La valorisation des productions iséroises au service de la résilience
La valorisation des agricultures était au cœur des échanges de la dernière session de la Chambre d’agriculture de l’Isère. Des politiques mises en œuvre à l’accompagnement technique réalisé, l’Isère se présente comme un département engagé.
« La géopolitique instable est installée durablement, lance Aurélien Clavel, le président de la Chambre d’agriculture de l’Isère, lors de la dernière session de l’organisme consulaire, qui s’est tenue le 12 mars à Moirans. Et ce sont nos fermes qui en subissent de plein fouet les effets (hausse du GNR, flambée des prix des engrais, augmentation des prix des plastiques…), avec en conséquences, des charges qui explosent et des exploitations au bord de la rupture. »
Convaincu que leur résilience est une condition de survie, le responsable cherche les moyens que la chambre d’agriculture peut mettre en œuvre pour aider les agriculteurs à « encaisser les coups ». Si l’organisme consulaire ne peut pas « résoudre toutes les problématiques », il peut « apporter des pierres à l’édifice ».
D’où le travail réalisé en matière de valorisation des agricultures dans les domaines de la transformation fermière et des circuits courts. Présenté lors de cette session, il a pour objectif de permettre aux exploitations de retrouver de la valeur.
Formations collectives et conseils individuels
Fanny Corbière, cheffe du service élevage, a présenté l’équipe de valorisation des agriculture qui est rattachée à son service. Trois techniciennes sont dédiées à la transformation fermière, Sandrine Anselmet, Sophie Thérond et Elodie Frigui. Elles partagent leur temps entre la chambre d’agriculture et l’Association des producteurs fermiers de l’Isère (APFI). Deux conseillères sont en charge de la commercialisation en circuits courts, Virginie Thouvenin et Gaëlle Aubert. Et trois personnes sont investies dans la promotion de l’agriculture, de ses métiers et des produits isérois : Sonia Coin, Gaëlle Aubert et Isabelle Avocat.
Entre les formations collectives et les conseils individuels, le travail de Sandrine Anselmet et de Sophie Thérond est technique, pour aider à la création d'un nouveau produit ou à la correction de défauts de fabrication, sanitaire, pour aider à l'interprétation des résultats d'analyses microbiologiques non satisfaisants, et réglementaire, pour vulgariser et diffuser les informations auprès des producteurs fermiers. « Notre objectif est aussi de les accompagner et de les responsabiliser, expliquent les conseillères. Car en se formant, ils garantissent eux-mêmes la qualité sanitaire et organoleptique ou gustative de leur produit. »
Eux-mêmes adhérents à l’APFI, et membres de la chambre d’agriculture, Raphaël Gaillard et Jordan Desimone, ont salué la qualité de leur travail et leur engagement, notamment en situation de crise, soulignant à quel point il est important que les agriculteurs se forment pour transformer leurs productions et les commercialiser. « Ce n’est pas parce qu’un produit est bio ou fermier, qu’il est bon et qu’il se vendra facilement », insiste Raphaël Gaillard.
Communication ciblée
Pour accompagner les agriculteurs dans leurs réflexions et les aider à se réapproprier les leviers mobilisables en matière de commercialisation, Virginie Thouvenin et Gaëlle Aubert ont également partagé l’accompagnement collectif et individuel qu’elles proposent.
Estimant que certains secteurs d’activités ou géographiques commençaient à se tendre en termes de concurrence, Virginie Thouvenin évoque les études de marché et les formations qu’elle propose, qui permettent aux exploitants de travailler leur argumentaire, et de clarifier leur stratégie commerciale, ainsi que leurs techniques de vente.
« Je souhaite qu’elles soient accessibles à tous et à tous les types de projets. Au moment où on s’installe, et durant la vie de l’entreprise, car il faut toujours ajuster sa stratégie et compléter sa boîte à outils de compétences. » Elle rappelle la longue expérience de la chambre d’agriculture en matière de points de vente collectifs -le premier a été créé en 1988-, et explique que l’enjeu est d’accompagner cette phase de maturité des magasins, en particulier lorsqu’il y a des conflits de génération entre les nouveaux et les anciens associés.
Il s’agit aussi de travailler sur la mutualisation de certaines fonctions, notamment au niveau de la communication, pour améliorer le fonctionnement de ces magasins. De son côté, Gaëlle Aubert a détaillé l’accompagnement réalisé auprès de ces points de vente, qu’il s’agisse de réglementation, de communication, de stratégie commerciale, de résultats économiques ou d’aide au fonctionnement du groupe.
Sonia Coin a ensuite présenté les opérations de promotion réalisées auprès du grand public, telles Prenez la clé des champs, Bienvenue à la ferme, le marché de Noël à Centr'Alp, ou des actions plus ponctuelles qui permettent une mise en réseau des différents participants. Toutes bénéficient d’une communication ciblée (médias, réseaux sociaux…). Leur objectif est de discuter avec le grand public, de promouvoir les métiers de l'agriculture et les produits isérois, de créer du lien…
Une boutique IsHere
Comme l’a souligné Sandrine Gourdain, vice-présidente de la Chambre d’agriculture de l’Isère, la valorisation des agricultures joue un rôle dans chacun des engagements pris dans cette mandature. « Elle permet d’accompagner le renouvellement des générations en favorisant l’innovation et la résilience des exploitations, de maintenir et d’améliorer leur stabilité, de favoriser un meilleur partage de la valeur dans les filières, et de soutenir une agriculture forte dans tous les territoires. »
Fort de son expérience, Jérôme Jury, arboriculteur à Saint-Prim et vice-président de la chambre, est persuadé que l’organisme est dans le vrai en conduisant ce travail. Selon Aurélien Clavel, « ce sujet des circuits courts et de la commercialisation est extrêmement important. Nous allons continuer nos travaux et nous engager encore davantage dans le domaine de la Restauration hors domicile, dans lequel il y a encore des parts de marché à prendre », indique-t-il.
Pour Cyrille Madinier, vice-président du Département de l’Isère en charge de l’agriculture, la valorisation des productions est aussi un axe majeur de la politique agricole de la collectivité. C’est pour cela qu’elle a créé la marque IsHere pilotée par le Pôle agroalimentaire (PAA). C’est également pour cela qu’elle aide les organismes agricoles dans leur fonctionnement. L’élu précise qu’« en 2026, une enveloppe de près d’1,8 millions d’euros est prévue pour ceux qui accompagnent les agriculteurs ».
Considérant que la marque est « une chance pour l’agriculture iséroise », il estime que « le Département est conscient du travail qu’il reste à faire, mais aussi fier des résultats déjà obtenus ». Il annonce la création d’une boutique IsHere dans le centre-ville de Grenoble au mois de mai prochain, qui facilitera l’accès des consommateurs à ces produits et renforcera la notoriété de la marque. Enfin, il plaide pour que l’ensemble des acteurs concernés -le Département, le PAA, la chambre d’agriculture- continuent de travailler ensemble sur ces questions, « à travers la structuration des filières, afin que les agriculteurs maîtrisent leurs coûts de production et puissent se positionner sur les segments de marché les plus pertinents ».
Isabelle Brenguier
En bref
Filières végétales
Après le succès du premier comité d’orientation de l’élevage, la Chambre d’agriculture de l’Isère prévoit d’en organiser un pour les filières végétales.
Fonds d’urgence céréales
Ségolène Naville, la cheffe du service agriculture de la Direction départementale de l’Isère, a présenté le fonds d’urgence de soutien à la filière céréalière, oléagineuse et protéagineuse en Isère. La clôture de ce dispositif est prévue le 6 avril 2026.
France service agriculture
Une phase de test est actuellement lancée pour expérimenter le réseau France service agriculture, institué par la loi d’orientation agricole pour le renouvellement des générations. Le département de l’Isère fait partie des pilotes pour la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Équilibre sylvo-cynégétique
Devoir de réserve oblige durant cette semaine préélectorale, la préfète de l’Isère, Catherine Seguin était absente des travaux de la Chambre d’agriculture de l’Isère. Elle sera cependant sollicitée via un courrier envoyé par l’organisme, sur le dossier faune sauvage et la rupture sylvo-cynégétique observée dans certains territoires. Il faut « passer d’objectifs de moyens à des objectifs de résultats », alerte Hubert Avril, en charge du dossier.
Carburant
La FDSEA et les Jeunes agriculteurs de l’Isère ont envoyé un courrier à tous les députés et sénateurs du département pour les alerter de la hausse des carburants. « Nous leur demandons de veiller à ce que certains n’en profitent pas et de faire en sorte que la baisse qui devra intervenir à un moment ou à un autre, soit aussi rapide que la flambée des prix », indique Josselin Dubost, secrétaire général de la Chambre d’agriculture de l’Isère.
Facturation électronique
Pour accompagner les agriculteurs isérois dans le passage à la facturation électronique, l’organisme consulaire organisera deux réunions d’informations en avril et juin prochains. La Direction départementale des finances publiques (DDFIP) et un partenaire expliqueront la réforme et sa concrétisation et présenteront une ou plusieurs plateformes.
30 ans de La Clé des champs
Les 9 et 10 mai prochains, l’évènement La clé des champs fêtera ses 30 ans. A cette occasion, une trentaine de fermes ouvriront leurs portes au grand public, pour beaucoup dans les territoires du Vercors et du Sud-Grésivaudan.
IB
Une délibération contre le Lyon-Turin
C’est peu dire que le projet Lyon-Turin est un sujet qui fâche. Qu’il s’agisse des emprises irréversibles de foncier agricole, des compensations environnementales sur les surfaces agricoles qu’il va entraîner, du fait que ce projet va à l’encontre des objectifs de zéro artificialisation nette d’ici à 2050 et de nombreuses autres problématiques, les représentants de l’organisme consulaire s’y opposent. Ainsi, suite à une motion proposée par la Confédération paysanne lors de la dernière session de la Chambre d’agriculture de l’Isère et à une délibération adoptée par la Chambre d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes qui a fait consensus auprès des quatre syndicats d’exploitants, la Chambre d’agriculture de l’Isère a aussi adopté une délibération sur ce sujet. Ses représentants demandent aux agriculteurs de les alerter quand ils font l’objet de sollicitations.
IB