La facturation électronique entre en jeu
A compter du 1er septembre 2026, les entreprises françaises seront obligées d’émettre et de recevoir leurs factures de manière électronique. Le directeur du Cerfrance Dauphiné Provence, Matthieu Ziegelmeyer, décrypte ce passage obligé.
D’ici au 1er septembre 2026, l’échéance peut paraître lointaine. Mais pour les entreprises soumises à l'obligation d'émettre et de recevoir des factures électroniques (1), c’est demain et même déjà aujourd’hui, comme l’indique Matthieu Ziegelmeyer, le directeur du Cerfrance Dauphiné Provence.
Etant donné le bouleversement qu’elle va représenter dans la vie des entreprises, y compris des exploitations agricoles, il convient de ne pas attendre la dernière minute pour s’y intéresser et désigner une plateforme permettant sa mise en œuvre.
« Nous sommes engagés dans cette transition depuis plusieurs années. Pour qu’elle se passe au mieux pour nos adhérents, nous avons organisé plus d’une quarantaine de réunions dans les trois départements, qui ont intéressé pas loin de 1 000 personnes, dont certaines n’avaient jamais suivi une formation, rapporte le directeur. Cette forte participation met en exergue la préoccupation, voire la grande inquiétude, que représente cette obligation ».
Si globalement, les chefs d’entreprise concernés ont eu l’information -près de 40 % des adhérents du cabinet comptable ont déjà fait le choix de leur plateforme dématérialisée, le travail de sensibilisation reste en cours. Les collaborateurs du CerFrance comptent mettre à profit les prochains rendez-vous avec leurs adhérents au motif des déclarations PAC, des clôtures de compte, des déclarations d’impôts, qui vont avoir lieu dans les prochaines semaines, pour continuer de présenter la facturation électronique.
« Notre volonté est de ne laisser personne sur le bord du chemin, assure Matthieu Ziegelmeyer. Nous sommes confiants dans l’idée de sensibiliser tout le monde avant septembre, mais nous sommes encore dans la phase où nous devons convaincre ». D’autant que les profils des chefs d’entreprise et leur rapport au digital sont variés, « entre ceux qui sont informatisés depuis très longtemps et ceux qui en sont très éloignés, certains n’ayant pas d’adresse mail ».
Des coûts supplémentaires
Il en est pour qui cette réforme sera facilitante et structurante. « Il ne faut pas penser qu’aujourd’hui, la situation est idéale. Les factures sont envoyées par différents canaux et il n’est pas toujours évident de les rassembler. Incontestablement, la facturation électronique va fluidifier leur circulation, offrir un accès tout au long de l’année et plus complet aux informations des entreprises et permettre leur stockage sur le long terme, plaide le directeur. Ainsi, il y aura la création d’une chaîne qui ira de l’automatisation de la facture de l’adhérent jusqu’à l’écriture comptable. »
Mais pour d’autres, souvent les plus fragiles, il s’agira d’une contrainte supplémentaire. Si certains d’entre eux parviendront à prendre ce virage, quitte à déléguer cette tâche à un prestataire moyennant finance, d’autres n’y arriveront pas. « Il y a des exploitants qui vont faire valoir leurs droits à la retraite alors que jusqu’à présent, cela ne faisait pas partie de leurs projets », souligne le directeur du CerFrance.
Pour tous cependant, cette évolution entrainera des coûts, car la facturation électronique ne pourra se faire ni sans logiciel, ni sans plateforme. « Qui dit automatisation ne veut pas dire absence de frais, insiste Matthieu Ziegelmeyer. Et les logiciels sont de plus en plus onéreux », rappelle-t-il.
Pragmatique, le directeur du cabinet comptable cite les coûts qu’ils vont représenter, de l’ordre de 19 euros par mois pour les entreprises « standards » au bénéfice réel (10 euros pour la plateforme et neuf pour le logiciel), de l’ordre de 7 euros pour les plus petites (2,50 pour la plateforme et 4,50 pour le logiciel). « Pour autant, nous ne mesurons jamais les frais de traitement d’une facture papier. Ils ont aussi un coût », nuance-t-il.
Isabelle Brenguier
(1) A compter du 1er septembre 2026, les grandes et les entreprises de taille intermédiaire ont l’obligation d’émettre des factures et les petites de les recevoir. A compter du 1er septembre 2027, toutes devront émettre et recevoir.
Des situations contrastées
L’analyse des premiers résultats 2025 de la ferme Isère fait état de performances favorables pour les exploitations d’élevage. Mais les données sont bien plus nuancées pour les autres filières, voire particulièrement désavantageuses pour les grandes cultures.
S’appuyant sur une base de 7 000 exploitations des huit départements de Rhône-Alpes, le CerFrance Dauphiné Provence vient de produire les premières données économiques du millésime 2025. L’indicateur utilisé par le cabinet comptable est la marge d’orientation par unité de main-d’œuvre (1).
« Les filières d’élevage ont connu une bonne année en termes de performances économiques, rapportent Matthieu Ziegelmeyer et Didier Brechet, le directeur et le président de la structure. Grâce à un prix du lait qui a dépassé les 500 euros/1 000 litres, des co-produits (veaux, vaches de réforme) à +13 %, et des charges opérationnelles en baisse, les résultats de la production bovin lait conventionnel ont atteint de très hauts niveaux. Mais attention, ce sont certainement les bons niveaux, car nous savons que le prix d’équilibre est à 461 euros. S’ils sont payés moins, les éleveurs laitiers ne se rémunèrent pas ou ne se rémunèrent pas correctement. En bovins viande aussi, les chiffres sont satisfaisants et devraient encore monter quand nous aurons ceux de l’année entière, car le deuxième semestre a également été très favorable ».
Pour les grandes cultures, les données sont bien différentes. « Cela fait trois années de suite que la moyenne de la marge d’orientation des producteurs de céréales est négative. Les trésoreries ont pu tenir le coup les deux premières, mais là les exploitants piochent dans les réserves. Il est impossible pour eux de se dégager un revenu. Il en est même qui s’interrogent sur le fait de semer. Certes, ce sont des filières habituées à subir des variations, soumises aux aléas internationaux, mais là, quand les mauvaises années s’enchaînent, cela devient très compliqué », expose Matthieu Ziegelmeyer. « Les producteurs ne feront pas dix ans comme cela. Leur moral est vraiment dans les chaussettes », ajoute Didier Bréchet. Le directeur de l’établissement avance cependant que la situation pourrait s’améliorer. Les cours élevés du pétrole pourraient profiter aux céréales, dans la mesure où les producteurs américains et brésiliens vont certainement se tourner vers la production d’éthanol, offrant ainsi de nouvelles perspectives aux agriculteurs Auralpins.
Evoquant les filières arboricoles, les deux responsables font état d’écarts très importants selon les fruits produits, la géographie ou les aléas climatiques, à la hausse, comme à la baisse. Ils indiquent néanmoins une année correcte pour ces productions, émettant une réserve concernant la cerise, où ils observent une tendance à l’arrachage. Dans le domaine viticole aussi, ils remarquent des situations différentes selon les lieux, entre le secteur des Côtes-du-Rhône septentrionales où les résultats restent positifs, et la partie sud de la région qui souffre d’une crise profonde et structurelle, liée à une baisse de consommation fondamentale. « C’est une filière qui cherche à se rediversifier, mais à court terme, cela reste très compliqué », observe Matthieu Ziegelmeyer.
IB
(1) De l’EBE, on retire toutes les annuités et une rémunération des installés à hauteur d’1,5 Smic. C’est ce qui sert à consolider une trésorerie ou à réinvestir.
L’activité du CerFrance Dauphiné Provence en bref
Le CerFrance DP compte 5 600 adhérents-clients implantés en Isère, dans la Drôme et dans le Vaucluse. Son chiffre d’affaires est de 17,2 millions d’euros. En 2025, l’activité du cabinet de conseil et d’expertise comptable a été stable par rapport à l’année précédente.
En juin dernier, la structure a inauguré son nouveau siège social au sein du parc d'activités de Lautagne à Valence, « un site de 900 mètres carré, idéalement placé pour être central sur l'ensemble de nos territoires qui vont d'Avignon (84) le plus au sud à Crémieu (38) le plus au nord », selon son président Didier Bréchet, éleveur laitier dans le Nord-Isère.
Revenant sur la fusion opérée entre les CerFrance des trois départements, le responsable évoque « une organisation bien structurée entre les trois territoires -qui ne sont pas les trois départements-, les administrateurs qui en amont de l’officialisation du rapprochement réfléchissait déjà à l’échelle Dauphiné Provence, et une bonne osmose au niveau des collaborateurs ». A l’instar d’autres cabinets comptables, la structure a appréhendé après le covid deux années « traumatisantes » en termes de turn-over. Elle connaît maintenant une nouvelle stabilité propice aux perspectives de développement. Parmi les pistes de travail, elle se tourne vers une offre d’audit à 360° pour permettre aux chefs d’entreprise de faire le point sur l’ensemble de leur situation, dans les domaines économiques, environnementaux et sociaux.
Lors de son assemblée générale qui s’est déroulée de façon dématérialisée courant mars, le Cer France DP a fait entrer deux nouveaux administrateurs : Laurent Pegoud, avocat isérois, et Olivier Serres, oléiculteur et viticulteur dans la Drôme.
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