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Montagne

En haut, les solutions viennent de la base

Montagne / Lors du salon Mountain planet, qui s’est déroulé du 22 au 24 avril à Grenoble, le sujet de l’adaptation des territoires montagnards au changement climatique a nourri de nombreux débats.

Par Isabelle Doucet
En haut, les solutions viennent de la base
© ID TD
Table ronde le 22 avril à Grenoble sur la montagne sous tension.

Si les JO de 2030 dans le massif alpin étaient à l’esprit de tous les participants du Salon Mountain planet qui se déroule tous les deux ans à Grenoble et réunit tous les acteurs politiques et économiques de la montagne, le poids du changement climatique était au cœur des réflexions, du 22 au 24 avril à Alpexpo.

De mémoire de montagnard, la journée du 17 avril dans les Alpes a battu tous les records de chutes de neige et d’avalanches, dont le niveau de risque atteignait la cote maximale. La saison a aussi été particulièrement meurtrière avec 32 décès dans des avalanches en France (source Anena), soit onze de plus que l’an passé.

Le dernier rapport du SDSE (1) indique par ailleurs que la France est le pays d’Europe le plus exposé aux risques naturels, devant l’Italie et très loin devant les autres pays. Inondations, tempêtes, feu de forêt composent ce détonant cocktail d’aléas. Il faut ajouter à cela que les Alpes sont une des régions les plus touchées par le changement climatique.

Le thème de la conférence « Montagne sous tension : risques naturels, climat et résilience collective », qui s’est déroulée le 22 avril, voulait cependant aller plus loin que le seul objectif de prévention. Agir pour conserver des territoires attractifs suppose une adaptation en marche forcée.

« Le changement climatique a changé beaucoup de choses dans nos approches et nous oblige à revoir quelques savoirs empiriques », assure Benjamin Blanc, directeur général de la régie de la Vallée des Belleville (stations de Saint-Martin-de-Belleville, Les Ménuires et Val-Thorens). Il parle d’une « adaptation permanente », de changements qui sont aussi sociétaux et met en avant la responsabilité pénale des élus locaux, faisant de la sécurité un des fondements de l’action.

Plus que de résilience, il est désormais question de robustesse, notamment dans la gestion des risques naturels et « dans une société où le risque est de moins en moins accepté ».

L’IA ou l’intelligence artisanale

Présent lors du salon, Michel Fournier, ministre délégué chargé de la Ruralité, cite le rapport intermédiaire remis début avril par l’Anem (2) et le CNM (3) au gouvernement en vue d’élaborer une feuille de route sur l’adaptation au changement climatique des territoires de montagne. Les élus pointent deux enjeux prioritaires que sont l’eau et le logement et souhaitent la mise en œuvre d’un nouveau Plan montagne, l’actuel s’achevant en septembre prochain.

Mais, à un an des élections présidentielles, le ministre n’a pas d’annonce providentielle à faire. Il rappelle cependant les 330 millions d’euros mobilisés par l’ANCT (4) au titre de l’aide à l’ingénierie territoriale, afin de favoriser l’émergence de projets. Il prône une approche transversale qui dépasse les limites administratives des territoires. Mais ne cache pas que des « mesures à prendre seront fondamentalement difficiles face aux enjeux qui vont arriver ».

Rebondissant sur la question de l’eau, de sa ressource et de sa gestion, Benjamin Blanc déclare : « pour bien l’utiliser, il faut bien la connaître ». Un diagnostic à l’échelle de la vallée de 80 000 lits touristiques, suivi de la mise en place d’un logiciel d’aide à la décision « permet d’arbitrer les captages » et d’optimiser les usages.

« L’IA révolutionne beaucoup de choses », assure-t-il en donnant pour exemple le développement d’un autre outil qui cartographie l’accidentologie sur les pistes pour mettre en place les moyens de prévention.

Mais, « il faut garder l’intelligence artisanale », modère le gestionnaire. « Cela consiste à trouver des solutions qui n’avaient pas été imaginées au départ ; être dans le concret », abonde le ministre.

Des raccords spéciaux

Cette intelligence des hommes a été challengée en accéléré dans les Pyrénées-Orientales. Car tous les massifs ne sont pas égaux devant les catastrophes qui sont changeantes. Dans les montagnes du sud, le fléau, c’est le vent qui s’abat par tempêtes et de façon imprévisible.

Sécheresse et vent font bon ménage pour alimenter les incendies comme ce fut le cas dans les Corbières, au pied des Pyrénées l’an passé. « Nous avons installé des raccords spéciaux aux enneigeurs de culture pour que les sapeurs-pompiers aient accès à l’eau », indique Jacques Alvarez, directeur de Font Romeu Pyrénées 2000. Comme la vigne dans la plaine, les pistes de ski en hauteur ont un rôle de coupe-feu.

« Les solutions viendront de la base, insiste Benjamin Blanc. L’avenir de la montagne ne relève pas de directives qui viennent d’en haut. »

Isabelle Doucet

« Inventer des réponses pour appréhender des territoires qui changent »

Politique / Une mission d’information sénatoriale se penche sur les 40 ans de la Loi montagne et la capacité des territoires à absorber le changement climatique.

« Inventer des réponses pour appréhender des territoires qui changent »
© Margot Lhermite
Guillaume Gontard, sénateur de l'Isère.

Les sénateurs Guillaume Gontard (Isère, Écologistes) et Jean-Michel Arnaud (Hautes-Alpes, Union centriste), respectivement président et rapporteur de la mission d’information sur le thème : « Loi montagne, Loi littoral, 40 ans après, quelle différenciation ? », étaient en Isère pour aller à la rencontre des élus et des acteurs de la montagne.

« Notre objectif est d’avoir une vision large de l’application du texte et de faire des propositions », explique Guillaume Gontard, de sorte que la montagne ne soit pas écartée des débats, notamment à l’approche des élections présidentielles. Alors les deux sénateurs ont écouté, rencontré, sondé ceux qui vivent sur le terrain.

La Loi montagne est à la fois une loi de protection de l’environnement et une loi qui garantit le maintien des activités des territoires. « Il y a 40 ans, beaucoup de choses n’étaient pas prises en compte, dont l’impact du réchauffement climatique », poursuit le sénateur.

Une des questions soulevées est celle de l’enneigement des stations de moyenne montagne dont la raréfaction contraint au changement de modèle économique. C’est la raison pour laquelle les deux sénateurs ont organisé des réunions à l’Alpe-du-Grand-Serre, Gresse-en-Vercors et sur le plateau des Petites roches.

« Météo France dit que d’ici 70 ans, 80 % des stations de ski ne pourront pas se maintenir. C’est un temps court et il est nécessaire d’anticiper ». À La Morte, le sénateur observe « un modèle économique qui ne marche plus ». Elle fait partie de « ces stations qui perdent de l’argent chaque année », le budget communal comblant les déficits au détriment d’autres investissements.

Dans l’Oisans, les problématiques sont différentes. Les deux grandes stations des Deux Alpes et de l’Alpe d’Huez ne sont pas autant concernées par le manque de neige, mais davantage par les problématiques de logements et de mobilité. Il est aussi question du maintien des activités industrielles liées à l’hydroélectricité dans la vallée. D’elles dépend l’activité humaine de ces territoires.

Mais le risque peut aussi se transformer en danger immédiat. « Nous avons rencontré les élus de Saint-Christophe-en-Oisans à la Bérarde. C’était assez fort en émotion, reprend Guillaume Gontard. Les collègues ont pu se rendre compte de l’impact du torrent de lave qui a tout arraché sur son passage. » Le sénateur fait état du « besoin de moyens humains, d’accompagnement, de dialogue ». Et de la nécessité « d’échanger (...) et d’inventer des réponses pour appréhender ces territoires qui changent ».

Montagne refuge

Pour le sénateur, il s’agit « de faire évoluer les éléments importants, de renforcer les spécificités, concernant les écoles, les services publics, pour avoir une plus forte application de certains textes ».

Il évoque également la question de la solidarité entre les territoires, prenant l’exemple « des grandes stations de ski rentables » d’un côté « et des stations qui vont fermer » de l’autre, afin de mieux les aider en termes d’ingénierie. Il mentionne aussi les conflits d’usages, communs aux territoires de montagne et le sujet des servitudes.

« On note un aspect intéressant qui est celui de la montagne refuge. Avec le changement climatique, de plus en lus d’urbains ont envie de monter. C’est une chance pour ces territoires, mais il convient de penser à l’accueil et aux contraintes que cela génère en anticipant la question de l’éducation à la montagne ».

Il souligne aussi la nécessité d’un « apprentissage du risque. Il y a des liens à recréer entre la ville et la montagne, en la faisant redécouvrir aux jeunes, par exemple avec des colonies de vacances, des classes vertes ». Si « la montagne, est la solution pour beaucoup d’acteurs », cette solution doit être accompagnée.

En juillet, les sénateurs déposeront leur rapport, de façon à nourrir le débat politique et faire des propositions. « La bonne surprise, c’est qu’à travers les retours des élus, des associations, on constate que ces territoires ont pris les choses en main. Si on anticipe, si on associe un maximum les populations, si on arrive à faire retomber les tensions, ces territoires ont la capacité de construire collectivement leur avenir, à condition qu’on leur donne les moyens d’imaginer et d’inventer. »

ID

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