Terres de musique
La saison estivale et musicale iséroise débute avec Jazz à Vienne et s'achève avec le Festival Berlioz. Un monde sépare les deux manifestations. Avec 222 000 spectateurs en 2018, Jazz à Vienne se hisse en cinquième place des festivals les plus fréquentés en France. Plus jeune, plus modeste par sa taille, le Festival Berlioz, qui se déroule fin août, attire pour sa part 30 000 personnes. Pour son directeur, Bruno Messina, c'est une performance à l'échelle du bourg de La Côte-Saint-André qui compte 5 000 âmes en plein coeur du territoire champêtre de la Bièvre. Mais il est la preuve que tourisme vert et tourisme culturel s'accordent à loisir dans ces paysages où mélomanes et amoureux de la nature finissent par s'attarder et n'en faire qu'un.
« Des gens sont arrivés pour un soir, pour un concert, puis sont restés pour un autre et ont fini par prolonger pendant quatre nuits », témoigne Delphine Boullier, qui a ouvert une chambre d'hôtes labellisée Gîte de France baptisée Au-dessus de Parady, en juin 2017 à Gillonnay. Comme de nombreux hébergements situés sur l'axe de Bièvre, la clientèle est avant tout constituée de voyageurs qui font étape sur la route des vacances. Sauf que la tenue du festival permet de fixer les touristes quelques jours de plus fin août et d'assurer un remplissage des lits à la fin de l'été. « Nous avons choisis d'organiser les chambres avec la possibilité de séparer les lits pour recevoir une clientèle hors couples », poursuit Delphine Boullier. Les organisateurs du festival sont dans l'attente de la création de nouveaux hébergements dans la catégorie moyenne et haut de gamme, répondant à la demande des festivaliers, mais aussi des nombreux concertistes obligés de se loger loin de La Côte-Saint-André.
C'est le parti pris du Domaine de Dony à Balbins, Gîte de France également, qui a ouvert ses portes au mois de novembre 2017. La vaste demeure, qui propose cinq chambres d'hôtes haut de gamme s'est tout de suite rapprochée d'Aida, la structure du festival Berlioz, pour réserver ses couchages aux musiciens, chanteurs et chefs d'orchestre. Les festivaliers apprécient de loger au plus près des lieux de concerts.
La manne des festivals
Il est communément admis que la culture et plus précisément la tenue de festivals est considérée, depuis les années 80, « comme une composante essentielle des stratégies économiques à long terme. Le coefficient multiplicateur des retombées sur l'économie locale est de l'ordre de trois », ainsi que le rappelait Bernard Latarjet, ingénieur agronome, haut fonctionnaire, qui a notamment produit le rapport sur L'aménagement culturel des territoires en 1992. En fonction de la nature du public, le coefficient peut grimper jusqu'à 10. Et ce sont les entreprises locales qui en tirent le mieux bénéfice. « Il existe une dynamique locale et tout le monde peut en profiter, insiste Pascale Eymond Laritaz, qui dirige le domaine de Dony depuis ses fourneaux. Le monde attire le monde. » Elle souligne l'avantage de travailler en réseau avec les autres établissements, pour proposer une offre complète. « En tant qu'acteur de la vie locale, nous souhaitons participer à cette animation », reprend-elle. Si bien qu'elle met les petits plats dans les grands pour faire plaisir aux festivaliers, le Bistronomique proposant à la fois un menu traditionnel et une assiette complète, en fin d'après-midi, à déguster avant les concerts. Bien entendu, les produits du terroir sont à l'honneur : truite fumée, fruits et légumes, viande et bières sont locaux.
Mais seul, un évément culturel ne peut suffire à assurer la fréquentation des hébergements et restaurants de la Bièvre. Le domaine de Dony accueille ainsi une large clientèle Suisse attirée par le circuit automobile du Laquais ou des équipages de l'aéroport. Un peu plus loin, la Palais du Facteur Cheval complète l'offre touristique.