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Circulation

Une charte pour mieux partager la route

Le Département de l'Isère a lancé une réflexion collective visant à rédiger une charte pour l'amélioration des circulations d'engins agricoles. Une première qui pourrait inspirer d'autres initiatives à l'échelle nationale.
Une charte pour mieux partager la route

« Quand ils empruntent des routes nationales ou des axes importants, ils seraient bien inspirés de se serrer sur le coté pour ne pas provoquer des queues interminables », grogne un automobiliste isérois un jour de chassé-croisé vacancier sur la D502. Lents, encombrants, tracteurs et engins agricoles n'ont pas forcément la cote auprès des automobilistes. Ni auprès des « néo-ruraux » qui se plaignent de l'état des routes après le passage d'un engin aux roues boueuses ou d'une remorque chargée de fumier. Cette cohabitation parfois difficile a poussé les entrepreneurs du territoire de l'Isère à demander la mise en place d'un code de bonne pratique du partage de la route, ainsi qu'une réflexion globale sur les aménagements routiers.

Aménagements incompatibles

Depuis une vingtaine d'années en effet, les entrepreneurs font part des difficultés que leurs engins ont à circuler ou à s'insérer sur le réseau. Ils déplorent également ces « aménagements neufs qui ne prennent pas suffisamment en compte » le passage des engins agricoles, ce qui peut engendrer des dégradations du fait de ces « incompatibilités ». Leur appel a fini par être entendu. En charge de l'équipement routier, le Département vient de lancer un projet de charte pour la circulation des engins agricoles, chantier qui implique la profession, la fédération départementale des Cuma de l'Isère, la chambre d'agriculture et l'association des maires ruraux. « C'est un projet que nous avons depuis 20 ans dans les tiroirs et qui va enfin voir le jour », se réjouit Martine Perrin, la présidente des entrepreneurs du territoire (EDT) de l'Isère. 

L'entreprise est moins simple qu'il n'y paraît. Car la route doit répondre à des usages multiples, et les situations particulières sont légions. Quoi de commun en effet entre la route rectiligne en rase campagne et la traversée d'une agglomération qui voit fleurir les aménagements pour « casser la vitesse » d'automobilistes peu scrupuleux ? Pas grand chose, sauf que, dans les deux cas, les engins agricoles se retrouvent confrontés à des situations difficiles. « C'est compliqué, note Gérard Seigle-Vatte, le président des maires ruraux, car dans le cas d'une traversée de village, la route est du ressort départemental, mais entre les deux panneaux, les aménagements sont de compétence communale. Nous, les maires, sommes soucieux de la sécurité de nos administrés : nous faisons donc des aménagements qui peuvent poser problèmes aux agriculteurs ou aux entrepreneurs du territoire. Il faut donc que nous trouvions des systèmes intelligents qui permettent de limiter les îlots centraux ou les cassis bruts qui malmènent le matériel. » Bref, que chacun y trouve son compte.

Réflexion collective

En février dernier, le Département a donc lancé une réflexion collective destinée à permettre aux différents acteurs de comprendre les contraintes de chacun, entreprises agricoles et gestionnaires routiers, et de s'accorder sur des principes de fonctionnement et d'aménagement. Plusieurs réunions de travail ont déjà eu lieu, au cours desquelles un état des lieux a été dressé, tant d'un point vue technique, qu'administratif et juridique. « Dans les agglomérations, le maire a en charge la police de la circulation, justifie Bernard Pérazio, vice-président du Département qui pilote le dossier. Mais le président du Département doit veiller à ce que la structure de la chaussée ne soit pas dégradée. » Il s'agit donc de se mettre d'accord sur la répartition des rôles et les responsabilités de chacun. 

Le cadre réglementaire étant bordé, le comité technique va maintenant recenser les secteurs qui posent problème, les circuits où le trafic d'engins est intense et étudier les améliorations possibles. Il est par exemple question de privilégier les giratoires franchissables et les bordures chanfreinées plutôt que les chicanes contraignantes ou les bordures hautes qui cisaillent les pneus des engins. « Mais on ne peut pas aménager les 5 000 kilomètres de voirie du département », prévient le président Barbier. Une première synthèse de ces travaux est prévue avant l'été. La rédaction d'une charte des bonnes pratiques est quant à elle programmée pour la fin de l'année. Une première en France.

Marianne Boilève