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Accueil social

Accueillir le handicap à la ferme

Certains agriculteurs ouvrent leurs fermes pour accueillir des personnes en situation de handicap, à la journée ou en séjour. Il faut alors trouver l’équilibre entre accompagnement et rentabilité de l’exploitation.
Accueillir le handicap à la ferme

Fabienne Garderet accueille des personnes handicapées dans sa ferme, La ferme d'Antan, depuis 10 ans. A la journée ou à la demie-journée, à un rythme régulier, elle fait découvrir son exploitation et propose de réaliser des tâches simples aux groupes présents. « Je ne voulais pas faire de visite pédagogique car j'ai aussi l'impression d'être dans un zoo. Je voulais apporter quelque chose de plus et essayer de leur redonner confiance en eux », explique l'éleveuse. En fonction des années, elle ne travaille pas forcément avec les mêmes pathologies. Actuellement, elle travaille régulièrement avec un groupe d'enfants autistes et un second d'adultes polyhandicapés. Mais pas tous les jours : « Je travaille moins vite que si je le faisais seule donc je le fais un jour par semaine. Il faut savoir se montrer disponible et à l'écoute, et quand ils repartent, je suis vidée ! » raconte la maraichère. Le but visé est donc d'apporter quelques compétences et un soutien à des personnes en situation de handicap.
D'autres souhaitent accueillir et loger au long terme des personnes handicapées. L'association le Bercail paysan, créée en juillet 2017, souhaite construire un lieu de vie pour héberger et faire travailler sept adultes en difficulté, le plus souvent dans le spectre autistique, tout en associant un agriculteur chargé de faire fonctionner l'exploitation. « Mon fils a fait un stage dans une ferme et a beaucoup aimé les tracteurs et les tâches qui sont parfois répétitives. Mais il existe très peu de structures lui permettant d'y travailler étant adulte », explique Martine Croizier, maman concernée, devenue secrétaire de l'association.

Adapter l'exploitation

En fonction des types de handicap, les structures médicalisées ne sont pas forcément les mieux adaptées et il faut donc envisager des entreprises en fonction des besoins de chacun. C'est là que les fermes entrent en jeu. « L'agriculture se prête à l'accueil de personnes en difficulté car elle permet l'acquisition de compétences pré-professionnelles », explique Gérald Assouline, membre du réseau Astra (accueil social et thérapeutique en Rhône-Alpes). Dans les faits, la mise en place d'une structure telle que le Bercail paysan demande quelques ajustements. Par exemple, un éducateur technique doit être présent pour ajuster les tâches aux difficultés de chacun. « Il faut inventer des systèmes basés sur des photos par exemple pour expliquer les étapes de chaque tâche. Quand on ramasse les œufs, on vérifie naturellement s'ils sont fendus ou pas. Là, il faudra expliquer tous ces petits détails », explique Martine Croizier. Chaque adulte en situation de handicap pourra rester le temps qu'il souhaite au sein de la structure. « On aimerait pouvoir proposer une validation des compétences pour que cette expérience agricole leur serve », explique-t-elle. « On a déjà 10 familles intéressées pour sept places », confirme Raymond Riban, éleveur laitier retraité qui propose sa ferme pour la mise en place du projet.

Diversifier son exploitation

Les projets motivent et attirent mais il faut également que l'agriculteur y trouve son compte. « On ne va pas vers l'accueil social et l'agriculture si on veut faire fortune », ironise Fabienne Garderet. Ce sont les organismes du secteur du handicap qui financent les journées de prestation dans son exploitation, à raison de 45 euros de l'heure, accompagné d'un supplément si le repas est pris sur place. « Entre la préparation de l'accueil, les coups de fils et les factures, ce sont souvent les femmes qui font ce type d'accueil dans les fermes », raconte Fabienne Garderet. Outre l'aspect social, c'est aussi une forme de revenu complémentaire. C'est d'ailleurs la demande faite par l'Astra. « On souhaite en faire une forme de diversification de l'exploitation pour pouvoir gérer le prix de l'accueil », explique Gérald Assouline.
Les personnes en situation de handicap, elles, ne sont pas rémunérées. « Aucune demande de résultats ne sera faite. Chacun travaillera en fonction de ces moyens », explique Raymond Riban. Un agriculteur sera présent afin de faire fonctionner le Bercail paysan et rémunéré grâce à la production.
La cohabitation du domaine agricole et du domaine social est parfois délicate. Le Bercail Paysan s'est tourné vers le conseil départemental, le conseil régional et des fondations. « Certains doutent de la viabilité d'un tel projet. On nous a conseillé de débuter par un accueil à la journée et non pas directement en centre d'hébergement », explique Martine Croizier. Mais avant de se décider à accueillir, il faut connaître ses limites et son rythme, comme Fabienne Garderet : « Pour avoir déjà essayé, je sais quelles pathologies je ne me sens pas d'accompagner ».

Virginie Montmartin

 

De l’hôpital à la ferme

Depuis peu, Françoise Payerne-Baccard, éleveuse laitière à Theys, accueille Géralde, dans le cadre de son projet de soin à l’hôpital de Saint-Egrève.

« Je voulais sortir du monde agricole, l’élargir tout en faisant quelque chose chez moi ». Françoise Payerne-Baccard, éleveuse laitière à Theys, est devenue accueillante familiale. En contrat avec l’hôpital de Saint-Egrève, elle permet à Géralde de loger chez elle, durant deux ans, au lieu de rester en séjour à l’hôpital. Ce type d’échange est un accueil familial thérapeutique (AFT). L’hôpital de Saint-Egrève dispose ainsi de 18 places au sein du service AFT. « Le but est de sortir des soins de l’hôpital, de restaurer les capacités sociales de l’individu et de l’aider à se réinsérer socialement », explique Agnès Rigolet, cadre de santé à l’hôpital de Saint-Egrève. L’arrivée dans une famille ne modifie pas pour autant les habitudes hospitalières. « Souvent la personne est en hôpital de jour ou a des permissions le week-end », explique Agnès Rigolet.

Accueillant familial

Plusieurs familles sont accueillants familiaux mais peu sont des exploitants agricoles. « Je trouvais cela intéressant de lier exploitation et handicap car dans une ferme, il y a les animaux, la campagne, c’est enrichissant », explique l’éleveuse. Au travers de petites tâches variées, Géralde peut ainsi retrouver un rythme de vie. « On réapprend le quotidien qu’on a perdu à l’hôpital, on peut parler si on a une difficulté », raconte-t-elle. Mais ce n’est pas toujours simple pour tout le monde. « Il a fallu convaincre la famille, raconte Françoise Payerne-Baccard, et s’adapter au rythme de Géralde car elle fatigue plus rapidement ». A la différence de l’accueil social à la journée, qui relève du statut d’entrepreneur, Françoise Payrene-Baccard, en tant qu’accueillante familiale, est salariée de l’hôpital. Contrairement à un lieu de vie qui lie intrinsèquement handicap et exploitation, elle peut décider d’arrêter à tout moment. Qu’importe le format, « on peut s’investir dans du service grâce à nos fermes, encourage l’éleveuse, mais le monde du handicap est mal connu et fait parfois peur. »
 VM