A chacun son méteil
Penchés à quelques centimètres au-dessus d'un champ de méteil à la Côte Saint-André, les agriculteurs présents observent. « Celui-ci est composé de triticale, blé, avoine, pois fourrager, pois protéagineux, vesce et féverole », explique Jean-Pierre Manteaux, conseiller élevage bovin-lait spécialisé en fourrages de la chambre d'agriculture de la Drôme. Le méteil est un mélange de céréales et de protéagineux. En fonction de ce que l'on recherche pour son exploitation, on peut adapter les proportions de chaque composant.
Bruno Albert, éleveur laitier à Nantoin, a commencé à cultiver son méteil depuis peu. « Je veux améliorer mon stock fourrager. L'ensilage de méteil est riche en protéines et permet de baisser l'achat des tourteaux. » Le second avantage est que le méteil se cultive en interculture, en dérobé d'hiver. « On doit le semer après une culture de maïs ou de sorgho et avant l'implantation d'un soja par exemple », détaille le conseiller de la Drôme. Le méteil est donc un couvert végétal qui empêche la prolifération des adventices. « Le méteil a d'abord été favorisé par les éleveurs en bio et ceux qui sont situés sur des zones de captage sensible où les herbicides et les traitements azotés sont très contrôlés », détaille Chloé Baranowski, conseillère agronomie-environnement.
Devenir autonome
Thierry Barbier, éleveur laitier en conversion bio à Burcin, n'a pas misé sur le même mélange. « J'ai choisi uniquement 30 kilogrammes de pois fourrager, 130 kilogrammes de triticale, et 30 kilogrammes d'avoine. Je le récolte en grains mais en fonction de mes stocks et de l'état de la culture, je peux ensiler ». Il faut semer entre 180 et 200 kilogrammes par hectare car le désherbage n'est pas possible. Le couvert végétal doit donc se former rapidement. Son exploitation étant située dans les Terres froides, Thierry Barbier a misé sur le pois qui résiste bien au froid. « Le mélange est bon en protéines mais en misant sur un mélange plus diversifié, on limite le risque de verse », analyse Jean-Pierre Manteaux. C'est d'ailleurs la première difficulté du méteil : chaque mélange est une expérimentation, un fin équilibre entre apport protéique et résistance aux aléas. « Je regarde comment intégrer une autre céréale. Je prends les idées de chacun et on essaie ensuite », confirme Thierry Barbier. Il faut également éviter d'enchaîner deux cultures de méteils car les repousses des protéagineux peuvent gêner. Malgré tout, le méteil semble être une bonne alternative au ray-grass et à la luzerne. Même si, selon les dires de certains, « Le méteil ne vaut pas la luzerne en énergie et le ray-grass en protéines. »
Un pâturage optimisé
Pour Adrien Raballand, responsable de la ferme expérimentale de la Côte Saint-André, le méteil était un incontournable dans le changement de sa stratégie. « Depuis le 1er Janvier 2018, on est passé en IGP saint-Marcellin et j'ai donc remis les vaches au pâturage. Pour assurer l'autonomie du troupeau, j'utilise le méteil protéique pour la ration hivernale des génisses et une prairie multi-espèces, composée de graminées et de légumineuses, pour le pâturage ». Les bovins sortent au printemps et pâturent cette prairie divisée en 17 parcelles à raison de 2 jours par parcelle. « Pour faire pâturer, il faut avoir des parcelles assez grandes sinon les vaches recommencent à manger une parcelle qui n'a pas eu le temps de relancer sa pousse », explique Jean-Pierre Manteaux. D'autres parcelles sont également valorisées par le pâturage des brebis mérinos. Même si la pousse est tardive, le méteil est joueur. « En quelques semaines, il peut monter très vite. Il faut commencer à récolter dès fin mai-début juin », explique le conseiller de la Drôme.