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Pédagogie

A l'école du jardin... et du bien manger

Apprendre en jardinant : telle est l'ambition de la maternelle de Frontonas qui a construit son projet d'école autour du jardinage, de l'élevage et de l'alimentation. Un défi au long cours qui a permis aux enfants de faire le lien entre (agri)culture et nourriture.
A l'école du jardin... et du bien manger

Cinq minots, hauts comme trois pommes, gratouillent la terre. « On est en train de faire des plantations », lance fièrement Théo. Le petit bonhomme n'en est pas à son coup d'essai. En novembre dernier, avec sa classe, il a planté des graines de pois de senteur, de lentille et de seigle. Car depuis le début de l'année scolaire, son école maternelle, à Frontonas, vit au rythme d'un projet bâti autour du jardinage, de l'élevage et de l'alimentation. « Chaque année, nous essayons de trouver du sens et de mettre nos actions en cohérence autour d'un projet commun, explique la directrice, Claire Mabilais. Cette année, nous avons choisi : Que mettons-nous dans notre assiette ? Il est de notre rôle d'enseignant de semer des graines qui germeront ensuite dans les têtes. »

Encore fallait-il trouver des graines qui donnent une récolte avant la fin de l'année scolaire. Tout est question d'organisation. En la matière, la directrice de l'école maternelle de Frontonas, également enseignante, a de la suite dans les idées. Dès le mois d'octobre, elle a mobilisé les familles pour fabriquer des jardinières, puis obtenu des services municipaux qu'ils mettent en service les bacs. Après les vacances de Noël, les enfants ont expérimenté la plantation de bulbes avant les légumes au printemps.

Ver de terre

Trois mois plus tard, à l'occasion de la Semaine du jardinage pour les écoles, tout le monde s'est mis au travail. Les petites sections ont planté des oignons, tandis que les moyens semaient des graines de salade et préparaient un terrain pour planter des pommes de terre et des carottes. Equipés d'outils adaptés à leur âge, les voilà en train d'arranger le carré potager. « Vous voyez cette grosse bosse ? demande la maîtresse, Candia Masini. Avant de planter des choses, il faut que le terrain soit tout plat et qu'on enlève les cailloux. » Hugo s'empare d'une serfouette et se met au travail avec entrain. Ses copains lui emboîtent le pas, ravis de manipuler la terre. « Candia, viens voir : j'ai trouvé un truc, là... » C'est un ver de terre. Les gamins rigolent. « Il fait des galeries et permet d'avoir une terre plus légère, bien ameublie », commente l'enseignante qui profite de l'occasion pour enrichir le vocabulaire des enfants.

Vient ensuite le moment de mettre les tubercules en place. « Qu'est-ce qu'il y a dans ma cagette ? », demande la maîtresse. « Des cailloux ! », répondent les enfants peu rôdés aux activités maraîchères. Candia rectifie avant de laisser les enfants s'emparer des plants et les aligner soigneusement. « L'intérêt pédagogique d'une activité comme celle-ci est d'expliquer d'où viennent les aliments, précise-t-elle. Pour les enfants, il n'est pas facile de savoir que la farine vient du blé par exemple : eux, à la maison, ils ne voient souvent que le paquet. »

Venue donner un coup de main, Narima, une maman d'élèves, approuve la démarche. « Ça change des projets pédagogiques classiques, apprécie-t-elle. Les enfants manipulent, ils sont plus souvent dehors. Pour ma part, j'ai cinq enfants. Les petit mangent super bien. Avec le grand, c'est plus compliqué, surtout pour les légumes. Peut-être que planter va lui permettre d'appréhender l'alimentation différemment... »

Goût mystère

Pendant que les « petits » s'activent à l'école, les « grands » sont partis suivre une série d'ateliers pédagogiques chez Botanic-L'Isle-d'Abeau, jardinerie partenaire de l'opération. Au programme de la matinée : plantation de pensées, dégustation de fruits et légumes bio, atelier senteur des plantes aromatiques. Ravis, les enfants courent d'une activité à l'autre. L'atelier dégustation est l'un de ceux qui a le plus de succès. Sur la table, l'animatrice a posé toutes sortes de fruits et de légumes. Surprise : les enfants savent plein de choses, notamment que les légumes poussent dans la terre ou que le poireau est un légume d'hiver. Mais devant la patate douce, ils calent. « Qu'est-ce que c'est ? » Silence et grands yeux étonnés. « Une statue ? », risque Gauthier. L'animatrice donne la réponse, puis explique qu'elle a dans son dos des assiettes de « goûts mystère ». Les enfants sont invités à fermer les yeux et à deviner ce qu'ils ont en bouche. De l'ananas, de la poire, du chou blanc, de la carotte, un kumquat. Raphaël ne veut rien toucher, rien goûter. Lana, elle, a commencé par se méfier un peu, puis elle a tout goûté. Même le chou cru. 

Des enfants plus réceptifs

« Cet atelier va vraiment dans les sens de ce que nous faisons depuis le début de l'année, constate l'Atsem (1) qui escorte le groupe. Les enfants sont très motivés. Depuis qu'on a commencé le projet, on sent qu'ils sont plus réceptifs. A la cantine, ils posent davantage de questions et savent maintenant faire la diférence entre des brocolis et des choux fleurs ! » Un vaillant papa venu accompagner le groupe partage ce point de vue : « C'est bien parce que nous avons un peu tendance à la maison à toujours utiliser les mêmes fruits, les mêmes légumes. Cet atelier ouvre les enfants sur autre chose. » Séverine, une maman, va un peu plus loin dans l'analyse : « C'est important de relier le projet à l'alimentation. Dans les magasins, on a tout, toute l'année. Les enfants n'arrivent plus à faire la différence. Reprendre le geste simple de planter et attendre que ça pousse, c'est important. Même pour des enfants comme ceux de Frontonas qui habitent à la campagne. »

Et ce n'est pas fini. Car l'équipe enseignante ne s'est pas contentée d'initier les enfants au jardinage. Elle a prévu de les emmener visiter la ferme du Val d'Amby, sur le plateau de l'Isle-Crémieu, pour découvrir l'élevage en pleine nature et les techniques agricoles « respectueuses de l'environnement ». Elle les a également fait participer l'école au concours « Donne du sens à ton assiette » organisé par la Ligue contre le cancer. Le projet en compétition : une œuvre à la manière d'Arcimboldo, cet artiste italien du XVIème siècle qui composait des portraits avec des végétaux. Les enfants de Frontenas ont imaginé deux bonshommes : l'un qui se nourrit bien, et son exact contraire, produit de la mal-bouffe. Inutile de préciser celui dans lequel ils se reconnaissent désormais.

Marianne Boilève

(1) Agent territorial spécialisée des écoles maternelles.

 

Jardiner à l'école

Depuis vingt ans, près d'un million d'enfants ont été initiés au jardinage dans le cadre de la Semaine du jardinage pour les écoles. Organisée par le Gnis, Val'Hor et la Fédération nationale des métiers de la jardinerie, l'opération permet aux classes de maternelle et de primaire intéressées de découvrir le monde des plantes à travers une série d'ateliers pratiques (plantation, dégustation, découverte des plantes aromatiques...). Plus de 2 200 classes ont participé à l'opération cette année.
De retour dans leur établissement, élèves et enseignants peuvent prolonger l'expérience et approfondir leurs connaissances grâce à des supports pédagogiques adaptés à chaque cycle (livret, kit d'animation, fiches d'activités, tutoriel en ligne...). Si les enfants de maternelle se voient proposer des activités relativement simples pour découvrir la diversité des fleurs, des légumes, des fruits et des plantes aromatiques, les plus grands sont invités à adopter une démarche scientifique pour reconnaître et apprendre à classer les végétaux, repérer les différentes étapes de leur développement et conduire des cultures. Certaines activités consacrées aux « amis et ennemis des cultures » abordent même les questions de biodiversité et de lutte intégrée.
Pour motiver les troupes, le Gnis et Valhor ont lancé le concours Notre jardin pour la terre, qui demande aux enfants de créer une affiche et un slogan sur le thème de la biodiversité au jardin. Plus de 450 classes ont envoyé des projets. Ayant eu l'idée d'associer santé et jardinage, une classe de CP de l'école Marie-Laurencin, à Tigneu-Jameyzieu, a remporté le 15ème prix (ex-aequo avec une classe d'Albi). 
MB