A l’écoute des drames des éleveurs
Le 10 juillet dernier, le préfet de la Drôme, Hugues Moutouh, a rendu visite à l'éleveur Alain Baudouin à Combovin (26), président de l'association des éleveurs et des bergers du Vercors Drôme et Isère. Cette organisation revendique son ancienneté dans la région pour « défendre les éleveurs ». Sa secrétaire, Annette Jouvent, reconnaît qu'ils sont parfois considérés comme des « extrémistes », mais toujours prêts à venir en aide aux pastoralistes.
A Combovin, où trois éleveurs se sont suicidés ces trois dernières années, le représentant de l'Etat a affirmé « qu'il faut écouter tous les messages » et que, si une baisse des attaques de loup a pu être constatée au niveau national, il n'en va pas de même en Drôme et notamment dans le Vercors. « Cette année, il y a deux fois plus d'attaques de loup qu'à la même époque l'an dernier. Le territoire est complexe et il faut respecter l'équilibre de la prédation ». Le préfet a rappelé que le seuil de 500 loups décomptés en France ayant été franchi, « la préservation de l'espèce est assurée ». Ainsi, la nouvelle feuille de route validée par le gouvernement voilà quelques semaines peut être appliquée. Confirmant aux éleveurs présents qu'ils ont été entendus, il a rappelé que les prélèvements de loups pourraient atteindre en France la centaine en 2019 (contre 43 en 2018).
« Les avortements ne sont jamais pris en compte »
A 800 mètres d'altitude, dans le Vercors, l'exploitation d'Alain Baudouin affronte les aléas climatiques et les attaques du loup. Coiffé de son béret rouge, l'éleveur n'en démord pas. « Il s'agit de s'interroger sur le rapport loup-homme. Il faut réapprendre au prédateur la crainte de l'homme ». Son troupeau de 500 têtes, dont 300 brebis, est protégé par sept bergers d'Anatolie, les kangals. En juin, son troupeau a été agressé deux fois par des loups et huit bêtes sont mortes, dont seulement deux ont été expertisées.
L'éleveur estime qu'il vit depuis 22 ans sous la pression des loups « qui traversent sa ferme la nuit ». Au départ, il a eu recours à des patous « excellents pour se protéger des lynx », mais il s'en est séparé après que son chef de meute patou a été égorgé par des loups. Son troupeau est désormais confié aux bergers d'Anatolie achetés en Turquie et protégés par des colliers garnis d'éperons métalliques. Une meute de chiens territoriaux. Ceci n'a pas empêché qu'à l'automne, après que 120 brebis aient été mises au bélier, seulement 80 agneaux sont nés.
« Les autres ont coulé à cause du stress dû à la présence permanente des loups ; les avortements ne sont jamais pris en compte, c'est une perte sèche pour l'éleveur. »
Avec son association, Alain Baudoin plaide pour faire reconnaître l'existence de loups hybrides - ce n'est plus la même bête, il n'a plus peur de l'homme - et il regrette l'impunité dont jouit le loup en France. Les éleveurs présents pour la visite du préfet ont fait valoir leurs revendications. « Il faut réguler sérieusement les loups qui prédatent la seule faune domestique », tel est le message délivré ce 10 juillet.
Louisette Gouverne