Unis à Lyon pour faire front
Le 15 janvier dernier, une centaine de tracteurs venus de toute la région Auvergne-Rhône-Alpes a convergé vers Lyon à l’appel des réseaux FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes et Jeunes Agriculteurs Auvergne-Rhône-Alpes. Au cœur des revendications : un refus net de l’accord UE-Mercosur, l’inquiétude sur l’avenir de la PAC et l’exigence de décisions agricoles concrètes, applicables sur le terrain.
Deux convois pour un même cap. Dès la matinée, la mobilisation a pris forme autour de deux cortèges de tracteurs distincts, annoncés de longue date par les réseaux syndicaux. Le premier rallie l’ANSES, avenue Tony-Garnier à Gerland, tandis que le second se positionne devant la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, aux Brotteaux. À partir de 10h30, les engins agricoles se mettent en mouvement et convergent vers la préfecture, point de jonction symbolique au cœur de Lyon. Dans les rues de la métropole, les tracteurs imposent leur rythme. Banderoles déployées, drapeaux syndicaux au vent, messages peints à la main sur des panneaux de bois : « Non au Mercosur », « Quel avenir pour notre profession », « Pas d’interdiction sans solution »… La démonstration est massive, déterminée, mais maîtrisée.
Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée
Pour les organisateurs, cette journée n’est pas un coup d’éclat isolé. Elle s’inscrit dans un marathon d’actions syndicales engagé depuis plusieurs mois, visant à maintenir la pression sur les pouvoirs publics. « Cette action s’inscrit dans la mobilisation nationale en cours depuis des mois. Globalement, Auvergne-Rhône-Alpes s’est toujours inscrite dedans, en faisant bien le lien entre les sujets européens, les sujets nationaux et nos sujets locaux issus des différents départements », rappelle David Chauve, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes. Malgré l’éloignement géographique pour certains participants, la région a répondu présent. « Sur une grande région comme la nôtre, c’est toujours très compliqué puisqu’il y a des agriculteurs qui exercent très loin. Mais je pense qu’on a su mettre en place la pression que l’on sait mettre » poursuit-il, tout en pointant une lassitude grandissante dans les rangs agricoles face aux promesses non tenues.
Mercosur, PAC et transmission : les lignes rouges
Au cœur des prises de parole, l’accord de libre-échange UE-Mercosur cristallise les inquiétudes. Pour la profession, il symbolise une agriculture exposée à une concurrence jugée déloyale, ne respectant ni les normes sanitaires, ni les exigences environnementales françaises. Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA, alerte également sur le volet budgétaire européen : « le 18 décembre dernier, la Commission européenne a proposé une baisse de budget de 20 % sur la PAC. C’est inacceptable. Tous les États autour de nous, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, la Chine, les Russes, l’Ukraine… Tout le monde est en train de réaffirmer son ambition agricole et alimentaire, alors que nous sommes en train de baisser pavillon. Il est hors de question que l’Europe agisse de la sorte. »
Dans la foule, la parole est aussi portée par les responsables départementaux. Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA du Puy-de-Dôme, insiste sur la réalité quotidienne des exploitations : « on veut produire et on le fait bien, on le fait proprement et on veut continuer à le faire pour nourrir les Françaises et les Français. On veut être reconnu pour cela et on veut que nos produits aient un prix en face parce que c’est notre travail au quotidien. » Elle poursuit : « il faut aussi qu’on gagne notre vie pour nos enfants et nos repreneurs, parce qu’on a besoin de continuité ». Car au-delà des slogans, c’est bien la question de la transmission et de l’avenir des exploitations qui traverse la mobilisation.
À la préfecture, la réalité du terrain rappelée
En milieu de journée, une délégation a été reçue en préfecture. Élise Michallet, présidente de la FDSEA du Rhône, est notamment revenue sur la situation sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui pèse lourdement sur les élevages : « notre agriculture traverse des difficultés mais on ne veut rien lâcher. L’été a été compliqué donc beaucoup de dossiers ont été abordés avec la préfète, notamment la DNC que nous subissons depuis le 29 juin dans notre région. On a respecté les règles, on a tout fait pour se protéger, mais aujourd’hui, on en subit quand même les conséquences. » Elle ajoute : « les marchés sont fermés, toutes les portes sont closes parce qu’on a vacciné. La préfète nous a annoncé que la ministre va se rendre en Italie pour négocier l’ouverture des frontières, ainsi qu’avec l’Espagne. » Si une enveloppe d’indemnisation a été ouverte, la FDSEA du Rhône ne la valide pas en l’état : « les règles ne nous conviennent pas, et nous espérons que nos propositions seront entendues. »
Un malaise agricole multifactoriel
Pour David Chauve, le Mercosur n’est qu’un élément d’un malaise plus profond. « Il n’y a pas que la grogne, je pense que c’est multifactoriel », analyse-t-il, évoquant à la fois les crises sanitaires, la pression normative, les difficultés économiques et une crise de confiance entre le monde agricole, les pouvoirs publics et la société. « Il faut surtout qu’on ait un gouvernement qui donne une ligne claire quant à ce qu’il veut demain en matière agricole », conclut-il, appelant à protéger l’agriculture plutôt que de l’exposer.
En fin de mobilisation, les syndicats l’ont rappelé : la pression ne retombe pas. Une nouvelle échéance est déjà fixée au niveau européen, avec une manifestation annoncée à Strasbourg devant le Parlement.
À Lyon, cette journée aura donc marqué les esprits par son organisation, son calme et la cohérence de ses messages. Une mobilisation régionale qui réaffirme une exigence simple : stop aux effets d’annonce, place aux actes pour défendre les exploitations, les filières agricoles et la sécurité alimentaire.
Rémi Morvan
La mobilisation en photos