directeur de Créabois a exprimé sa crainte d'assister à une « pyrénéisation » des massifs alpins, c'est-à-dire à une disparition quasi complète de la filière bois parce que personne n'avait bronché en temps utiles. La pente est alors difficile à remonter. Les initiatives auxquelles on assiste en de nombreux endroits du département devraient cependant éviter cette évolution. 

 

Jean-Marc Emprin

 

Le poids du regard sociétal

Patrick lambouroux, directeur de Créabois, a évoqué le retournement de tendance vécu par la filière bois au Québec. « On y observe une chute du personnel actif forestier de 50%, s'alarme-t-il, essentiellement à cause du regard de la société sur l'activité forestière. Ce regard sociétal est la principale cause des problèmes de la filière forestière québécoise. » En prolongeant la réflexion, il estime qu'en France, « la forêt est un peu sanctuarisée et donc certaines pratiques sylvicoles sont montrées du doigt. » Il préconise de « relever la tête » et de « refaire passer le message de la nécessaire gestion forestière » et reconnaît que « la multifonctionnalité de la forêt n'est plus une justification suffisante. » Xavier Martin, directeur du CRPF, vient tempérer ses craintes en expliquant que « la forêt québécoise a été victime d'une surexploitation menée par des sociétés américaines. La destruction de la ressource a délité la filière. » Il estime en revanche que « la reconnaissance du stockage écosystémique* réalisé par la forêt est une vraie voie d'avenir. »
 
* stockage du carbone et régulation de l'eau, lutte contre l'érosion
JME