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Elevage laitier

20 ans et un service à la carte

En 20 ans, le Comité isérois des éleveurs (Ciel), ou Isère conseil élevage, a vu le profil de ses adhérents évoluer et a eu le souci d'adapter son offre de services et de conseils.
20 ans et un service à la carte

Créée en 1994, le Comité isérois des éleveurs (Ciel), aussi appelé Isère conseil élevage, réunit 470 éleveurs, soit 80% des producteurs laitiers et 90% du lait du département. « Nous observons deux phases d'évolution, note Hugues Villette, conseiller Ciel. De 1985 à 2000, le cheptel de vaches laitières a beaucoup augmenté pour culminer a plus de 26 000 têtes, tandis que le nombre d'adhérents stagnait. A partir des années 2000, le nombre d'éleveurs a fortement chuté alors que le troupeau s'est maintenu à environ 24 000 vaches. » Si bien que la taille moyenne des troupeaux s'établit aujourd'hui à 50 vaches par exploitation, contre 25 il y a 20 ans. La production laitière est passée de 5 200 kg à 7 000 kg par vache. En revanche, les conseillers remarquent une forte évolution du taux cellulaire, traduisant une dégradation de la santé des mamelles. Pour les spécialistes, cette question des cellules n'est pas commune à l'ensemble des élevages. D'aucuns pensent que, dans cette course à l'agrandissement, certains exploitants peuvent se trouver débordés au détriment du troupeau. Produire moins et mieux : la solution a été clairement abordée pour certaines exploitations à la recherche d'une cohérence économique.

Service à la carte

Des productions diversifiées, une présence hétérogène dans le territoire avec de fortes densités dans les Terres froides, le Pays voironnais, le Sud-Grésivaudan, le Vercors ou le Nord-Isère et très peu d'éleveurs dans le Sud-Isère, l'Oisans, l'Y grenoblois, la bordure du Rhône et Belledonne révèlent des attentes différentes de la part des adhérents, en termes de conseils et de contrôles laitiers. En 20 ans, l'offre de services du Ciel est donc passée d'un « plat unique », avec six à huit passages annuels du contrôleur, à un service à la carte offrant plus de 200 possibilités de contrôles et de conseils, sans compter les moyens d'effectuer les contrôles seuls pour les éleveurs équipés de robots.

Les exploitants agricoles sont surtout demandeurs de prestations pour le calcul et le suivi régulier de la ration alimentaire (78%). Ils sont aussi 47% à rechercher un conseil pour le planning d'accouplement, 42% sur les prévisions de production laitière, 20% sur le suivi de la qualité du lait et 19% sur les coûts de production. « Les thématiques émergentes sont l'autonomie alimentaire, l'assistance traite avec un lactocorder et la stratégie d'exploitation », indique Hugues Villette. La demande de conseil a augmenté de 35% en cinq ans, de sorte que les conseillers passent 15,5 heures en moyenne par élevage.  « En monnaie constante, le coût du contrôle laitier pour 50 vaches est passé de 2 813 euros en 1994 à 2 825 euros en 2 014 », indique Raymond Riban, le nouveau président du Ciel.

Productivité au travail

Dans ce paysage laitier changeant, Jean-Philippe Goron, également conseiller Ciel, rappelle que les 635 élevages de l'Isère, représentant plus de 1 100 éleveurs, totalisent une production annuelle de 200 millions de litres de lait de référence laiterie et six millions en vente directe. Mais les dynamiques sont très différentes par territoire. Si la référence moyenne s'établit à 304 000 litres de lait par exploitation, cela peut aller du simple au double en fonction des secteurs. Et les besoins sont pluriels. Ils portent en premier lieu sur la modernisation des bâtiments d'élevage. Mais le conseiller constate que seulement 10% du parc est encore déclaré non fonctionnel. Les plus mal logées demeurent les génisses. La traite reste un problème encore important, car plus de 50% des éleveurs y passent plus d'une heure et trente minutes. Aujourd'hui, 85% des exploitations disposent d'une salle de traite et une vingtaine de robots ont été installés pour une dizaine de projets en cours.
Mais le problème le plus saillant est sans doute la très forte augmentation de la productivité au travail. « 20% des éleveurs seuls produisent plus de 200 000 litres », note Jean-Philippe Goron. Le challenge est impossible à relever sans s'y épuiser. D'autant que la pyramide des âges ne plaide pas pour la jeunesse, puisque le trois-quarts des exploitants a plus de 40 ans. Ces paramètres sont à mettre en perspective avec les coûts de production d'un atelier laitier : le travail y entre en compte pour 25%, la mécanisation pour 22% et l'alimentation pour 21%. « Le revenu produit par un atelier est de 540 euros pour 1 000 litres. Ainsi, en 2012, le revenu moyen par éleveur s'établissait à 1,1 Smic. En 2009, seulement 4% des exploitations parvenaient à dégager deux Smic. Les dispersions vont du simple au double avec des coûts de production oscillant entre 400 et 800 euros pour un même prix du lait », pointe le conseiller, en insistant sur combien ces productions sont soumises aux aléas. Si bien que l'astreinte, le revenu insuffisant et le travail administratif sont déclarés points noirs par les éleveurs, qui apprécient en revanche leur autonomie, la variété des tâches, leur lien au vivant et l'esprit d'entreprise.
Pour ajuster son conseil, le Ciel et la Fédération interdépartementale des organismes de conseil élevage (FIDOCL), qui rassemble treize associations, devra donc compter avec des élevages plus importants, voire plus spécialisés, plus productifs mais aussi plus automatisés, gérés collectivement, mais également plus isolés dans leur environnement. Les réponses seront apportées en direct ou grâce aux partenariats développés par l'organisme avec le GDS, la chambre d'agriculture de l'Isère, Eliacoop, les vétérinaires, le laboratoire vétérinaire, la FDcuma, Agriemploi ou encore le Cerfrance.

Isabelle Doucet

 

Services / Le Ciel met à la disposition des éleveurs un accompagnement collectif et personnalisé au plus près de leurs attentes.

Une boîte à outils complète

Les conseillers constatent combien les profils d'éleveurs peuvent être divers, pour autant, ils sont de plus en plus connectés, mieux formés, se posent en véritables chefs d'entreprise et en consommateurs de service par rapport à leur organisme de conseil. « Nous mettons en place une nouvelle carte de services avec de nouvelles thématiques, insiste Jean-Philippe Goron. Elles concernent le droit du travail, les relations humaines ou la stratégie de l'exploitation. » L'accompagnement de ces chefs d'entreprises, depuis leur installation et à chaque étape de la vie de l'exploitation, passera immanquablement  par la mise en place d'une démarche coût de production. Le passage à la loupe du fonctionnement de l'atelier lait et son optimisation sont appelés à faire l'objet d'un plan d'action, assorti d'un suivi d'application. Les éleveurs et leurs conseillers le répètent : leur objectif est la cohérence du système.
Avec ses conseillers généralistes et spécialistes, le Ciel, entend développer « un conseil global associé à des expertises ponctuelles », mais aussi, grâce à de nouvelles analyses, apporter « des résultats fiables et plus rapides », proposer des synthèses avec des indicateurs de pilotage du troupeau et des alertes, offrir de l'information en continu grâce à des interfaces connectées avec les outils des éleveurs. Ces outils s'appellent Siel web, Boviclic, Caplait web (pour les caprins) et sont des logiciels en constant développement. Les conseillers s'appuient sur une innovation soutenue à l'instar de l'échantillonneur universel OriColector, de la liste de pesée électronique ou des nouveaux indicateurs de cétose.
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Les caprins aussi

Le nombre d'élevages caprins a aussi augmenté depuis 20 ans pour s'établir en Isère à 35 exploitations et 3 000 chèvres. Le troupeau moyen est de 80 chèvres, soit 25% de plus qu'en 1985, après avoir connu un pic dans les années 2000.