Un élevage et un territoire bien vivants
Bien installée dans le paysage isérois tous les deux ans, la fête de la ruralité a été un véritable succès. Dès vendredi soir, des centaines de visiteurs sont venus à Saint-Chef soutenir les éleveurs de tout le département qui amenaient et bichonnaient leurs bêtes. Cette affluence a surpris les organisateurs, mais « cela a constitué un bon tour de chauffe », selon Richard Armanet, le président du comice. Samedi matin, celui-ci se montrait confiant quant au bon déroulé de la fête. La soirée de la veille avait donné du cœur à l'ouvrage à tous les bénévoles et chacun avait pu commencer à prendre ses marques.
Un engagement hyper local
Car si la fête a duré trois jours, cela fait quasiment deux ans que les associations et les bénévoles réfléchissent, se réunissent et peaufinent l'organisation. Lors de l'inauguration officielle samedi matin, Noël Roland, le maire de Saint-Chef, leur a rendu hommage. « L'engagement de ces 300 bénévoles est extrêmement touchant », lançait-il à la tribune. Mais la région de Saint-Chef vit une dynamique particulière. Le repas de samedi soir a accueilli 880 convives, tous inscrits en 15 jours. La vie locale saint-cheffoise est fournie et le bouche-à-oreille très efficace.
Si l'événement a été réussi, il a constitué l'occasion d'une hommage à la qualité de l'agriculture départementale. « Les pratiques sont de plus en plus vertueuses, constate Noël Roland, l'agriculteur est le premier défenseur de la nature. Son rôle est essentiel pour l'entretien et l'ouverture des paysages et les agriculteurs doivent être fiers des valeurs qu'ils portent. C'est une profession qui sait donner un sens à sa vie. »
L'actualité ne pouvait pas échapper aux différents intervenants. La récente ratification du Ceta et les incertitudes sur les accords du Mercosur ont été évoquées. « L'Amazonie doit brûler pour que l'on se rende compte que la politique agricole du Brésil n'est pas la nôtre, constate David Rivière. Nous ne voulons pas d'une certaine agriculture, ne l'importons pas. » Une sentence qui s'adresse autant aux politiques qu'aux consommateurs, les deux ayant un poids important dans la consommation alimentaire.
Nombreuses peurs
Cendra Motin, députée de l'Isère, a voulu se montrer rassurante. « Il y a beaucoup de peurs face au Ceta, mais la négociation a été entamée en 2007 sous la présidence Sarkozy, le texte voté sous François Hollande et la ratification vient d'intervenir. Beaucoup d'avancées ont été obtenues. L'adéquation avec l'accord de Paris sur le climat était un préalable. Il y a eu beaucoup d'évolutions sur les conditions sanitaires des aliments qui rentrent dans l'Union Européenne. Parce que c'est un accord avec l'UE et pas seulement avec la France. Il y a une garantie de libre circulation, mais pas n'importe comment et de n'importe quoi. Les denrées canadiennes sont toutes aux normes européennes quand elles viennent chez nous. Certains évoquent des craintes sur les farines animales : elles sont infondées. Ce ne sont pas les mêmes farines que celles qui ont provoqué la crise sanitaire il y a quelques années, et les Canadiens vont éliminer leur utilisation d'ici 2022, date d'entrée en vigueur totale de l'accord. »
Un marché contraignant
La députée analyse d'ailleurs que le marché européen très contraignant pour leurs produits n'intéresse pas outre mesure les producteurs canadiens dont les débouchés naturels se situent en Amérique du Nord ou du Sud. Il n'y aurait eu que 12 tonnes de viande importée en 2018 parce qu'il n'y a qu'une petite quarantaine d'exploitations agréées. En revanche, « cet accord constitue une véritable opportunité pour les producteurs français qui ont vu des marchés s'ouvrir notamment dans le fromage ».
La députée se dit « plus inquiète au sujet des 35 000 tonnes négociées directement cet été avec les Etats-Unis ». Elle milite d'ailleurs pour un véritable service de contrôle des denrées du type DGCCRF, renforcé au niveau européen. « Nos moyens nationaux sont insuffisants pour contrôler de manière adaptée. C'est au niveau européen que nous devons agir puisque les entrées peuvent se faire dans tous les pays de l'Union. »
Le changement climatique a également été évoqué. « Quelques grands intelligents disent que 20% de la pollution viennent du méthane produit par nos vaches », s'insurge Jean-Claude Darlet, président de la chambre d'agriculture de l'Isère. « D'autres urinent du glyphosate paraît-il. Ils pourront désherber leur allée, lance-t-il un peu provocant. En réalité, les pratiques agricoles sont méconnues par la plupart des gens. L'agriculture française est la plus sûre et la meilleure vis-à-vis de la santé au monde ». Même si rien n'est parfait. « Les agriculteurs doivent adapter leur conduite à un nouvel environnement, c'est certain. Celui de l'eau fait polémique, mais c'est le secteur économique qui en utilise le moins, alors que l'industrie en use beaucoup plus. Cela ne nous empêchera pas de faire encore des progrès. » Mais pour le président consulaire, l'avenir de l'agriculture départementale et régionale est dans la proximité avec les régions Aura et Paca. 13 millions d'habitants et donc autant de consommateurs potentiels. « Il faut s'en occuper.»
Arrêter le dogmatisme
« Vous avez atteint votre but », lance Jean-Pierre Barbier aux organisateurs de la fête de la ruralité. Il y a déjà beaucoup de monde et cela permet des rencontres avec le public et des échanges. Et lui aussi revient sur le rapport du Giec et la préconisation de diminuer la consommation de viande. « La consommation baisse depuis 20 ans, estime-t-il. Arrêtons d'aller dans cette voie par dogmatisme.» Et les demandes de repas végétarien dans les collèges, l'élu départemental les rejette aussitôt. « Ce serait imposer à l'ensemble une demande d'une petite minorité. Je respecte les habitudes de consommation, mais chacun peut manger végétarien chez soi, le soir. » Quant aux GES émis par les vaches, « le rapport du Giec est mondial. Il prend en compte tous les élevages du monde. Mais peut-on comparer les modèles français et américains ? Notre modèle, nous le défendons au niveau départemental. L'agriculture ne devrait pas être incluse dans les accords globaux internationaux. »
Revenant à une actualité plus départementale, Jean-Pierre Barbier évoque le Pôle agro-alimentaire et la marque Is(h)ere. « 800 produits sont sous la marque déjà. Nous pourrons gagner davantage de parts de marché avec les éleveurs. Notre volonté est de soutenir une agriculture rémunératrice ».
Jean-Marc Emprin
Des élus nécessaires pour porter les messages
« Nous avons besoin de vous pour faire passer le message », lance Laurent Michel président du syndicat des éleveurs limousins aux élus locaux et nationaux présents lors de l'inauguration de la fête de la ruralité. « Mais vous avez aussi besoin de nous », continue-t-il, appuyant sur le fait que « si les urbains, viennent vivre et habiter dans les villages, c'est parce que'il y a de la vie et que nous y sommes ».Cet impact n'est pas le seul pour léleveur parmi la liste de bienfaits apportés par l'agriculture. « L'élevage allaitant est moderne et de qualité, les bouchers et les restaurateurs sont intéressés parce qu'ils ne peuvent pas trouver ce niveau qualitatif ailleurs ailleurs. » Alors il y a de l'espoir, même si les obstacles sont nombreux. « 80% des Français nous apprécient, mais un peu plus loin que trop près, s'exclame l'éleveur. Je me suis fait eng... cet été parce que je pressais de la paille à minuit, mais quand il fait 40° dans la journée, on ne peut pas faire autrement... » Et le producteur affirme une évidence : « Je ne suis pas en bio, parce que dans mes pratiques de tous les jours, je n'ai pas l'impression d'aller contre l'environnement ». Les visiteurs présents les deux jours à la Fête de la ruralité « sont des convaincus, c'est pour cela que nous avons besoin de vous, élus, pour aller toucher les autres. » JME