Un emplacement de choix pour les blondes et les noix
Sébastien Rodet est le nouveau président de l'association des éleveurs de la race blonde d'Aquitaine de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Cet éleveur de Cognin-les-Gorges dans le Sud-Grésivaudan est aussi producteur de noix. Il a repris la ferme de ses grands-parents en 2003 en restant fidèle à leur adage : ne pas mettre tous les œufs dans le même panier. L'exploitation a toujours combiné élevage et nuciculture. Sa particularité tient à sa situation exceptionnelle le long de la RD1532. « Un emplacement en or ! Mes grands-parents ont été précurseurs dans la vente directe de noix et de fromages de chèvre. A l'époque, il n'y avait pas l'autoroute », explique le producteur. Une table et un parasol au bord de la route ont toujours suffit à écouler les produits de la ferme. « D'octobre à Noël, 7jours/7, il y a du monde. Les gens savent que ce sont les noix, assure Sébastien Rodet. Puis il y a une petite baisse au mois de janvier et la vente directe reprend en février avec les sports d'hiver ». La clientèle d'habitués repère le parasol. Tel un phare dans la brume, c'est le signal pour approcher la ferme.
Agrandissement
L'été, les clients s'arrêtent pour acheter de l'huile de noix. Mais l'exploitant travaille seul. Et s''il est dans un verger un peu éloigné, c'est parfois difficile de revenir au local. Car l'installation est sommaire. « Il y a un gros potentiel », analyse Sébastien Rodet qui envisage d'aménager un vrai point de vente. Des fruits et légumes pourraient venir compléter l'offre de viande – en caissette pour l'instant – et de noix ou de produits dérivés. Il imagine une pièce d'une trentaine de m2 avec possibilité d'agrandissement. Sébastien Rodet commercialise aussi ses produits en dépôt vendeur dans les commerces alentour. Il propose d'ailleurs un spray d'huile de noix qui marche très bien. Si les noix attirent les touristes, en revanche, la viande intéresse une clientèle plus locale. Le futur magasin devrait permettre de commercialiser la viande au détail. Les bénéfices attendus seront réinvestis dans l'exploitation pour faire une extension de la stabulation, voire réorganiser l'atelier noix.
Des bêtes à soigner
L'exploitation dispose d'une SAU de 50 hectares dont 10 plantés de noyers AOC (50% franquette, 50% parisienne). Sébastien Rodet vient de planter 500 pieds de fernor pour faire de l'huile et du cassage. Le reste, ce sont des prairies et des parcs de pâture, de fauche et de luzerne. Pas d'alpage, les bêtes sortent dans des grands parcs d'avril à décembre. En stabulation, les animaux bénéficient d'une ration sèche et d'un complément. L'éleveur prend soin d'envoyer des bêtes bien finies à l'abattoir de La Mure. Mais il reste attentif à la rentabilité de son exploitation et entend réduire ses coûts de production en intégrant du maïs en grain humide et de la luzerne dans la ration. « La blonde est une vache qu'il faut bien soigner, insiste l'éleveur qui emploie l'expression "manger bon" ».
Isabelle Doucet
SélectionBlondes de concours
Le troupeau de blondes compte 40 têtes dont une vingtaine de mères. « C'est une race tardive et les vaches vieillissent bien », reconnaît l'éleveur. Les vêlages interviennent entre 30 et 31 mois. Les mâles sont tués à l'âge de six mois, à l'exception des plus beaux qui partent à la reproduction. « Je les garde pour moi ou je les revends. Toutes les femelles sont mises à la reproduction puis je trie, celles qui n'ont pas de lait, celles qui n'aiment pas leur veau », explique Sébastien Rodet.L'élevage revendique quelques bêtes à concours aux côtés des bêtes à viande classiques. Il fait partie des huit troupeaux isérois inscrits en sélection. L'insémination est artificielle mais l'éleveur pratique aussi la transplantation embryonnaire. « Je recherche des carcasses assez mixtes pour avoir des vaches qui tiennent bien dans les coteaux, explique-t-il. Il faut que la vache se débrouille ! » Il utilise l'indexation génomique en ligne pour sélectionner des taureaux en fonction de ses vaches. « Le contrôle de performance représente un coût, reconnaît l'éleveur. C'est une passion, beaucoup moins rentable que les noix ! » Seuls deux troupeaux de blondes en Isère inscrits dans la catégorie VA4 : le sien et celui de Jean-Paul Reymond à Parménie. Le fruit de ses efforts a été récompensé avec un taureau né en 2012 qui s'est classé 1er lors de l'interrégional de Bourg-en-Bresse en 2015. « J'ai commencé à vendre des veaux dont les carcasses pesaient 170 kg. Aujourd'hui, elles font 225 kg, comme quoi la génétique, ça paye », constate Sébastien Rodet. Une autre de ses bêtes s'est qualifiée pour le National de Biarritz en 2014. « Je me suis retrouvé en concurrence avec des élevages où il y a des centaines de mères. Mais j'ai la satisfaction que tous mes veaux sont nés chez moi. » Son rêve, c'est de participer un jour au concours général à Paris.ID