A équations locales, réponses locales
Réforme des cotisations, renouvellement des générations, ZNT, loi Egalim, revenus, nouveaux marchés, projet stratégique FNSEA 2025... Très terrain ou plus lointains, les sujets abordés au cours du 75e congrès de la FDSEA de l'Isère ont suscité pas mal d'échanges. Dans le top 10 de leurs préoccupations, les adhérents isérois sont longuement revenus sur la question des zones de non traitement et les relations devenues très compliquées avec leurs concitoyens.
Boule au ventre
« Nous utilisons des produits avec une autorisation de mise sur le marché (AMM) et nos voisins savent que ces produits sont dangereux : c'est très difficile de travailler dans ces conditions, s'est désolé Didier Boichon, président de syndicat local et agriculteur dans le Nord Isère. Quand on sort le pulvé, on a la boule au ventre et on a des boutons. Mais ce n'est pas à cause des produits ! Avec ces ZNT qui ne satisfont personne, nous avons ouvert une boîte de Pandore. » André Coppard, agriculteur à Saint-Savin et vice-président à la chambre d'agriculture, a quant à lui appelé ses collègues à ne pas baisser les bras. « Les environnementalistes protègent la faune et la flore ; nous, nous protégeons nos plantes, a-t-il argumenté. Agriculteurs, réveillez-vous et sortez vos pulvés : vous avez le droit de soigner vos plantes ! » Pragmatique, Jean-Michel Bouchard, éleveur laitier à Thodure, a demandé que soient étudiées des pistes d'exonération fiscale : « Si on ne produit plus sur les zones de non traitement, on ne devrait plus payer d'impôts », a-t-il justifié.
Les débats ont également porté sur les stratégies de filière et la nécessité de « redonner le vrai prix aux choses », pour reprendre l'expression de Jérôme Crozat. Le président de la FDSEA 38 a salué la démarche d'opérateurs isérois, comme la maison Cholat avec sa filière qualité, qui permet de payer le blé à sa juste valeur. « Moi, je produis du lait pour 20 000 consommateurs. Je me demande combien je gagnerais si j'étais boulanger et que je produisais du pain pour 20 000 personnes... », s'est interrogé le leader syndical.
Jouer le jeu du local
Saisissant la perche, Pascal Denolly, maraîcher à Revel-Tourdan et président du Pôle agroalimentaire de l'Isère, a rappelé que c'était le sens du travail engagé depuis 2015. Objectif : « Arriver à reconquérir des parts de marché dans ce département ». Grâce au soutien des collectivités qui ont accepté de jouer le jeu du local et surtout du soutien du Département, un bon bout du chemin a été fait. « Mais je commence à désespérer que nous, paysans, on y croie, a déploré Pascal Denolly. J'ai des partenaires, des transformateurs et des distributeurs en attente de local. Leur fléchage, c'est l'origine. Mais le local, c'est nous ! Est-ce que nous sommes capables, avec tous les opérateurs, de conquérir ces parts de marché ? Il faut qu'on se prenne en main, les gars ! Nous avons une marque, mais seuls 120 agriculteurs agréés. Pour le moment, nous n'avons enregistré que 2 millions de transactions commerciales. Alors que nous nous étions fixé un objectif de 50 millions ! »
Dans son discours de clôture, Jean-Pierre Barbier, le président du Département, ne dira pas autre chose : « En 2015, au moment de la crise qui a frappé la filière lait, nous avons touché du doigt le désespoir. La seule chose à faire, c'était de redonner du revenu aux agriculteurs. Ce n'est pas avec une loi qu'on va y arriver. Les distributeurs veulent répondre à la demande des consommateurs qui veulent du local. Nous avons monté le Pôle et la marque. Est-ce qu'on va y arriver ? Je ne sais pas, mais j'y crois. La marque IsHere n'est pas une marque politique : elle est aux mains des agriculteurs. Mais nous sommes prêts à vous aider et nous avons montré notre volonté dans les cantines des collèges. »
MB