Accompagner la mise en place de circuits de proximité (hors restauration collective)
Le poids économique du marché alimentaire en Isère était estimé en 2010 à 2,5 Md€ avec une part de 18% consacrée aux produits locaux (soit une valeur économique théorique de 450 M€). Les circuits courts, quant à eux, représentaient 15% du total initial. Les circuits de proximité prennent de nombreuses formes : paniers, points de vente collectif, commerce de détail, e-commerce, restauration, marchés de plein vent, jardins solidaires, restauration collective (cette dernière a fait l'objet de l'atelier 5, organisé le 29 septembre 2015 à Méaudre). Par ordre d'importance, les formes suivantes s'imposent : vente à la ferme, marchés de plein vent, commerce de détail & points de vente collectif (tous produits concernés). A noter enfin qu'un tiers des exploitations est adepte d'un ou plusieurs circuits courts (les 2/3 en bio).
De nombreuses parties prenantes accompagnent, parfois depuis fort longtemps, le développement des circuits de proximité :les collectivités par un soutien aux magasins paysans, l'organisation des marchés de plein vent, l'accompagnement des porteurs de projets, les Chambres consulaires à travers un accompagnement des acteurs professionnels, l'ADABIo, à l'origine de la plateforme « Manger bio » et des campagnes « Manger bio et local », ainisi que de nombreuses initiatives privées (ventes à la ferme, AMAP, etc).
Etat des lieux en Isère
On dénombre en Isère 218 marchés de revendeurs et/ou de producteurs répartis sur 162 communes ; le territoire de la Métropole grenobloise compte lui-même 115 tenues de marchés hebdomadaires, dont 71 dans la seule commune de Grenoble. Les 9 magasins de producteurs du territoire de projet sont plutôt bien fréquentés, quoique des signes de saturation apparaissent (à l'exception notable de l'agglomération grenobloise). La vente en ligne ou en paniers ne représente qu'une petite partie des circuits courts ; elle se décline cependant par de nombreuses initiatives. Concernant les AMAP, par exemple, 69 sont à l'oeuvre en Isère, animés par 200 producteurs qui alimentent 2 500 foyers. A noter qu'il ne s'en crée que très peu ce qui montre, également, une certaine saturation en tout cas sous la forme du déploiement tel qu'il s'est effectué jusqu'à présent. Enfin, il faut noter l'utilisation croissante de produits locaux dans l'événementiel sportif & culturel dont les manifestations sont nombreuses dans le territoire de projet.
Au plan du choix proposé aux consommateurs, cette notion de proximité s'illustre par de multiples indications concernant l'origine des produits, laquelle ne renseigne pas forcément sur une localisation géographique précise, mais témoigne d'une attention particulière apportée à ladite production. Ainsi, se cotoient sur les étalages les labels et marques territoriales suivantes : marques « Parc » dans les PNR du Vercors et de Chartreuse, AOP (Bleu du Vercors-Sassenage, Picodon, Noix de Grenoble, Clairette de Die et Vins de Chatillon), IGP Saint-Marcellin, Label Rouge (ravioles de Saint-Jean), marque « Bienvenue à la ferme » (à l'initiative de la Chambre d'agriculture), marque « Accueil paysan », « Terres d'ici » (produits du territoire de l' « Y Grenoblois »). A quoi s'ajoutent d'autres labels (AB, montagne, produits fermiers...).
Le constat dressé par les participants à l'atelier
Lorsqu’on réfléchit circuit de proximité, on est obligé de considérer l’ensemble des composantes qui forment ce lien entre offre et demande, c’est-à-dire du producteur au consommateur. En tant que consommateur, où s’adresser pour obtenir une offre locale et comment l’identifier ? En tant que producteur, où rencontrer le consommateur et comment savoir quelles sont ses attentes ? Chaque atelier s’est efforcé, peu ou prou, de répondre à ces questions dans son périmètre d’investigation puisque dès l’origine, le défi fondamental et commun à ces 6 ateliers consiste à « mettre davantage de produits locaux dans l’assiette du consommateur ». Reste qu’à travers cette réflexion autour des circuits de proximité, s’impose rapidement la diversité des formes de production, de consommation, et de circuits/outils commerciaux.
Les consommateurs montrent également des profils différents et, pourrait-on écrire, à chaque profil correspond une stratégie d’approvisionnement particulière. Pourquoi la grande distribution s’est-elle imposée ? Parce qu’elle permet notamment d’optimiser le temps consacré à l’achat alimentaire. Cet impératif s’impose également aux restaurateurs, prêts à travailler des produits locaux à condition de ne pas avoir à signer de multiples bons de commande destinés à autant de producteurs. Cette perspective renvoie, une fois de plus, au regroupement de l’offre, à la mise en réseau, à la coordination entre opérateurs.
Les marchés de plein vent
Rares sont les participants à cet atelier sans point de vue sur ce sujet. Que ce soit le producteur qui déplore les difficultés rencontrées pour obtenir un emplacement ou le consommateur qui ne sait pas quel étal propose vraiment des produits locaux faute de signalétique appropriée. On peut noter aussi une concurrence entre producteurs et commerçants alors que tous font fonctionner l’économie. On observe égaleent que de nombreuses communes veulent disposer d’un marché, mais que les exigences de l’agriculture obligent le producteur à se concentrer sur les créneaux de meilleure affluence. Toutefois, les participants de l’atelier s’accordent sur le fait que les marchés de plein vent sont des lieux de vente formidables, qui permettent une vraie mise en relation entre producteurs et consommateurs. Peut-être alors faudrait-il réfléchir à leur harmonisation par bassin de consommation ou entité territoriale, à une information claire et commune qui aiderait le consommateur à mieux s’orienter, à une mutualisation, entre producteurs, de moyens humains ou matériels (un camion frigorifique par exemple) afin de réaliser des économies d’échelle ? Peut-être aussi faut-il plaider en faveur d’un « carreau des producteurs » au sein des marchés les plus attractifs ?
Sélection de dix propositions d'action
• Créer une instance de gouvernance et de coordination entre collectivités et professionnels afin de mieux identifier les besoins et les moyens à mettre en commun.
• Inciter à la mise en place de réseaux de producteurs, basés sur la proximité géographique, pour une mise en commun de moyens (équipement, moyens humains) ou une commercialisation via les équipements structurants (ex. : projet de « carreau des producteurs locaux au MIN de Grenoble), et dédier des moyens d’animation pour ce faire.
• Mettre à la disposition des producteurs des conseillers chargés de les aider à optimiser/anticiper leur stratégie commerciale (y compris règles d’hygiène, communication, etc.).
• Sensibiliser les communes sur l’intérêt de permettre aux producteurs locaux de s’installer sur les marchés de plein vent, mais également de se coordonner entre communes voisines pour éviter la concurrence entre marchés.
• Encourager les regroupements de producteurs et la mutualisation de moyens (techniques : véhicules, chaîne de froid et humains) de manière à leur permettre d’occuper plusieurs marchés tout en faisant des économies d’échelle.
• Installer un grand magasin de producteurs locaux des 6 territoires au centre de Grenoble ; ouvert aux artistes locaux et à l’artisanat d’art ; évaluer l’impact pour étendre vers les grandes stations (les Deux-Alpes par ex.).
• Référencer dans un portail internet unique l’ensemble des informations sur les différents circuits de proximité, les producteurs, plateformes, artisans, transformateurs ; prévoir plusieurs entrées : particulier, professionnel, collectivité ; avec localisation géographique, horaires, types de produits, marques et labels, etc.
• Montrer l’exemple d’un recours accru aux produits locaux par les collectivités, associations, structures d’appui à l’activité économique, etc., lors de leurs réunions, séminaires, journées portes ouvertes, cérémonies, buffets et autres pots de bienvenue.
• Faciliter la logistique et la livraison des circuits de proximité en étudiant un partenariat avec Trans’Isère : transport du fret en soutes avec colisage et glacières adaptées.
• Créer une monnaie locale ou adapter des formes existantes pour des achats locaux de produits locaux, à l’exemple de l’élef monnaie locale et citoyenne du bassin chambérien, ou des chèques-cadeaux en Chartreuse.
Source : Synthèse générale des ateliers étalie par le cabinet Médiation et Environnement, novembre 2015