Accompagner une économie en changement
En tant qu'agriculteur d'abord, et en tant qu'acteur économique, quelles sont vos attentes concernant les élections législatives ?
En tant qu'agriculteur, j'attends d'un député qu'il prépare les lois, et c'est pour cela que ces personnes doivent être à l'écoute de ce que la profession - agriculteurs, syndicalistes - peut avoir à dire.
Il y a un travail de proximité de la part d'un député pour prendre en compte toutes les sensibilités et se faire une idée. Les dossiers sont nombreux vu l'état dans lequel se trouve l'agriculture ! Il faut que ces gens soient capables de mener une vraie politique agricole que la profession attend depuis longtemps. Il y a de vrais choix à faire pour accompagner toute une économie en évolution. Or, en agriculture l'absence de perspectives est très pénible d'où l'importance d'avoir une vision à moyen terme dans laquelle les agriculteurs puissent s'inscrire. Il n'y a plus de modèle, il convient donc de prendre en compte la diversité agricole ainsi que les nombreux enjeux qui nous attendent sur le plan sociétal, économique ou de l'innovation.
Et en tant que responsable d'une structure économique ?
Nous avons peu de liens avec les élus. La Dauphinoise est pourtant une grosse entreprise qui emploie de nombreux salariés. A ce titre, elle fait partie de la vie économique du département. Mais nous sommes peu sollicités et nous les sollicitons peu.
Pourtant nous disposons d'outils dans de très nombreuses communes et dans toutes les circonscriptions du département. Nos problématiques de logistique, par exemple, concernent les élus. Il y a beaucoup de sujets où nous serions demandeurs d'un dialogue en amont.
Que pensez-vous des projets de loi annoncés pour la prochaine législature ?
Les lois se construisent dans le dialogue et en lien avec les entreprises afin que le législateur soit en capacité de se faire une idée de la situation. Nous sommes dans une société où l'on ne peut pas laisser les minorités gouverner et rendre leur avis pour tout le monde. Nous attendons des députés qu'ils aillent dans le sens de l'intérêt général.
Vous pensez à un sujet particulier ?
Prenez l'exemple de l'arrêt de la production des œufs en cage. La grande consommation répond aux demandes des consommateurs, mais il ne faut pas s'inscrire dans du court terme et dans la réaction, car cela met les agriculteurs en difficulté. Il faut apporter des solutions et nous attendons un accompagnement. La mise aux normes des élevages en cage n'est pas encore terminée ou les installations ne sont pas encore amorties que certaines grandes enseignes demandent l'arrêt des œufs en cage à l'horizon 2020/2025. Produire en plein air suppose de nouveaux investissements importants, et il faut laisser aux gens le temps de s'adapter. Les élus doivent être capables d'accompagner ce changement. On ne peut pas aller contre la demande sociétale, mais il faut prendre en compte tous les enjeux.
Et par rapport à la réforme du code du travail ?
Laisser le choix à l'entreprise du dialogue social, à partir du moment où il s'inscrit dans un cadre d'exigence et d'écoute réciproque, cela va dans le bon sens. Concrètement nous attendons des réformes qu'elles permettent de continuer à faire grandir les collaborateurs, qu'elles facilitent l'accès à la formation et à l'emploi.
De façon plus générale, tous les dispositifs qui permettent d'améliorer la compétitivité des entreprises sont bons à prendre. Nous sommes dans des métiers compliqués où nous avons besoin d'investir alors que la conjoncture est difficile. Nous devons mieux rémunérer nos adhérents tout en maintenant un outil de collecte et d'approvisionnement performant. Nous avons besoins d'améliorer notre compétitivité, d'investir dans l'innovation des exploitations et des entreprises et d'apporter un service à nos adhérents.
Cela dans un climat de concurrence internationale ?
La Dauphinoise est très présente en Rhône-Alpes et il faut savoir ce que l'on cherche comme valeur ajoutée en région. Nous attendons que les élus soient cohérents d'une part sur la question du local et de sa réalisation en mettant les moyens nécessaires pour réaliser cela.
Quant aux marchés de masse, beaucoup de productions sont en lien avec des clients régionaux, mais le prix de base global est fixé par rapport aux marchés nationaux et internationaux.
Personnellement, je pense que nous avons besoin de perspectives politiques et de sentir les choses en matière de politique agricole au niveau national et européen. L'Europe est un élément qui contribue à la vitalité de l'agriculture !