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Anniversaire

« Ne pas laisser les gens au bord de la route »

 La FDSEA de l’Isère fête ses 80 ans. L’occasion de revenir sur certains acquis et les services que le syndicat apporte aux agriculteurs.

Par Isabelle Doucet
« Ne pas laisser les gens au bord de la route »
© ID TD
A l’heure de la retraite, Bernard Navet (à droite) a reçu la médaille de chevalier de l’ordre du mérite agricole des mains du président de la FDSEA Jérôme Crozat.

À la fin de la Seconde guerre mondiale, la France est exsangue et il incombe aux agriculteurs une mission vitale : nourrir la population. Une structuration s’impose. 

La FNSEA est née de cette nécessité, en même temps que ses entités locales, les Fédérations départementales des syndicats des exploitants agricoles.

C’est le cas de la FDSEA de l’Isère qui voit le jour en 1945 et fête cette année ses 80 ans.

Les agriculteurs et leurs amis se retrouveront à Sillans ce vendredi 12 décembre pour cet événement en quatre temps, entre table ronde et moment convivial et festif.

Les premiers combats

Impossible de lister les acquis du premier syndicat agricole de France depuis sa création, à commencer par la structuration de la profession afin d’accompagner son nécessaire développement.

En Isère, entre plaine et montagne, les premiers combats ont porté sur le lait, mais aussi sur la défense des droits, sans laisser personne au bord du chemin, tant les productions du département et les territoires sont diversifiés.

« Le syndicalisme, qu’il s’agisse de la FNSEA ou des FDSEA, a été l’acteur principal et le chef d’orchestre des principales organisations professionnelles agricoles (OPA) », rappelle Jérôme Crozat, le président de la FDSEA de l’Isère.

La mutualité sociale agricole (MSA) ; Groupama dans le domaine assurantiel, le Crédit agricole pour le secteur bancaire, les coopératives, les groupements de défense sanitaire (GDS), les centres de gestion (qui deviendront Cerfrance) sont les produits d’initiatives du syndicalisme.

« Aujourd’hui, les OPA ont un peu pris leur indépendance, mais c’est une satisfaction et une chance, depuis sept ans, de les avoir réunies autour du Conseil de l’agriculture départementale », ajoute le responsable.

Pour autant, il s’inquiète du renouvellement des générations en faisant valoir le rôle de formateur du réseau Jeunes agriculteurs tout en constatant que depuis 40 ans, « le syndicalisme a changé ».

Le risque : « le premier syndicat c’est celui des non-syndiqués », assène le président de la FDSEA spécialiste de phrases choc destinées à attirer l’attention de tous.

« Tout le monde parle, personne ne connaît rien. Et personne ne veut s’abonner à la presse agricole, préférant aller sur les réseaux sociaux, se déclarant scientifique sans l’être, agriculteur, sans l’être. »

Grand témoin de l’évolution du syndicalisme, Francis Annequin constate : « Tout change, que ce soit le syndicalisme, le métier d’agriculteur ou l’environnement sociétal. » Mais pour lui « le collectif reste un chemin essentiel, une priorité, depuis la base ».

L’ancien éleveur de 82 ans, « dont 60 ans de militantisme » et une vie d’engagement notamment pour le Téléthon, confie volontiers « avoir fait le choix d’être agriculteur ». Associé dans une exploitation avec son beau-père, il déclare : « Je voyais mal exercer le métier de producteur de lait en individuel ».

Des éclaireurs

Avec son « bac-4 », comme il plaisante à le dire, il devient vice-président de la section laitière à l’âge de 27 ans au moment où la laiterie de Marlieu connaît des problèmes, avant de fermer en 1980. I

l dit l’enrichissement au contact de ses pairs, à fréquenter les instances du département, de la région jusqu’au niveau national. Il raconte ses combats pour la maîtrise de la production laitière. 

« On avait des détracteurs pour les quotas, qui furent les plus virulents pour les défendre lors de leur suppression ». Homme de terrain, il parle « des combats syndicaux qui ont marqué durablement l’agriculture de l’Isère », comme les indemnités compensatrices attribuées à de nombreuses exploitations de la région.

Il cite les noms des responsables qui ont marqué la FDSEA et la Chambre d’agriculture de l’Isère de leur passage : Albert Genin, Fréjus Michon, Richard Didier, Marc Bazin, René Blanchet ou plus tard Charles Galvin. « C’étaient des éclaireurs, des personnes que l’on avait envie de suivre ».

Il ajoute : « Le syndicalisme, il faut des responsables pour réfléchir, et ne pas laisser les gens au bord de la route. Les réseaux sociaux et l’accès à l’information en continu, cela ne remplace pas le collectif pour réagir, sans forcément manifester, mais pour avoir un groupe capable de se mobiliser et plus efficace que les réseaux sociaux. On a inventé l’intelligence artificielle avant l’heure. »

Pour toute la profession

Aujourd’hui, la FDSEA se bat toujours pour les acquis professionnels. Jérôme Crozat cite la réforme des retraites, la revalorisation des pensions et le calcul, à partir de 2026 sur les 25 meilleures années, afin que tous tendent « vers une retraite décente. Mais il y a encore du travail au niveau social ».

Les instances syndicales mènent aussi des combats, moins visibles mais tout aussi essentiels sur les volets fiscaux et réagissent à chaque aléa climatique afin de limiter « les trous dans les trésoreries ».

Pour le patron de la FDSEA, « se syndiquer, c’est pouvoir débattre sur différentes agricultures, pas se battre, que l’on soit en grandes filières, en circuits courts, quelle que soit la dimension des exploitations, sans se jalouser, mais pour se tirer un revenu. On a milité pour avoir une DJA à la hauteur, des investissements accompagnés par les collectivités, notamment la Région et le Département. Nous avons la chance d’avoir ces collectivités qui se donnent les moyens d’aider l’agriculture sur les investissements et le sanitaire. Tout cela est négocié par le syndicalisme pour toute la profession. »

Depuis leur transfert en 2022 et l'achèvement de leur travail de classement, les archives de la FDSEA de l'Isère sont consultatbles aux archives départementales de Saint-Martin-d'Hères.

Isabelle Doucet

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