A Saint-Antoine-l'Abbaye, le verbe ne manque pas d'air
Du théâtre, de la poésie, des chansons, un village. Chaque année depuis treize ans, Saint-Antoine-l'Abbaye adopte le rythme d'un festival atypique qui, pendant cinq jours et cinq nuits, s'attache à tisser des liens entre « les pierres d'hier et les écritures d'aujourd'hui ». Exigeant dans ses choix mais accessible à tous (aux plus jeunes comme aux personnes les plus modestes puisque de nombreuses propositions sont gratuites), Textes en l'air n'a rien d'une manifestation pour citadins en quête d'exotisme campagnard. « Notre but est de proposer un festival de qualité et de le proposer en premier lieu aux habitants du pays dans lequel il se tient », précise Aurélien Carraud, de l'association Textes en l'air qui, tout au long de l'année, « œuvre pour l'accès de tous aux arts de la scène et aux texte d'auteurs contemporains ».
Invitation au rêve
Texte en l'air s'affiche d'abord comme une grande « fête du théâtre et des écritures ». La programmation, riche et variée, s'adresse « aussi bien à l’habitué des salles de théâtre qui a tout vu, tout lu, comme à celui qui ne vient qu’une fois l’an « picorer » quelques instants... ». Encore faut-il accepter de se montrer un tout petit peu curieux, quitte à s'aventurer vers des univers peu familiers. Par exemple, prendre part au Carnaval des somnambules, invitation au rêve mise en scène par Aurélien Villard, un artiste originaire de Saint-Antoine (jeudi 28 et vendredi 29 à 21 h 30). Ou bien entrer dans une cabine à projections pour « explorer des textes » (dès 9 ans, tous les jours, à partir de 14h dans la Grande Cour), voire assister à ces « impromptus » quotidiens sous les tilleuls de la Grande Cour (à 13 h).
L'aventure peut aussi prendre la forme d'une balade poétique en calèche (En voiture ! vendredi 29 à 16h), d'une pérégrination poétique matinale (tous les jours à 9 h 45) ou d'un échange avec des artistes, notamment lors de l'une de ces visites nocturnes proposées chaque soir (20 h 30) par l'association des amis des Antonins. Les enfants sont quant à eux invités à entreprendre Un mystérieux voyage en forêt (jeudi 28 et vendredi 29 à 16 h) ou à se laisser embarquer dans une pièce de théâtre ciné-marionnettique cousue... De fil blanc (samedi 30 à 17h). Concerts gratuits et séances de lecture dans les rues du village font également partie du bouquet.
Miroirs du monde
On l'aura compris : tous les moyens sont bons pour conduire le public à porter « un regard nouveau, tant sur la création contemporaine que sur le patrimoine local ». La femme cible, « cabaret monstrueux » programmé à 23 h dans le jardin médiéval (jeudi 28 et vendredi 29 juillet) illustre bien cette étonnante association. Mais le théâtre, la musique, la poésie et la culture, tels que les conçoivent les organisateurs du festival, ne relèvent pas que du divertissement. Ce sont aussi des miroirs qui « parlent de nous, de notre monde », indique Jacques Puech, le directeur artistique de Textes en l'air. C'est ce que démontre Bruno Thircuir, avec son adaptation bouleversante de Rue des voleurs, le roman de Mathias Enard. La pièce raconte avec une cruelle lucidité le parcours chaotique d'un jeune marocain rêvant d'un avenir meilleur qui, aveuglé par la peur, en vient à tuer son meilleur ami (camion-théâtre, vendredi 29 et samedi 30 à 18 h 30). Après les attentats de 2015 et du 14 juillet dernier, ce spectacle nous rappelle que le théâtre contribue aussi à nous aider à penser un monde que l'on ne comprend plus.
Marianne Boilève
Programme complet du festival sur textesenlair.net ou dans les offices de tourismes du Pays du Sud Grésivaudan (Vinay, Pont-en-Royans, Saint-Marcellin et Saint-Antoine-l'Abbaye).