A la découverte du moulin coopératif
Situés au cœur de Saint-Victor-de-Cessieu, le grand silo extérieur et l'entonnoir d'acier à l'entrée attirent l'œil. En coopérative agricole depuis 1930, le moulin a été repris en 2007 par une dizaine d'agriculteurs. « 40% de la farine produite sont bio, 60% en conventionnel », détaille Patrick Vacher agriculteur bio à Brangues et associé du moulin. Chaque étage du moulin est dédié à une étape particulière de la production. Avant tout chose, « quand on me ramène du blé, j'envoie un échantillon pour analyser le ph, l'humidité, la quantité de protéines... et je constitue une mouture homogène de 100 kg », explique Nadjib Aitissad, meunier à Saint-Victor-de-Cessieu depuis dix ans. Au rez-de-chaussée du bâtiment, place au nettoyeur-séparateur-mouilleur qui va permettre d'enlever les impuretés et de décoller l'enveloppe du blé en l'humidifiant à 17%. Après un repos de 24h en silo, la mouture passe à l'étage supérieur pour être brossée et broyée. Elle va faire des allers-retours entre les quatre broyeurs composés de cylindres cannelés chargés d'écraser le blé et le planchistère, ensemble de tamis composées de mailles de différentes tailles, situé au 3ème étage. Le but est de séparer intégralement tous les composants du blé. « Avec 100kg de blé, on obtient 77kg de farine, le reste est du son fin », explique le Nadjib Aitissad. La farine est ensuite mise en sac de 25 ou 35 kg avant d'être récupérée par l'agriculteur pour être vendue.
Trouver des débouchés
Il faut une organisation de fer pour gérer cet établissement seul. « On me prévient des dépôts 15 jours à l'avance pour que je m'organise, confirme Nadjib Aitissad, car il faut que je purge le matériel pour transformer de la farine bio après le conventionnel ». Une semaine par mois, le meunier transforme donc exclusivement de la farine bio. Le moulin ne se limite pas non plus à la farine classique, « on fait aussi de l'épeautre et du sarrasin ». Une partie est aussi destinée à l'alimentation animale. La traçabilité est par ailleurs assurée : « Chacun récupère à la fin la farine du blé qu'il a emmené de son exploitation », confirme le meunier. Parmi les agriculteurs, chacun développe ses propres débouchés. Certains vendent à des magasins bio, à des boulangeries, à des restaurants... Mais le moulin n'est pas ouvert qu'aux professionnels. « On fait de la vente au détail, en farine bio et conventionnelle », explique le meunier. Malgré tout, « on a du mal à être au four et au moulin. En marketing, on n'est pas bon », déplore Denis Chardon, président de la coopérative du moulin. Le moulin est actuellement en sous-régime.
Investir dans un outil local
La tenue d'un outil technique commun n'est pas non plus une mince affaire. Il faut par exemple prendre en compte l'investissement matériel. Même si ce moulin n'est pas industriel, il reste moderne. « Utiliser des cylindres est plus moderne que la meule de pierre », confirme le meunier. Cependant, la plupart des machines sont encore en bois, notamment le planchistère. « On va peut-être le changer pour en faciliter son utilisation et son nettoyage », suggère Denis Chardon. La localisation au centre du village semble être un autre inconvénient pour la coopérative. « Un moulin ça fait du bruit et ça crée de la poussière, déplore-t-il, sans oublier qu'il n'y a aucune possibilité d'extension. » Pour construire une vraie filière céréales bio, « il faut mettre en relation les collègues et penser aux outils locaux, proches de chez vous », conclue Marie Mallet, conseillère à la chambre d'agriculture de l'Isère.