Oxyane mise sur la qualité environnementale
C'est une démarche très récente pilotée à l'origine par la coopérative Dauphinoise devenue Oxyane. « Nous avons démarré la démarche HVE en 2018 sur la partie céréales, à la demande d'Intermarché », explique Philippe Lefèbvre, directeur développement filières et métier du grain à la coopérative. La Dauphinoise était partenaire, avec la minoterie Degrange au Bourget-du-Lac, de l'enseigne de la grande distribution pour sa filière blé CRC(1) Label rouge. Elle fournit ainsi le Moulin de la Chaume à La Voulte-sur-Rhône, une des trois boulangeries de la filiale Agromousquetaire.
C'est en 2018 que l'industriel a souhaité aller vers la HVE et fournir à ses clients la première référence de pain labellisé. La Dauphinoise a mis en place un premier groupe de 18 producteurs du secteur du Crachier dans la Bièvre. « 2 500 tonnes ont été livrées pour cette filière la première année, indique le responsable. A l'hiver 2020, Intermarché a souhaité augmenter le nombre de ses références en HVE. La Dauphinoise a donc augmenté le nombre d'exploitations certifiées HVE afin de tripler son volume de blé certifié. » Aujourd'hui, 82 coopérateurs ont obtenu cette certification. Mais la constitution du groupe n'a pas été simple. « Nous avons réalisé 160 audits d'exploitations et eu un taux de 50% d'échec. Le point le plus bloquant est le volet phytos. Dans toutes les grandes cultures céréalières, il y a une proportion de colza et de maïs semences élevée, qui sont plutôt utilisateurs de produits phytosanitaires, détaille le responsable. Du coup, il leur était difficile d'atteindre les 10 points nécessaires sur ce volet, alors qu'en matière de biodiversité, fertilisation et irrigation, il n'y avait pas de problème. » Avec des haies, l'implantation d'intercultures ou la mise en place de jachères mellifères, les critères de biodiversité sont accessibles. De même qu'une fertilisation « pilotée avec un outil moderne afin d'éviter les infiltrations d'eau dans le sol » peut satisfaire aux critères HVE. Enfin, le blé reste peu concerné par l'irrigation.
Plutôt la voie A
Le spécialiste est un défenseur de la voie A dans laquelle sont inscrits les producteurs de céréales de la coopérative Oxyane. « La voie B intéresse surtout les productions à forte valeur ajoutée comme la viticulture. Mais l'inconvénient, c'est qu'il y a deux vitesses pour être certifié HVE : la voie A pour les productions dont la valeur n'est pas suffisamment élevée et qui doivent respecter les quatre piliers et la voie B, qui réclame peu de choses à mettre en place, avec des productions de forte valeur, qui ont un ratio intrants sur chiffre d'affaires faible et qui font un peu de biodiversité. Tout le monde ne fait pas les mêmes efforts. »
Pour les céréaliers comme les arboriculteurs, Philippe Lefebvre estime qu'il y a « de vrais changements de pratiques à mettre en place pour passer en HVE. Et 20% perdent leur certification au bout d'un an ». Toujours à cause des phytos.
Dans le Trièves aussi
Oxyane est structure cadre pour réaliser les certifications collectives, de sorte que les audits et les certifications sont réalisés par la coopérative. « La démarche collective est moins couteuse pour les exploitations. De plus, elles bénéficient d'un accompagnement. » Mais « si une exploitation n'est plus dans le cahier des charges, elle ne passe pas en HVE et ne met pas en péril la certification collective, rassure Philippe Lefebvre. Cela nous oblige à être très rigoureux, mais fonctionne très bien. »
A une échelle plus limitée, Oxyane accompagne une autre filière iséroise en pleine démarche HVE. Il s'agit du blé de montagne produit dans le Trièves et écrasé par la minoterie du Trièves à Clelles. Une région idéale. « C'est un blé de montagne avec des exploitations à 600 mètres d'altitude, pas de colza et beaucoup de biodiversité », avance Philippe Lefèvre.
« Nous souhaitions récupérer des hectares en ouvrant le secteur de la Matheysine », explique Philippe Corréard, le dirigeant de la minoterie. Après 20 ans d'existence, la filière de blé du Trièves Valcétri était un peu à la peine. « On se devait de réagir car nous n'avions pas le volume suffisant pour satisfaire nos clients ». 2020 sera une année de transition et de renouveau pour les producteurs de blé du Sud-Isère. Le passage en HVE est accompagné par les deux collecteurs, Oxyane et Payre. « Au début, il y a eu quelques réticences », reconnaît Philippe Corréard, mais l'intérêt de la filière a primé. D'autant que le meunier garantit un prix fixe sur trois ans, offrant une visibilité aux producteurs. Aujourd'hui, ils sont une trentaine inscrits dans la démarche, soit un peu plus que dans la dernière campagne Valcétri.
Isabelle Doucet
(1) Culture raisonnée contrôlée