Un jeune entrepreneur dynamique réinvente l’agriculture iséroise
Propriétaire d’un trieur de semences, d’une entreprise de commerce de fourrages et d’un élevage de porcs, Arthur Koebel est riche d’idées sans craindre de les mettre en œuvre.
Son parcours et son état d’esprit ont été récompensés par le Cerfrance dans le cadre du Prix de l’Excellence agricole et rurale de Terre Dauphinoise.
A tout juste 24 ans, Arthur Koebel est déjà un chef d’entreprise accompli. « J’ai toujours baigné dans le milieu rural et entrepreneurial. J’ai aussi toujours aimé inventer, trouver des solutions, optimiser. Très jeune, j’ai réfléchi au projet que je souhaitais mettre en œuvre, sachant que je ne voulais pas être salarié, et que je ne me voyais pas non plus rester seul dans ma ferme, ni faire uniquement de la prestation agricole », motive-t-il, tout sourire.
Ainsi, il n’avait que 19 ans et même pas encore terminé ses études agricoles au lycée Reinach à La Motte-Servolex en Savoie, qu’il se lance en achetant un trieur de semences mobile de 80 000 euros, après avoir réalisé un stage dans le Loiret pour parfaire ses connaissances dans ce domaine. « Mon BTS m’a permis d’acquérir les compétences nécessaires en gestion et en comptabilité. C’est grâce à cela que j’ai pu m’engager si tôt », ajoute-t-il.
Convaincu de l’existence d’un marché, puisqu’aucun trieur de ce type n’était encore présent dans le département, il est soutenu par les banques. Avec l’outil installé sur une remorque, il se déplace chez les agriculteurs, qui lui font trier leur blé brut. « Je suis parti de rien et petit à petit, j’ai augmenté les volumes. Ce process coûte moins cher que les semences certifiées et la santé des blés est améliorée. A variété équivalente, traitement équivalent, parcelle équivalente, en semences fermières, on arrive à augmenter les rendements et on obtient une meilleure santé des plants. Par rapport aux semences certifiées qui viennent d’ailleurs et qui ne sont pas toujours adaptées malgré les essais, les agriculteurs apprécient », estime t-il.
Cinq ans après ses débuts, le jeune entrepreneur compte environ 300 clients.
Un projet périphérique
A la sortie de son BTS, Arthur Koebel hésite sur son projet d’installation. S’il a pour idée de créer un atelier de porcs élevés sur paille, avec les céréales produites sur la ferme et sans OGM, il ne sait pas s’il se lance avec son père qui le fait déjà dans sa propre exploitation, ou s’il s’installe en individuel.
« L’atelier de mon père fonctionnait bien. Il commercialisait sa production auprès de boucheries. Comme il avait des demandes qu’il n’arrivait pas à satisfaire, j’avais une opportunité pour créer un nouvel élevage ou agrandir le sien. Ayant eu l’occasion de reprendre la Ferme du Chemin neuf à Vézeonce-Curtin, je me suis installé, avec 100 hectares de surfaces que je loue et le bâtiment que j’ai acheté et transformé pour accueillir les cochons. J’avais 22 ans », raconte-t-il.
Son élevage est rondement mené. Il achète ses porcelets à 25 kgs à l’élevage Allabouvette à Pusignan, dans le Rhône, les engraisse, et les fait abattre aux abattoirs de Chambéry et de Grenoble.
D’aucuns pourraient penser que le jeune agriculteur serait suffisamment occupé avec ses deux activités. Il n’en a rien été. Sa soif d’entreprendre n’était pas assouvie, son esprit était encore en ébullition sur une nouvelle activité à développer. « Les problèmes rencontrés par le monde agricole m’ont fait réfléchir… Je voulais développer un projet périphérique à l’agriculture, qui me plaise et qui vienne compléter les temps de travaux que j’avais dans mes deux structures. Grâce à cette analyse, j’ai pensé au commerce de fourrage. Comme il s’exerce de novembre à mai, ce métier est à contresens des périodes de coup de bourre qui ont lieu dans les champs. Ainsi, je peux débaucher les conducteurs de camions qui travaillent en hiver pour les livraisons de fourrage pour les installer sur des engins agricoles en été pour qu’ils procèdent aux travaux des moissons. C’est une organisation très intéressante pour garder des salariés compétents à l’année », détaille-t-il.
Déléguer
Si le jeune homme est passionné d’agriculture, il estime que « cela ne suffit pas », qu’il faut aussi que « cela fonctionne sur le plan économique ». Arthur Koebel ne souhaite pas avoir une exploitation et des sociétés importantes, mais des entreprises optimisées.
« Mon fonctionnement inclut forcément une stratégie de baisse des charges, mais il y a un moment où les limites sont atteintes », juge-t-il. Conscient de l’environnement dans lequel il évolue, en termes de main-d’œuvre, de charges de mécanisation, de travail administratif, de parcellaire, l’agriculteur a précisément identifié sa stratégie d’entreprise. Alors qu’il n’a pas 25 ans, il a fait financer ses projets par les banques à hauteur de 2,5 millions d’euros.
Cela aurait pu lui faire peur. Ce n’est pas le cas. « Je suis convaincu que je vais y arriver. » Considérant qu’à 60 ans, on n’investit pas de la même façon qu’à 25, il a préféré se lancer seul dans ses entreprises en s’appuyant sur des salariés. Il a déjà embauché trois personnes pour le fourrage, un alternant pour l’exploitation et compte engager une secrétaire en 2026. « En tant que chef d’entreprise, on n’a jamais assez de temps. Aussi, il est très important de savoir déléguer pour se dégager du temps et avoir l’esprit libéré de certaines tâches pour aller voir ailleurs, conquérir de nouveaux marchés et gagner en rentabilité. Je sais que je ne peux pas faire tout ce que je veux en restant seul. Alors, j’embauche des salariés. C’est un investissement pour l’avenir. Dans le monde agricole, il y a des jeunes sensibles au travail. Il faut les avoir chez soi et les payer à leur juste valeur », pointe-t-il.
Arthur Koebel a été récompensé par le Cerfrance dans le cadre du Prix de l’excellence agricole et rural de Terre Dauphinoise, qui lui a décerné le Trophée de la jeunesse et du dynamisme entrepreneurial.
Isabelle Brenguier