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Transformation

Une fromagère fière des producteurs

Celle qui a toujours aimé le fromage vient de concrétiser son rêve. Depuis décembre 2019, Amélie Orlando a ouvert sa fromagerie à Saint-Sauveur. Son projet est ambitieux. Autant que le développement qu'elle souhaite autour du saint-marcellin.
Une fromagère fière des producteurs

Passionnée, pleine de vie, Amélie Orlando a les yeux qui pétillent quand elle parle de sa fromagerie, celle qu'elle vient de créer à Saint-Sauveur, dans le Sud-Grésivaudan. A tout juste 26 ans et déjà mère de deux enfants, la jeune femme vient de réaliser son rêve. « Depuis que je suis toute petite, même si mes parents ne sont pas du monde agricole, je suis attirée par l'agriculture. Et j'adore le fromage. J'aime manger des choses qui ont du goût », explique-t-elle avec enthousiasme. C'est donc tout naturellement qu'elle a suivi un Bac STAV « Option transformation alimentaire » et un BTS « Productions animales » pour tout apprendre sur la production laitière. Mais ses différents stages en fromagerie l'ont confortée dans son idée. L'élevage lui plaît comme passion, mais c'est de la fromagerie qu'elle veut faire son métier. Formée à l'Enilbio (Ecole nationale d'industrie laitière) de Poligny et à l'Enil de Besançon-Mamirolle, elle ne pense qu'à son projet qu'elle veut concrétiser dans le Sud-Grésivaudan, un territoire dont elle n'est pas originaire, mais qu'elle souhaite faire sien.

100 000 € d'investissements

Pendant quatre ans, Amélie Orlando a cherché où et comment s'implanter. Elle s'est renseignée sur les fromages existants, sur les magasins de producteurs, leurs attentes, sur les possibilités d'associations, sur la dynamique autour du saint-marcellin... Sans succès jusqu'à l'année dernière, jusqu'à sa rencontre avec Alexandre Matraire, propriétaire du restaurant « Le Bélier rouge » à Saint-Antoine-l'Abbaye. Egalement propriétaire d'un bâtiment de 147 m² à Saint-Sauveur, il exprimait un besoin de produits locaux de qualité pour son établissement. Ils se sont donc associés. Amélie Orlando a créé de toute pièce un laboratoire de transformation et, pour affiner ses fromages, deux caves dans de la brique et de la chaux éteinte « pour recréer l'ambiance des caves à l'ancienne », précise-t-elle. Avec 100 000 € d'investissements réalisés grâce à un prêt bancaire et un prêt à taux zéro proposé par « Initiative Sud-Grésivaudan Royans Vercors », elle a pu faire les travaux et acheter le matériel nécessaire.
Pour la fabrication de ses fromages, Amélie Orlando collecte chaque jour 160 litres de lait de vache à l'EARL de la Bellemondière à Saint-André-en-Royans. La jeune femme a moulé ses premiers fromages (une gamme allant du type saint-marcellin, saint-félicien, à la pâte pressée en passant par de la crème et des petits suisses) en décembre dernier. Elle les commercialise - dans des marchés, auprès de restaurants et de supermarchés du secteur - depuis janvier. Son agrément IGP (Indication géographique protégée) pour le saint-marcellin est en cours de validation. Mais elle est déjà agréée IsHere.

Valoriser la pluriactivité du territoire

De nature, Amélie Orlando a l'esprit associatif. De ses différents stages dans la région productrice du comté, elle a ramené la culture coopérative. Elle souhaite que la dynamique en train d'émerger autour du saint-marcellin et du Cism (Comité pour le saint-marcellin) continue son développement. « Ici, les producteurs de lait disent « donner leur lait » (à leur collecteur, ndlr). Dans le Jura, les producteurs disent « faire du lait à Comté. Moi, je veux faire du lait à saint-marcellin. J'ai envie de recréer de la fierté chez les producteurs. Il y a de la demande autour des produits locaux. Ensemble, nous pourrions faire beaucoup de choses. Nous ne sommes pas des concurrents les uns des autres. Je souhaite défendre un patrimoine, des saveurs, des valeurs, du travail. J'aimerais que les agriculteurs d'ici reprennent espoir, qu'ils arrêtent de planter des noyers, qu'ils refassent du lait. Nous pourrions développer des veaux de lait, des volailles élevées au sérum. Les possibilités ne manquent pas. Nous pourrions revaloriser notre territoire au-delà de la noix. Pour moi, la pluri-activité est la base. Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier », déclare-t-elle avec entrain.

Isabelle Brenguier