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Un plan pour assurer la résilience de l’agriculture française

InVivo, le Crédit agricole, Sofiprotéol et Unigrains préconisent de déployer un grand plan d’investissements pour que l’agriculture française puisse s’adapter et faire face au changement climatique et ainsi interrompre le déclin actuel. À condition d’agir dès maintenant.

Par Actuagri
Un plan pour assurer la résilience de l’agriculture française
InVivo, premier collecteur français de céréales (4,3 millions de tonnes), regroupe 163 coopératives, emploie 15 000 collaborateurs et dégage un chiffre d'affaires de 11,4 milliards d’euros.

L’agriculture française est-elle condamnée au déclin ? Pour la première fois depuis 1978, la balance commerciale agricole française pourrait être déficitaire en 2025. Les coûts de production ont progressé de 25 % en cinq ans, témoignant de sa perte de compétitivité, 5000 à 10 000 exploitations disparaissent tous les ans faute de repreneurs, le rendement des céréales a diminué de 4 % en dix ans en raison des aléas climatiques, observe InVivo, qui tenait sa convention annuelle, le 17 décembre à Paris sur le thème « Innover aujourd’hui pour récolter demain ». Ce n’est pas tout. De nouveaux facteurs de tension apparaissent tels que l'accélération des effets du changement climatique, l’aggravation des tensions géopolitiques avec le conflit entre la Russie et l’Ukraine, la réduction de l’efficacité et de la disponibilité des intrants et l’augmentation de leurs coûts. Sans parler des évolutions réglementaires inadaptées qui pèsent de plus en plus sur la rentabilité des exploitations agricoles. 

Une palette de leviers

Pour InVivo, le Crédit agricole, Sofiprotéol et Unigrains, qui ont piloté l’étude « Pour une agriculture française, souveraine, rentable et durable à horizon 2050 », tout n’est pas écrit d’avance. Ces organisations ont voulu délivrer un message d’optimisme. Dans les 25 ans à venir, il existe une trajectoire de résilience pour le monde agricole français. Malgré les nombreux défis à relever, la rentabilité actuelle des exploitations agricoles peut être préservée, voire améliorée si des actions ambitieuses et systématiques sont engagées dès à présent, estiment ces organisations, toutes parties prenantes de l’écosystème agricole. Les auteurs de l’étude préviennent : « Il n’y a pas de solution unique, mais une palette de leviers pour maintenir la performance de notre modèle agricole ». Quatre leviers principaux sont identifiés. D’abord la diversification des assolements qui passe notamment par la modification et l’allongement des rotations, l’introduction de légumineuses telles que le soja et/ou le pois protéagineux, l’extension des couverts en interculture. Deuxième levier : l'adoption de nouvelles pratiques culturales telles que l’agriculture régénératrice, l’ajustement des dates de densité de semis, la réduction du travail du sol. Troisième levier, le recours à plus de technologie comme le développement de l’agriculture de précision, l’introduction des nouvelles techniques génomiques et les solutions de biocontrôle. L’étude insiste, enfin, sur ce qu’elle appelle les leviers économiques et organisationnels tels que les panneaux photovoltaïques sur les bâtiments, les cultures intermédiaires à vocation énergétique en interculture, l’ajout d’un atelier de volaille ou de poules pondeuses et la réintroduction des modèles de culture-élevage. Toutes ces pistes ne sont pas nouvelles, elles ont déjà été identifiées par la recherche et les instituts techniques, mais leur mise en œuvre reste isolée ou ponctuelle. Ce que propose l’étude, c’est de combiner et de déployer de manière systématique et à grande échelle tous ces leviers pour la plupart des productions et l’ensemble du territoire en engageant un vaste programme d’investissements qui garantirait la résilience de la ferme France. 

16 à 29 milliards d’euros

S’il en était ainsi, les modèles d’exploitation étudiés (11 types d’exploitations représentatifs de l’agriculture française, grandes cultures et bovins et lait et viande essentiellement) verraient leur rentabilité maintenue et améliorée et dégageraient jusqu’à plus de 20 % de marges supplémentaires selon les types de production. Pour y parvenir, les auteurs de l’étude estiment les besoins entre 16 et 29 milliards d’euros sur 15-20 ans, avec une fourchette de 1 100 à 2 000 euros/ha, selon le niveau d’ambition fixé. Le retour sur investissement interviendrait au bout de 10-11 ans pour un investissement moyen de 1100 euros/ha. Si rien n’est fait, en revanche, l’inaction sera plus onéreuse que l’action, tout en reconnaissant que toutes les actions ne peuvent pas être mises en œuvre en même temps, insistent les organisations. A l’horizon 2050, les risques tangibles liés aux conditions climatiques, l’augmentation des vagues de chaleur, notamment dans le Sud, la baisse globale des précipitations de 2 à 5 % selon les régions et leur irrégularité coûteraient bien plus cher, selon l’étude. Les auteurs estiment entre 4 milliards d’euros par an la perte de rentabilité en année moyenne et 7 milliards d’euros pour les années extrêmes. Cette perte de rentabilité affecterait les principales productions françaises, notamment les 11 types d’exploitations étudiées. L’impact négatif s’étendrait sur 80 % de notre territoire. Seraient relativement épargnées la Bretagne et la façade maritime du Nord-Ouest. Particulièrement frappées, les cultures pérennes (arboriculture et vigne), le maïs qui verrait son rendement chuter de 20 % ainsi que le tournesol et l’orge, alors que la betterave et la pomme de terre tireraient leur épingle du jeu (6 % de plus en rendement). Conclusion de l’étude : les exploitations agricoles et toutes les parties prenantes de l’écosystème, à savoir les coopératives et les organismes stockeurs, les entreprises de transformation, les financeurs (Crédit agricole, Unigrains, Sofiprotéol), la recherche (Inrae) et les instituts techniques doivent se mobiliser dès maintenant pour assurer le déploiement à grande échelle des solutions préconisées.

 

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