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Beaucroissant

Vers plus de simplicité

Evènementiel/La tenue d'une nouvelle foire de printemps à Beaucroissant, samedi et dimanche, est l'occasion de s'interroger sur les effets de la baisse de subventions publiques aux concours d'élevage et autres opérations de promotion de l'agriculture locale, telles que « Prenez la clé des champs », sur le devenir des évènements agricoles du département.
Vers plus de simplicité
Du côté de la fédération Charolais Sud-Est, de la chambre d'agriculture de l'Isère et de l'association des éleveurs du département, organisatrices de manifestations aussi diverses que le concours régional Charolais, « Prenez la clef des champs » (journées portes ouvertes des fermes, le 30 avril et 1er mai prochains) ou le concours départemental d'élevage, c'est le même refrain : les subventions publiques aux manifestations agricoles sont en forte baisse, voire se tarissent. « L'an dernier, lors de la dernière édition du concours régional Charolais, le Département n'a pas versé la subvention de 11 000 euros qu'il nous verse habituellement et la Région a réduit de moitié son aide, qui était de 10 000 euros auparavant. Cela fait donc 16 000 euros de moins, que nous avons pu prendre sur nos fonds propres, car nous avons fait une très belle année en restauration, avec 34 000 euros de bénéfice net. Mais nous ne pourrons pas puiser éternellement dans nos réserves, témoigne ainsi Maurice Perron, le président de la fédération Charolais Sud-Est. Nous allons donc réduire le nombre d'animaux présentés à la foire de Beaucroissant de septembre, de 142 l'année passée, à 120 ou 130 maximum, et revoir à la baisse les aides au transport des animaux versées aux participants, ainsi que le nombre d'heures de travail effectuées par l'animateur de la fédération. Nous devrons peut-être aussi alléger le dispositif, car la location du chapiteau nous coûte 15 000 euros tous les ans. Mais les éleveurs n'y sont pas très favorables pour le moment. Dans un premier temps, nous allons donc nous contenter de nous rapprocher d'Agrivillage ».
Mutualisation des moyens et allègement des charges
« En nous regroupant à une vingtaine d'organismes professionnels lors de la foire de septembre, nous tirons les coûts au maximum, y compris sur la communication, ce qui fait que nous ne demandons pas d'aide spécifique à l'organisation de cette manifestation », confirme Didier Villard, le président de l'association Agrivillage. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si de nombreux comices agricoles se sont regroupés. Outre le fait de pallier l'érosion du nombre d'agriculteurs, cette solution présente l'avantage de faciliter l'octroi de subventions intercommunales en concentrant les financements publics sur une seule et même destination.
Le lancement il y a un an, dans le cadre de la dernière foire de printemps, d'un concours interdépartemental Blonde d'Aquitaine prouve, par ailleurs, qu'il est possible de mettre ce genre d'opérations sur pied sans soutien public. « Nous espérions des gestes, alors quand nous avons constaté qu'on ne nous donnerait aucun coup de pouce si nous n'allions pas faire l'aumône, et que même la mairie de Beaucroissant nous demandait de payer 50 % du prix de location des barres auxquelles nous avons attaché nos animaux, nous avons préféré nous débrouiller par nous-mêmes, raconte Henri Gueydan, le président de la section Rhône-Alpes, Auvergne et Provence-Alpes-Côte-d'Azur de l'organisme de sélection de la race. Chaque éleveur paye donc le transport de ses animaux et leur alimentation pendant la foire. La seule aide est celle des éleveurs du Tullins, qui apportent le foin. Les participants au concours ne touchent aucune indemnité. Et ils seront mis à contribution lors du montage et du démontage des abris que nous louons cette année ».
Le besoin de manifestations agricoles
L'éleveur Charolais Claude Rey, responsable des finances de l'association des éleveurs de l'Isère qui organise le concours départemental d'élevage tous les deux ans (prochaine édition les 20 et 21 août à Saint-Marcellin) s'inquiète malgré tout de la pérennité des structures en charge de ces différentes manifestations, « plus que fragiles, car elles n'ont pas de trésorerie : l'argent éventuellement gagné est toujours remis dans le circuit ». Le président de la FDSEA, Jean Robin-Brosse s'interroge également sur la capacité des organisateurs à faire des économies additionnelles alors qu'ils semblent déjà les limiter au maximum. Or « les différents rendez-vous de promotion de l'agriculture départementale ont un rôle important à jouer pour maintenir le moral de la profession, qui a besoin de rassemblements », pour le responsable syndical.
« Il n'est pas possible de passer à côté de ces manifestations, notamment les concours d'élevage, qui valorisent le travail de sélection génétique, atteste Jean-Pierre Lestoille, le directeur départemental adjoint des Territoires (et ancien directeur départemental de l'Agriculture). C'est pourquoi je ne pense pas que le paysage évènementiel agricole évolue beaucoup, même s'il faut se poser les bonnes questions sur le financement ».
Condamnés à évoluer
La réapparition d'un salon de l'agriculture à Alpexpo, initialement programmée du 28 au 30 avril prochains, aurait pu prendre provisoirement le relais. Mais la décision de Guy Chanal, le gérant du parc évènementiel de Grenoble, de le reporter à 2013 souligne la nécessité des foires, concours, comices et autres évènements agricoles. Dans ce contexte, « le maître mot, c'est l'adaptation », conclut Maurice Perron.
Cécile Fandos