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« Se préparer à la prochaine crise »

Protection sociale / Après une année électorale, la DNC et avant sa Convention d’objectif et de gestion, la MSA Alpes du Nord a tenu son assemblée générale à Saint-Ismier, le 24 avril dernier.

Par Isabelle Doucet
« Se préparer à la prochaine crise »
© ID TD
René Féchoz, président de la MSA Alpes du Nord.

«J’ai répondu avec mon cœur et ce fut la mission la plus importante que j’ai eue à accomplir depuis que je suis délégué MSA ». Marc Morand est délégué MSA Alpes du Nord. Il a été sollicité, en juillet 2025, par René Féchoz, le président de la MSA, pour aller à la rencontre d’un exploitant touché par la DNC et dont l’entièreté du troupeau devait être abattu.

Car le retour sur la gestion de la crise de la DNC a été le sujet de la table ronde organisée le 24 avril dernier à Saint-Ismier, lors de l’assemblée générale de la MSA Alpes du Nord. « On se devait d’être là, indique le président, dès l’annonce et auprès de tous les éleveurs. Notre rôle a été de soutenir la personne, avec une présence physique et en mobilisant l’ensemble de nos services, aide au répit, aide administrative, soutien psychologique, report de cotisations etc. »

Cette crise a été l’occasion pour la MSA d’éprouver l’efficacité de ses moyens et sa capacité à les mettre en œuvre dans l’urgence. « On prend les choses en pleine figure », explique à son tour André Pernet-Coudrier, éleveur haut-savoyard et délégué MSA touché par la DNC, qui fut accompagnant avant d’être foyer. 

Il dit la difficulté à comprendre ce qui se passe au moment de l’annonce puis l’intérêt d’avoir quelqu’un au bout du fil, « une assistante sociale, un délégué, pour ne pas se sentir tout seul, nous aider, alors que c’était une exploitation qui tournait bien ». Huit mois après, il reçoit encore des appels. « Je dis, oui, on est reparti. »

Dans le secteur de Faverges, il a participé à des groupes de parole et apprécié la coordination de tous les services : MSA, chambre d’agriculture, banques etc. « Personne n’a marché sur les pieds des autres. C’est là que nous avons été bons en gestion. »

Ultrasensible, le sujet a donné lieu à quelques débordements, nourris par la détresse et des messages contradictoires venant de personnes mal informées.

Dans ces cas-là, René Morand parle « d’un accompagnement à plusieurs, d’un geste, d’un regard, d’un mot, de la compassion et de la solidarité », afin que l’éleveur accepte l’évaluation de son troupeau puis l’abattage.

« À Faverges, on est tous ensemble, témoigne à son tour Mélanie Rivollet, salariée d’une exploitation également touchée par la DNC. Cela fait du bien que quelqu’un appelle et prenne des nouvelles. »

Un rôle évident

L’été dernier, la maladie a frappé aux portes de l’Isère sans jamais y pénétrer. Une trentaine de suspicions, sept réunions réunissant plusieurs centaines d’éleveurs, une zone réglementée de 120 communes et 660 élevages : la priorité a été donnée à l’information, au partage de l’information et à l’axe collectif.

Jean-Luc Delrieux, le directeur de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de l'Isère, rappelle « la rapidité de la propagation de la DNC » et « l’importance d’aller chercher tous ceux qui savent un bout du sujet ».

Mais pour faire les annonces, ça, « les services de l’État ne savent pas faire ». Le rôle de la MSA a été « une évidence ». Il salue « un réseau, des compétences, des relais d’information dans les deux sens », dans un environnement « changeant ».

Jean-Luc Delrieux indique encore que « la DNC n’est pas un sujet passé » — elle est revenue en Sardaigne – et que tous les acteurs qui ont contribué à la juguler resteront « main dans la main pendant longtemps ».

Olivier Damaisin, coordinateur national interministériel du plan prévention mal-être en agriculture, était l’invité d’honneur de cette assemblée générale. Il constate combien la DNC a pu être gérée de façon efficiente dans les deux Savoie et en Isère.

« Je pensais qu’il y avait de la communication entre les instances dans les autres départements, mais non, c’est un souci », déclare-t-il au sujet de l’épineuse gestion dans le Sud-Ouest. « Ici tout s’est bien passé dans le travail entre les équipes. Il n’y a pas eu de drame, alors que c’était un drame pour tout le monde. La ministre a dit : vous êtes des héros, ajoute-t-il. Le but de ces crises est de remettre l’humain en priorité. »

Car, comme le dit René Féchoz : « on avait tendance à penser aux animaux. Au début, on était traité comme des collabos. Mais quand on disait qu’on était là pour eux, les gens nous regardaient différemment. Toute la mécanique de la MSA a été au rendez-vous et nous avons été aidés par les départements pour mettre en œuvre le RSA car les agriculteurs se sont retrouvés sans revenu du jour au lendemain. »

Le maillon faible

Les contrecoups de cette crise risquent de se faire sentir encore pendant longtemps. « Tous les éleveurs ont été victimes de la DNC, avance Jean-Luc Delrieux, ceux en première intention, mais aussi ceux qui ont perdu beaucoup d’argent car ils ne pouvaient plus vendre ». 

Olivier Damaisin souligne « le travail fait par la MSA auprès des exploitants, de leurs salariés et de toute leur famille ». Il inclut les vétérinaires, dont certains se sont fait agresser.

« La vraie vie ne va pas revenir en s’occupant seulement du sanitaire. Que ce soit la DNC ou d’autres maladies, nous devons rester vigilants », lance René Féchoz. Le directeur de la MSA Alpes du Nord, informe qu’un « bilan des actions mises en place » est en cours de réalisation pour voir les pistes d’amélioration « et se préparer à la prochaine crise ». Une certitude.

Interrogé sur l’anticipation de cette maladie, le DDPP explique qu’il n’est pas possible « de se préparer à tout en permanence ». Dans le cadre de la prévention « le maillon faible reste l’homme », à l’origine du déplacement des animaux alors même que ce n’était pas autorisé.

Il insiste : « Il faut surveiller cette maladie et les autres, avoir le courage d’alerter, prendre sa part de responsabilité dans les mouvements et vacciner, même si la seule vaccination ne peut apporter la sérénité. »

André Villard, agriculteur à la retraite, a fait valoir qu’il « ne faut pas oublier ni l’aviculture, ni les élevages porcins qui eux aussi ont les mêmes soucis sanitaires et dont on parle peu ». René Féchoz a répondu que la MSA était là « pour s’occuper de toute la profession agricole ». n

Isabelle Doucet

« Nous avons besoin de vous »

Budget / Le contrat d’objectif et de moyens de la MSA est en cours de négociation. Tout le réseau est mobilisé pour défendre le modèle mutualiste agricole.

« Nous avons besoin de vous »
ID TD
René Féchoz, président de la MSA Alpes du Nord.

136 041 adhérents (-1,8 % par rapport à 2024) : 11 835 chefs d’exploitations ; 40 977 salariés et 4 646 employeurs. Tous ces effectifs sont en légère baisse.

Montant des prestations versées : 534 M€ (+ 1,9 %) dont 317 M€ de retraites et 147 M€ de santé.

Montant des cotisations et contributions : 380 M€ (-3,8 %)

En 2025, 3 600 dossiers de retraite et 1 935 dossiers d’aide au logement ont été traités ainsi que 355 demandes de RSA dont 30 dérogatoires DNC.

Le soutien aux agriculteurs :

Réagir Isère et Réagir Savoie ont accompagné 768 exploitants dont 557 en Isère ;

565 échéanciers de paiement mis en place ;

640 500 euros de prises en charge de cotisation (-18 %)

222 exploitants bénéficiaires de l’aide au répit, soit 2 524 jours de remplacement pour un montant de 534 000 €. n

La MSA Alpes du Nord en chiffres (2025)