Se préparer à une adaptation d’ampleur
Vignoble français / Alors qu’elle est confrontée à une crise structurelle profonde, la filière viticole a débattu, lors d’un colloque à l’Assemblée nationale, des adaptations agronomiques, commerciales et réglementaires indispensables pour affronter un avenir devenu incertain.
Quelles adaptations le vignoble français a-t-il besoin de mettre en œuvre pour sortir de la crise structurelle dans laquelle il est ? Les réponses à cette question ont été âprement débattues lors du colloque Donner une ambition au vin français qui s’est déroulé à l’Assemblée nationale fin avril. Alors que la profession doit subir dans le même temps une baisse tendancielle des achats, des barrières multiples à l’export et des aléas climatiques à répétition sur fond de réchauffement climatique, les intervenants se sont refusés à céder au pessimisme.
Le vin n’est pas en cause
« Contrairement à ce que l’on entend parfois, le vin dispose d’un fort crédit, y compris auprès des jeunes générations […], le produit lui-même n’est pas en cause, mais plutôt son accessibilité », a assuré Samuel Montgermont, président de Vin & Société. « Comme d’autres boissons l’ont fait, le vin doit prendre en compte le nomadisme alimentaire et réussir sa révolution des formats. » Les pratiques viticoles ont, quant à elles, besoin de s’adapter. « Le secteur a commencé à prendre ce virage en matière d’encépagement », a souligné Bernard Angelras, président de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). L’intégration récente, sous conditions, des variétés d’intérêt à fin d’adaptation (VIFA) dans les cahiers des vins à AOP dans la limite de 5 % des surfaces et de 10 % des assemblages « constitue une petite révolution ». L’assouplissement et la simplification des cahiers des charges doivent cependant aller beaucoup plus loin, a plaidé Yves d’Amécourt, vigneron dans l’Entre-Deux-Mers (Gironde) appelant à une plus grande liberté d’expérimentation « dans l’encépagement ou dans les méthodes de culture ». En matière de santé des plantes également, l’adaptation est nécessaire selon les intervenants.
Nettoyer la réglementation
Enfin, les professionnels ont évoqué les ajustements nécessaires au cadre légal et réglementaire. Bernard Farges, président des interprofessions viticoles (CNIV), a réclamé que l’aménagement de la loi Evin et ses restrictions en matière de communication soient à nouveau mis sur la table. De son côté, Jérôme Bauer, président de la CNAOC (AOC viticoles) a réclamé que la profession s’empare des dispositions ouvertes par le « Paquet vin » en début d’année. Il a aussi souhaité une simplification administrative en matière de droits d’accise. Intervenant à distance, la ministre de l’Agriculture s’est dite pleinement engagée à libérer la production « d’un trop-plein de normes et de règles ». Elle s’est également dite déterminée, dans le cadre de la négociation sur la future politique agricole commune à « faire obstacle de toutes ses forces à la banalisation que propose la Commission ».
Actuagri